Un jeune homme qui fume un joint de cannabis sans en connaître les conséquences.
En France, le premier joint est testé en moyenne à seulement 15 ans et 3 mois. © Depositphotos

À 15 ou 16 ans, beaucoup voient encore le cannabis comme un simple joint entre copains. Mais une vaste étude américaine publiée en 2026 dans JAMA Health Forum, menée sur plus de 463 000 adolescents suivis jusqu’à l’âge adulte, vient bousculer cette image. Les chercheurs de Kaiser Permanente ont observé une association entre la consommation de cannabis à l’adolescence et un risque accru de troubles psychiatriques plus tard, notamment de psychoses et de troubles bipolaires. Alors, que se passe-t-il réellement dans un cerveau encore en construction lorsqu’il est exposé précocement au THC ?

Pendant longtemps, le cannabis a traîné une réputation de “drogue douce”. Un qualificatif qui fait encore bondir de nombreux addictologues. Car si le produit n’a évidemment ni les effets immédiats ni la dangerosité d’opioïdes comme le fentanyl, les connaissances scientifiques sur ses conséquences neurologiques et psychiatriques ont beaucoup évolué ces dernières années, surtout chez les adolescents.

La nouvelle étude publiée dans JAMA Health Forum par l’équipe de la chercheuse américaine Kelly C. Young-Wolff, au sein du groupe de santé Kaiser Permanente Northern California, s’inscrit précisément dans ce contexte. Les chercheurs ont suivi 463 396 adolescents âgés de 13 à 17 ans entre 2016 et 2023, en analysant leurs dossiers médicaux et leurs déclarations de consommation.

Leur objectif est de déterminer si l’usage de cannabis à l’adolescence était associé à un risque plus élevé de développer, quelques années plus tard, certains troubles psychiatriques.

Cannabis : un risque multiplié pour les troubles psychotiques et bipolaires

Les chercheurs ont observé que les adolescents déclarant consommer du cannabis présentaient davantage de diagnostics psychiatriques à l’âge adulte que ceux n’en consommant pas.

L’association la plus marquée concernait les troubles psychotiques et les troubles bipolaires. Selon les résultats publiés dans JAMA Health Forum, les adolescents consommateurs avaient :

L’étude rapporte également une augmentation plus modérée des diagnostics de dépression et d’anxiété.

Attention toutefois, les chercheurs ne concluent pas que le cannabis “cause” directement ces maladies psychiatriques. Les auteurs parlent d’une “association” statistique. 

En clair, le cannabis apparaît comme un facteur lié à une augmentation du risque, mais il peut exister d’autres éléments impliqués : 

  • vulnérabilité génétique, 
  • contexte familial, 
  • troubles psychiques déjà présents, 
  • précarité sociale,
  • consommation d’autres substances.

Pourquoi l’adolescence est une période particulièrement sensible ? 

À l’adolescence, le cerveau est encore loin d’avoir terminé sa construction.  Jusqu’à environ 25 ans, certaines zones continuent de se développer, notamment le cortex préfrontal, une région qui nous aide à réfléchir avant d’agir, gérer nos émotions, rester concentrés ou mesurer les conséquences de nos choix.

Le problème, c’est que le THC, la substance psychoactive du cannabis, vient justement interagir avec ce système ultra sensible. Il agit sur ce qu’on appelle le système endocannabinoïde, un réseau impliqué dans la maturation du cerveau.

Une consommation régulière et précoce pourrait donc perturber certains mécanismes essentiels liés à la mémoire, à l’apprentissage ou encore à l’équilibre émotionnel. C’est d’ailleurs ce qui inquiète de plus en plus les psychiatres, qui observent depuis plusieurs années davantage d’épisodes psychotiques chez certains jeunes consommateurs, en particulier lorsque l’usage débute tôt et devient fréquent.

