Le stock frauduleux d'une pharmacie en ligne qui vend des médicaments minceur.
Selon l’Agence européenne du médicament (EMA), les tensions d’approvisionnement en GLP-1 sont aggravées par leur mésusage. © Adobe Stock

Stylos injecteurs, flacons ou même patchs présentés comme des produits minceur : les analogues du GLP-1, médicaments destinés au traitement du diabète et de l’obésité, circulent de plus en plus sur les réseaux sociaux et certains sites marchands frauduleux. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a saisi la justice et prévient : ces achats de contrefaçons en ligne sont dangereux et strictement interdits.

Depuis plusieurs mois, l’ANSM constate une explosion des publicités et des offres illégales pour des analogues du GLP-1 (aGLP-1). Ces médicaments, dont les plus connus sont l’Ozempic ou le Wegovy à base de sémaglutide, sont normalement utilisés pour traiter le diabète de type 2 et, plus récemment, l’obésité. Leur efficacité sur la perte de poids a toutefois suscité un engouement qui dépasse largement le cadre médical.

Sur Internet, les promesses abondent : injections miracles pour maigrir, patchs “révolutionnaires”, flacons à prix cassés… Les réseaux sociaux regorgent d’annonces douteuses, souvent relayées par des influenceurs, qui ciblent particulièrement les personnes désireuses de perdre du poids rapidement.

Mais derrière ces publicités séduisantes se cachent bien souvent des produits falsifiés, sans garantie de qualité, ni de sécurité.

En France, la loi ne laisse pourtant aucune ambiguïté. Les aGLP-1 font partie des médicaments soumis à prescription médicale. Cela signifie qu’ils ne peuvent être délivrés qu’en pharmacie, sur présentation d’une ordonnance. La vente en ligne, elle, est interdite. Seuls les médicaments ne nécessitant pas de prescription peuvent être vendus par des pharmacies autorisées sur Internet.

La promotion auprès du grand public est également prohibée. Or, de nombreux sites et comptes en ligne diffusent des publicités déguisées qui vantent les mérites de ces traitements. Pour l’ANSM, il s’agit d’une infraction caractérisée, et c’est bien ce qui a motivé ses récentes saisines judiciaires.

Fraude : l’ANSM passe à l’offensive

Face à l’ampleur du phénomène, l’Agence nationale de sécurité du médicament a décidé de réagir rapidement. Dès avril 2025, elle a saisi le procureur de la République pour exercice illégal de la pharmacie et usage frauduleux de son logo sur certains sites. Elle a également effectué une vingtaine de signalements via le portail Pharos, qui permet de dénoncer des contenus illicites au ministère de l’Intérieur.

En parallèle, des discussions ont été ouvertes avec une dizaine de plateformes de vente en ligne pour retirer les annonces frauduleuses. Dans ses laboratoires, l’ANSM analyse actuellement plusieurs produits se présentant comme des aGLP-1. Notamment des patchs, afin d’en vérifier la composition et d’évaluer leur toxicité potentielle.

Les premiers résultats confirment ce que craignaient les autorités : la présence de substances inactives, voire de composants dangereux.

Un phénomène de mésusage en hausse

Les chiffres confirment que le mésusage est en augmentation. Une étude publiée en 2023 dans la revue Therapie montre que la proportion de patients utilisant un aGLP-1 sans diabète ni obésité est passée de 2 % en 2020 à plus de 5 % en 2022. L’Assurance maladie estime pour sa part qu’environ 1,5 % des patients sous Ozempic en France ne rentrent pas dans les indications prévues.

Cet engouement n’est pas sans conséquence pour les malades qui, eux, ont réellement besoin de ces médicaments. L’Agence européenne du médicament (EMA) a déjà mis en garde contre des tensions d’approvisionnement à l’échelle européenne, aggravées par l’augmentation des prescriptions hors diabète. Certains patients diabétiques ont déjà dû faire face à des ruptures temporaires de stock.

Des mesures de contrôle renforcées

Pour mieux encadrer les prescriptions, l’Assurance maladie a mis en place, depuis février 2025, un formulaire justificatif à remplir par les médecins pour obtenir le remboursement des traitements aGLP-1. Depuis juin, la prescription initiale et le renouvellement de certains médicaments comme Wegovy ou Mounjaro peuvent être réalisés par tout médecin, et non plus seulement par des spécialistes, mais toujours dans le respect des critères médicaux définis.

L’ANSM a également constitué un comité scientifique temporaire pour suivre de près les effets indésirables graves et les mésusages. Des études pharmaco-épidémiologiques sont en cours, notamment sur les risques gastro-intestinaux rares ou sur de possibles effets psychiatriques.

Les aGLP-1 sont des traitements efficaces, mais aussi puissants, qui nécessitent un suivi médical attentif. Même utilisés dans les règles, ils peuvent provoquer des effets secondaires : 

  • nausées, 
  • vomissements, 
  • constipation,
  • pancréatite 
  • ou occlusion intestinale. 

Acheter ces produits sur Internet, sans contrôle médical et sans garantie de provenance, expose à des risques bien plus graves encore. Certains lots contrefaits se révèlent dépourvus de substance active. D’autres contiennent des molécules non identifiées, potentiellement toxiques. “Ces produits ne doivent pas être utilisés pour perdre du poids à des fins esthétiques, hors cadre médical”, insiste l’ANSM. Car au-delà de la question légale, c’est la santé des consommateurs qui est directement menacée.

“Ne cédez pas aux promesses faciles de l’Internet, conseille l’ANSM. Si vous envisagez un traitement par analogue du GLP-1, parlez-en avec votre médecin. Lui seul pourra évaluer votre situation et vous prescrire, si nécessaire, le traitement le plus adapté, dans les conditions de sécurité requises.”

À SAVOIR 

En France, seules les pharmacies autorisées par l’ARS peuvent vendre des médicaments en ligne, et jamais ceux qui nécessitent une ordonnance, comme les aGLP-1. La liste officielle des pharmacies agréées est disponible sur le site du ministère de la Santé (sante.gouv.fr).

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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