Une jeune étudiante qui prend de la Ritaline pour réussir ses examens.
La consommation de Ritaline est en constante augmentation depuis 2008, selon l'ANSM. ©  Freepik

Réviser toute la nuit, se concentrer davantage, survivre aux exams… En France, de plus en plus d’étudiants détournent des médicaments stimulants comme la Ritaline (traitement TDAH) pour booster leurs performances. Efficacité souvent surestimée, risques pour la santé, pression étudiante… Jusqu’où peuvent mener ces dérives ?

Dans les périodes de concours, de partiels ou de révisions intensives, la tentation du raccourci n’est pas nouvelle. Café serré, boissons énergisantes, nuits blanches organisées… La nouveauté, c’est l’intérêt croissant pour certains médicaments psychostimulants, notamment le méthylphénidate, ou Ritaline, indiqué dans le traitement du TDAH (trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). 

Longtemps associé aux campus américains, ce dopage cognitif gagne en visibilité en France. À l’approche de certains examens très sélectifs, certains étudiants se tournent vers la Ritaline dans l’espoir de travailler plus longtemps et plus efficacement.

Selon l’état des lieux de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), entre 2008 et 2014, le nombre total d’utilisateurs de la Ritaline a augmenté d’environ 4 000 patients par an, passant de 40 876 en 2012 à 48 895 en 2014, soit une augmentation de l’ordre de 20%.

Selon une enquête menée en 2017-2018 auprès de plus de 46 000 jeunes âgés de 18 à 25 ans, près d’un quart déclaraient avoir consommé des substances psychoactives, principalement pour gérer le stress. L’usage non médical de psychostimulants restait inférieur à 1 %, mais bien identifié dans certains milieux étudiants sous forte pression académique, comme la médecine.

Selon l’Observatoire national de la vie étudiante, près de 4 % des étudiants déclaraient en 2018 avoir déjà consommé au moins un produit dopant (psychostimulants, bêtabloquants, amphétamines ou cocaïne) pour améliorer leurs performances avant un examen ou un concours. Le phénomène reste minoritaire, mais il progresse. Et surtout, il se banalise.

La Ritaline, un vrai médicament

Le méthylphénidate n’est pas conçu pour booster des étudiants fatigués. Il s’agit d’un psychostimulant indiqué dans le traitement du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), chez l’enfant, l’adolescent et parfois l’adulte.

Il agit sur la dopamine et la noradrénaline, deux neurotransmetteurs impliqués dans l’attention, la motivation et le contrôle des impulsions. Chez les personnes concernées par un TDAH, il peut améliorer la concentration et diminuer l’agitation. Chez une personne sans trouble diagnostiqué, la logique médicale n’est plus la même.

En France, sa prescription est strictement encadrée. Ce n’est ni un complément alimentaire, ni un booster intellectuel en libre-service.

Quels sont les effets secondaires de ce stimulants ? 

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) rappelle que ce traitement nécessite un suivi, notamment en raison d’effets secondaires possibles :

Pris sans avis médical, à dose approximative, ou combiné à du café, de l’alcool ou d’autres substances, le risque augmente nettement.

Beaucoup pensent gagner en efficacité. Mais en réalité, pas tant… Une étude publiée le 14 juin 2023 dans Science Advances par des chercheurs de l’université de Cambridge a évalué trois psychostimulants (méthylphénidate, modafinil et dextroamphétamine) chez 40 adultes en bonne santé, âgés de 18 à 35 ans.

Les participants devaient résoudre des tâches cognitives complexes après avoir reçu, à tour de rôle, un placebo ou l’un des médicaments testés.

Sous stimulant, ils passaient davantage de temps sur les exercices et multipliaient les tentatives… sans améliorer leurs performances globales. Dans certains cas, leur efficacité baissait même, car l’effort supplémentaire ne produisait pas de meilleur résultat.

Certains produits augmentent l’éveil ou la sensation d’énergie, ce qui peut donner le sentiment d’être plus performant. Mais mémoriser durablement, raisonner avec clarté ou organiser sa pensée dépend aussi du sommeil, du repos et de la qualité de l’attention.

Dopage cognitif : pourquoi prendre ce risque pour un bénéfice si incertain ? 

Parce que derrière le cachet, il y a souvent l’épuisement.

Examens à répétition, sélection accrue, stages, jobs étudiants, précarité financière, peur de décrocher… Beaucoup cumulent plusieurs formes de pression. La crise sanitaire a également laissé des traces durables sur la santé mentale étudiante.

Les professionnels de santé universitaires décrivent une hausse 

Dans ce contexte, certains étudiants ne cherchent pas tant à “tricher” qu’à tenir debout. Le psychostimulant devient alors un outil de compensation. Un comprimé pour remplacer le sommeil manquant, pour repousser la fatigue ou pour maintenir un rythme devenu intenable.

Quand l’effet redescend

L’après est souvent moins raconté que la nuit de révision productive. Quand le stimulant cesse d’agir peuvent apparaître 

  • fatigue brutale, 
  • irritabilité, 
  • difficulté à se reconcentrer, 
  • anxiété,
  • sensation de vide. 

Certains étudiants décrivent aussi une perte d’appétit et des troubles du sommeil persistants.

Le risque n’est pas uniquement physique. Il peut devenir psychologique : croire que l’on ne peut plus réussir sans aide chimique. Un cachet pour un concours. Puis un autre pour un oral. Puis pour chaque échéance importante. C’est souvent ainsi que s’installe la dépendance comportementale.

La Ritaline ne s’achète pas officiellement comme une boisson énergisante. En France, ce médicament est prescrit dans un cadre strict, principalement pour traiter le TDAH. 

Pourtant, elle circule entre étudiants. La mécanique est simple, un étudiant ayant une prescription en cède à un autre qui veut rester éveillé ou se concentrer plus longtemps.

Et parce qu’il provient d’une pharmacie et qu’il est prescrit par des médecins, beaucoup y voient un produit plus sûr qu’une drogue illicite. L’argument rassure : “C’est médical, donc ce n’est pas dangereux.”

Or un traitement n’est sûr que dans son cadre médical. Détournée de son usage, la Ritaline peut entraîner tachycardie, anxiété, insomnie ou dépendance psychologique. 

À SAVOIR 

Le dopage cognitif n’est pas né avec TikTok. Aux États-Unis, les amphétamines, commercialisées dès 1933, ont été utilisées dès le milieu du XXe siècle par certains étudiants pour rester éveillés plus longtemps. Des médicaments prescrits à l’origine contre la congestion nasale, la fatigue ou certains troubles de l’humeur.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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