Une usine de faux de médicaments.
Le trafic et la contrefaçon de médicaments génèrent un chiffre d’affaires considérable, de l’ordre de 4 milliards d’euros par an en France. © Depositphotos

En cinq mois, une opération mondiale coordonnée par INTERPOL a conduit à l’arrestation de centaines de suspects et à la saisie de plus de 50 millions de doses de médicaments illégaux dans 90 pays. Faux Viagra, anxiolytiques, stéroïdes, traitements amaigrissants… Vendus sur Internet, les réseaux sociaux ou des messageries privées, ces produits souvent contrefaits ou non autorisés exposent les consommateurs à des risques sanitaires majeurs.

Le 7 mai 2026, INTERPOL a annoncé les résultats d’une vaste opération internationale baptisée « Pangea XVII », menée entre décembre 2024 et mai 2025 dans 90 pays. Coordonnée avec les autorités sanitaires, douanières et policières locales, elle a conduit à l’arrestation de 769 personnes, au démantèlement de 123 groupes criminels et à la saisie de plus de 50,4 millions de doses de médicaments illicites, pour une valeur estimée à 65 millions de dollars.

Troubles de l’érection, perte de poids, anxiété, prise de muscle… Les produits ciblent souvent des besoins très intimes, parfois tabous, ce qui nourrit un marché parallèle extrêmement lucratif. Mais la banalisation des médicaments achetés hors du circuit médical classique constitue un véritable fléau sanitaire sans précédent. 

Selon plusieurs rapports internationaux sur les médicaments contrefaits, certains faux médicaments saisis lors d’opérations internationales précédentes contenaient… de la peinture industrielle, de la poudre de brique, du ciment ou encore des traces de métaux lourds.

Le faux médicament n’a plus grand-chose à voir avec les clichés des ateliers clandestins d’autrefois. Aujourd’hui, les réseaux sont structurés, internationaux et très organisés. Les ventes passent massivement par des sites Internet, des plateformes de commerce en ligne, des réseaux sociaux ou encore des applications de messagerie cryptée.

Selon INTERPOL, près de 93 % des médicaments saisis pendant l’opération ne disposaient d’aucune autorisation sanitaire :

  • Certains étaient totalement contrefaits
  • D’autres étaient de vrais médicaments détournés des circuits officiels, revendus illégalement ou importés sans contrôle.

Selon l’OMS, un produit médical sur dix dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires serait falsifié ou de qualité inférieure. Même si l’Europe reste davantage contrôlée, le commerce en ligne brouille les frontières. 

En quelques clics, un acheteur français peut commander un produit expédié depuis plusieurs pays différents, avec des emballages imitant parfaitement ceux des laboratoires officiels.

Et les criminels savent parfaitement s’adapter aux tendances du moment.

Troubles de l’érection, anxiolytiques, stéroïdes… les médicaments les plus ciblés

Parmi les produits les plus saisis lors de l’opération figurent les traitements 

Des médicaments très recherchés sur le marché parallèle, car associés à des besoins intimes, parfois tabous, comme la sexualité, l’anxiété, le sommeil ou la performance physique.

Selon INTERPOL, une grande partie de ces produits étaient vendus sur Internet, via des plateformes de commerce en ligne, les réseaux sociaux ou des messageries privées. Le principal danger reste l’absence de traçabilité : dosage imprécis, substances inconnues, contamination ou composition différente de celle annoncée.

Les médicaments amaigrissants au cœur du nouveau marché noir

Depuis plusieurs mois, les traitements amaigrissants de type GLP-1, utilisés notamment dans la prise en charge du diabète et de l’obésité, connaissent une popularité fulgurante sur les réseaux sociaux. Leur succès a provoqué des tensions d’approvisionnement dans plusieurs pays, dont la France, favorisant l’essor rapide d’un marché noir.

L’ANSM alerte régulièrement sur les risques liés à l’achat de ces produits en dehors du circuit pharmaceutique autorisé. Derrière les promesses de perte de poids rapide se cachent parfois des produits inefficaces, mal dosés ou contenant des substances totalement différentes de celles annoncées. 

Certaines injections vendues comme des traitements amaigrissants renferment même des ingrédients inconnus ou des concentrations imprécises, avec des risques potentiellement graves pour la santé.

Faux Viagra mais vrais risques cardiaques

Forte demande, achat discret et prix souvent élevés dans le circuit légal… Les médicaments contre les troubles de l’érection restent l’un des piliers historiques du trafic pharmaceutique mondial. 

Le problème, c’est que les contrefaçons sont particulièrement fréquentes. Selon l’Institut de recherche anti-contrefaçon de médicaments (IRACM), les faux traitements de l’érection peuvent contenir des doses très variables de substances actives, voire des composants toxiques.

Certaines pilules analysées dans des saisies internationales contenaient ainsi plusieurs fois la dose normale du principe actif. D’autres ne contenaient quasiment rien. Certaines associaient même plusieurs molécules incompatibles entre elles. Une dose excessive peut provoquer des 

  • malaises cardiovasculaires, 
  • troubles du rythme cardiaque,
  • chutes brutales de tension, particulièrement chez les personnes souffrant déjà d’hypertension ou de problèmes cardiaques.

Et ce n’est pas forcément le comprimé bleu caricatural vendu “sous le manteau”. Aujourd’hui, les emballages sont parfois si convaincants qu’un consommateur peut croire acheter un produit authentique.

Les réseaux criminels prospèrent sur une logique de consommation immédiate : 

sans forcément passer par un médecin. Dans ce marché parallèle, le médicament est présenté comme un produit de bien-être livré à domicile.

Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), les usages détournés de certains médicaments progressent depuis plusieurs années, notamment dans une logique d’optimisation du corps ou de gestion du stress. 

Les réseaux sociaux jouent un rôle important dans cette banalisation, en diffusant des recommandations non médicales et des promotions très agressives. Le problème, c’est qu’un médicament n’est jamais un produit neutre. Même autorisé et correctement prescrit, il peut provoquer des effets secondaires. Hors contrôle médical, les risques augmentent fortement.

En France, les autorités sanitaires rappellent qu’un médicament soumis à prescription doit être obtenu uniquement auprès d’un professionnel de santé et délivré dans une pharmacie autorisée.

Pour les médicaments vendus en ligne, le ministère de la Santé et l’ANSM recommandent de vérifier plusieurs éléments :

  • la présence du logo européen officiel des pharmacies en ligne autorisées ;
  • l’existence d’une autorisation délivrée par une agence sanitaire ;
  • l’identité claire du pharmacien et de la pharmacie ;
  • l’absence de promesses “miracles” ou de prix anormalement bas.

Lorsqu’un produit prétend contourner toute consultation médicale, promet des effets spectaculaires ou circule principalement via les réseaux sociaux, la prudence s’impose.

À SAVOIR 

Selon des estimations relayées par l’OMS et plusieurs organismes spécialisés dans la lutte contre la contrefaçon pharmaceutique, plus d’un médicament sur deux vendu sur des sites Internet dissimulant leur adresse physique pourrait être falsifié ou non conforme.

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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