
Une étude danoise publiée dans The BMJ confirme que les traitements hormonaux de la ménopause n’augmentent pas la mortalité. Une conclusion très attendue, après plus de vingt ans de doutes et de peurs souvent tenaces.
Depuis le début des années 2000, les traitements hormonaux traînent une réputation de produits à risque, héritée de résultats scientifiques de l’époque parfois mal compris ou diffusés dans l’urgence. Cette méfiance, bien installée, a pesé sur les choix de nombreuses femmes.
Aujourd’hui, une étude danoise publiée dans The BMJ vient blanchir ces traitements. En s’appuyant sur les données de plus de 800 000 femmes suivies sur de nombreuses années, les chercheurs concluent que les Traitements Hormonal de la Ménopause (THM) n’augmentent pas la mortalité, toutes causes confondues.
Petit rappel : le THM, c’est quoi exactement ?
Le traitement hormonal de la ménopause (THM) vise à compenser la baisse d’œstrogènes responsable de nombreux symptômes parfois très gênants, comme
- les bouffées de chaleur,
- les troubles du sommeil,
- la sécheresse vaginale,
- les douleurs articulaires,
- les variations d’humeur,
- certains troubles urinaires ou encore l’anxiété.
Il existe deux grandes familles de traitements : les œstrogènes seuls, et les combinaisons œstrogène–progestatif, nécessaires pour protéger la muqueuse utérine. Ces traitements peuvent prendre différentes formes, adaptées aux besoins et préférences de chaque femme :
- comprimés,
- patchs,
- gels ou sprays,
- dispositifs intra-utérins libérant un progestatif.
La Haute Autorité de santé rappelle, dans ses recommandations de 2021, que le THM doit être prescrit « à la dose minimale efficace » et régulièrement réévalué, non pour en limiter l’accès, mais pour s’assurer qu’il reste réellement ajusté à la situation de chaque patiente.
Comment la peur des traitements hormonaux s’est installée ?
Traitement hormanaux : l’onde de choc de 2002
En 2002, les premières analyses du célèbre essai américain Women’s Health Initiative (WHI) arrivent dans les médias en affirmant que le THM combiné (œstrogènes + progestatif) augmenterait certains risques, notamment celui du cancer du sein et des accidents cardiovasculaires.
En France, les prescriptions chutent brutalement. La Haute Autorité de Santé estime que leur usage diminue de plus de 60 % dans la décennie qui suit. Pour beaucoup de femmes, l’hormonothérapie devient synonyme de danger. Certains médecins préfèrent même ne plus la proposer.
Des nuances importantes apparues ensuite
Avec le temps, la lecture du WHI est devenue beaucoup plus fine. Les chercheurs ont montré que :
- les risques cardiovasculaires augmentent surtout quand le traitement hormonal de la ménopause est débuté après 60 ans ;
- les œstrogènes seuls n’augmentent pas le risque de cancer du sein ;
- les formes transdermiques (patchs, gels) réduisent le risque de thrombose par rapport aux comprimés ;
- les risques absolus restent faibles.
Mais l’image du THM était déjà écornée… au point que nombre de femmes souffrent aujourd’hui de symptômes invalidants sans oser recourir au traitement le plus efficace.
THM : vingt ans de rejet… pour rien ?
Pas d’augmentation du risque de décès
En s’appuyant sur les registres nationaux de santé du Danemark, les chercheurs ont pu suivre 823 371 femmes nées entre 1950 et 1977, parfois pendant plus de vingt ans,un volume de données exceptionnel dans ce domaine. Un tel suivi permet d’obtenir des résultats particulièrement fiables, car il reflète la réalité, à savoir des femmes d’âges différents, avec des modes de vie variés et des états de santé hétérogènes.
Les analyses ont ensuite été soigneusement ajustées pour tenir compte de facteurs pouvant influencer la mortalité, comme le tabagisme, l’âge ou les antécédents médicaux. L’idée était de comparer des femmes aussi proches que possible, à un détail près : l’usage ou non d’un traitement hormonal de la ménopause.
Les chercheurs concluent qu’il n’existe aucune hausse de la mortalité, qu’elle soit globale, liée au cancer ou d’origine cardiovasculaire, n’a été observée chez les femmes utilisant un traitement hormonal de la ménopause.
Un possible effet protecteur dans une situation précise
Chez les femmes ayant subi une ovariectomie bilatérale, c’est-à-dire l’ablation des deux ovaires avant la ménopause, l’utilisation d’un THM semble être associée à une légère diminution de la mortalité.
Pour comprendre ce phénomène, il faut rappeler que :
- la perte soudaine des hormones ovariennes provoque une chute hormonale brutale, sans transition ;
- cette situation augmente certains risques métaboliques, cardiovasculaires et osseux ;
- un THM peut, dans ce contexte très particulier, compenser partiellement ce déficit et atténuer ces effets.
Pas de contradiction avec les risques déjà connus
Cette étude ne dit pas que le traitement hormonal de la ménopause est un traitement sans risques. Elle confirme simplement que ces risques ne se traduisent pas par une augmentation du nombre de décès.
Les risques à garder en tête :
- légère augmentation du risque de cancer du sein avec certains traitements combinés pris plusieurs années ;
- risque de thrombose plus important avec les formes orales ;
- effets cardiovasculaires variables selon l’âge de début.
Traitements hormonaux : vers un débat plus apaisé ?
Depuis deux décennies, la crainte entourant les traitements hormonaux de la ménopause a façonné l’imaginaire collectif, souvent au détriment d’une information nuancée. Bien sûr, la nouvelle étude ne nie pas les risques connus, ni ne transforme le traitement hormonal de la ménopause en solution miracle. Mais elle corrige les soupçons infondés : le traitement hormonal n’augmente pas la mortalité.
Pour de nombreuses femmes en quête de solutions fiables pour mieux vivre leur ménopause, c’est peut-être là le début d’un souffle nouveau.
À SAVOIR
Selon Inserm, environ 80 % des femmes présentent des symptômes de ménopause, dont près d’une sur deux souffre de bouffées de chaleur modérées à sévères pouvant durer plus de sept ans. Malgré cela, en France, seules 20 à 30 % des femmes ménopausées utilisent un traitement hormonal, notamment en raison de la méfiance héritée des années 2000.







