La nitrendipine de Viatris, prescrite à environ 50 000 personnes en France souffrant d’hypertension, est en rupture de stock nationale. Selon l’ANSM, plusieurs dosages sont indisponibles depuis mi-avril 2026, sans date de retour annoncée. Mais comment les patients concernés vont-ils pouvoir poursuivre leur traitement ? Le point.
Nouvelle alerte dans la longue série des pénuries de médicaments. La nitrendipine, prescrite contre l’hypertension artérielle, manque actuellement dans de nombreuses pharmacies françaises. Plusieurs spécialités commercialisées par Viatris sont en rupture de stock, et aucune date de retour à la normale n’est annoncée pour le moment.
Selon les données relayées par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), près de 50 000 patients en France pourraient être concernés. Pour ces milliers de personnes, ce traitement aide au quotidien à contrôler la tension artérielle et à limiter les risques cardiovasculaires, comme l’infarctus ou l’AVC.
La nitrendipine, à quoi sert-elle exactement ?
La nitrendipine appartient à la famille des inhibiteurs calciques, aussi appelés antagonistes calciques. Le médicament aide à relâcher les vaisseaux sanguins, ce qui facilite la circulation du sang et contribue à faire baisser la pression artérielle.
L’hypertension artérielle, ou HTA, correspond à une pression du sang trop élevée dans les artères. Souvent silencieuse pendant des années, elle augmente pourtant le risque d’accident vasculaire cérébral, d’infarctus, d’insuffisance cardiaque ou d’atteinte rénale.
Selon Santé publique France, l’hypertension touche plusieurs millions d’adultes en France. C’est l’une des maladies chroniques les plus fréquentes, souvent traitée au long cours, parfois à vie.
Hypertension : des milliers de patients bientôt sans traitement ?
Pénurie de médicaments : quels produits sont concernés ?
Les signalements officiels font état de tensions ou ruptures concernant plusieurs présentations de nitrendipine commercialisées par Viatris, notamment les dosages 10 mg et 20 mg.
Pour les patients, le dosage est loin d’être un détail. Il correspond à la quantité de substance active délivrée et conditionne l’équilibre du traitement. On ne remplace donc pas un comprimé par un autre “à peu près équivalent”.
Hypertension : peut-on arrêter son traitement quelques jours ?
L’arrêt brutal d’un traitement antihypertenseur peut entraîner un déséquilibre de la tension artérielle, parfois rapide. Chez certaines personnes fragiles, cela peut majorer le risque cardiovasculaire.
Il ne faut donc pas interrompre le traitement sans avis médical ou pharmaceutique !
Même message pour les comprimés restants, inutile de rationner au hasard, en prenant un jour sur deux ou en cassant les doses sans consigne. En matière de tension artérielle, le bricolage n’a jamais eu bonne presse.
Que vont proposer les médecins et pharmaciens ?
Heureusement, la nitrendipine n’est pas la seule option thérapeutique. Plusieurs classes de médicaments permettent de traiter l’hypertension artérielle : autres inhibiteurs calciques, inhibiteurs de l’enzyme de conversion, sartans, bêtabloquants, diurétiques, selon les profils.
Le professionnel de santé pourra envisager :
- un médicament équivalent de la même famille ;
- un changement de molécule ;
- une adaptation de dose ;
- un suivi renforcé de la tension durant la transition.
Le choix dépendra de nombreux paramètres : âge, antécédents cardiaques, fonction rénale, autres traitements, effets secondaires antérieurs, grossesse éventuelle, etc.
Les patients concernés : que faire concrètement dès maintenant ?
Si vous prenez de la nitrendipine :
- Vérifiez le nom exact indiqué sur la boîte ou l’ordonnance.
- Contactez votre pharmacien pour connaître la disponibilité locale.
- Si le produit est indisponible, demandez conseil sans attendre.
- Prenez rendez-vous avec votre médecin si un remplacement est nécessaire.
- Continuez la surveillance de votre tension si vous êtes déjà équipé à domicile.
Les pharmaciens jouent ici un rôle clé : ce sont souvent les premiers à détecter les tensions d’approvisionnement et à orienter rapidement les patients.
Pourquoi ces ruptures se multiplient-elles ?
Depuis plusieurs années, les pénuries de médicaments se sont installées dans le paysage sanitaire européen. Antibiotiques, antalgiques, traitements du cancer, médicaments cardiovasculaires… Peu de familles thérapeutiques y échappent totalement.
Selon l’ANSM, plusieurs facteurs peuvent expliquer ces situations :
- difficultés de fabrication ;
- pénurie de matières premières ;
- concentration de la production sur un petit nombre de sites ;
- hausse soudaine de la demande ;
- problèmes de qualité ;
- tensions logistiques internationales.
Un grain de sable industriel à l’autre bout du monde peut ainsi finir par se voir… dans la pharmacie du quartier. Dans le cas précis de la nitrendipine, la cause détaillée n’a pas été rendue publique à ce stade.
Une fragilité persistante du système du médicament
Cette rupture rappelle un sujet plus large : la dépendance des systèmes de santé à des chaînes de production mondialisées, parfois très concentrées. En France comme ailleurs en Europe, les autorités cherchent à mieux anticiper les pénuries, à renforcer les stocks stratégiques et à relocaliser certaines productions.
Selon l’ANSM, les signalements de ruptures et risques de rupture ont nettement augmenté ces dernières années. Le phénomène ne se limite donc pas à un médicament ou à une saison difficile.
Pour les patients, cela se traduit par une fatigue supplémentaire : appels à répétition, ordonnances à refaire, changements de traitement, inquiétude parfois légitime. Une charge invisible, mais bien réelle.
À SAVOIR
On parle souvent du sel, beaucoup moins de la réglisse. Pourtant, une consommation importante de réglisse (confiseries, tisanes, boissons anisées ou certains compléments) peut faire grimper la tension artérielle. En cause, la glycyrrhizine, une substance naturelle qui favorise la rétention de sodium et la perte de potassium.