Tous les adolescents ne développeront pas une maladie psychiatrique

La très grande majorité des adolescents ayant déjà essayé le cannabis ne développeront ni schizophrénie ni trouble bipolaire. Mais les données scientifiques suggèrent que le cannabis peut agir comme un “déclencheur” chez des personnes déjà vulnérables.

Certaines prédispositions semblent particulièrement importantes :

  • antécédents familiaux de psychose ;
  • troubles anxieux sévères ;
  • vulnérabilités neurodéveloppementales ;
  • épisodes dépressifs précoces.

La consommation régulière de cannabis avant 18 ans est associée à une augmentation du risque de troubles psychotiques, notamment chez les individus présentant une susceptibilité génétique.

Le produit ne “fabrique” donc pas mécaniquement une schizophrénie chez n’importe qui. Mais il peut favoriser l’émergence plus précoce ou plus intense de troubles déjà latents.

Le sommeil : un faux ami ?

Beaucoup d’adolescents, et d’adultes, justifient leur consommation par un argument très répandu : “ça m’aide à dormir”.

À court terme, le cannabis peut effectivement provoquer une sensation de détente et faciliter l’endormissement. Mais plusieurs études internationales montrent que l’usage régulier tend au contraire à dégrader la qualité du sommeil sur le long terme.

Le THC perturberait notamment certaines phases essentielles du sommeil paradoxal, impliquées dans la mémoire et la récupération psychique.

Et résultat, certaines personnes entrent progressivement dans un cercle paradoxal où elles utilisent le cannabis pour dormir… alors que leur sommeil devient moins réparateur sans lui. Les addictologues parlent parfois d’une “béquille chimique”.

Le cannabis consommé aujourd’hui n’est plus celui des années 1990. Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), la teneur moyenne en THC de la résine de cannabis saisie en France est passée d’environ 4 % dans les années 1990 à plus de 25 % aujourd’hui dans certains produits circulant sur le marché illégal.

Les adolescents actuels sont donc exposés à des substances beaucoup plus concentrées. Et plus le taux de THC augmente, plus les effets psychiatriques semblent marqués. Les chercheurs distinguent d’ailleurs souvent deux profils particulièrement à risque :

  • les consommations très précoces ;
  • les usages fréquents ou quotidiens.

La répétition de l’exposition paraît jouer un rôle important dans l’augmentation du risque psychiatrique.

En France, le cannabis reste de très loin la drogue illicite la plus consommée chez les jeunes. Selon l’OFDT, près de la moitié des jeunes de 17 ans ont déjà expérimenté le cannabis au moins une fois dans leur vie. Environ 7 % présentent un usage régulier. 

L’âge des premières expérimentations reste relativement précoce. Pour certains adolescents, le premier joint arrive dès le collège. Cette banalisation inquiète d’autant plus que la perception du danger tend à diminuer chez les plus jeunes.

Beaucoup associent encore le cannabis à un produit “naturel”, donc supposé moins risqué. Pourtant, les addictologues rappellent que le cannabis consommé aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec celui d’il y a vingt ou trente ans. Selon l’OFDT, les concentrations en THC ont fortement augmenté ces dernières années, notamment dans les résines circulant sur le marché français.

Le débat public, lui, s’est progressivement crispé entre défenseurs de la légalisation, discours de banalisation culturelle et alertes sanitaires de plus en plus nombreuses. Mais sur un point, les chercheurs sont désormais beaucoup plus clairs qu’auparavant : les données scientifiques accumulées ces dernières années montrent que le cannabis n’est pas un produit anodin pour un cerveau adolescent encore en développement.

À SAVOIR 

Le cerveau adolescent pourrait rester affecté par le cannabis même après plusieurs jours sans consommation. Plusieurs études issues du programme américain ABCD, qui suit des milliers de jeunes, ont observé chez certains adolescents consommateurs des différences d’activité cérébrale lors de tests de mémoire, d’attention et de prise de décision. Certaines fonctions cognitives peuvent rester temporairement perturbées après l’arrêt du cannabis, surtout chez les consommateurs réguliers.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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