Un homme souffrant d'éjaculation précoce qui n'arrive pas à satisfaire sa femme.
Selon la Société internationale de médecine sexuelle (ISSM), l’éjaculation précoce est le trouble sexuel masculin le plus fréquent, devant la dysfonction érectile. © Freepik

Souvent vécue dans le silence et la gêne, l’éjaculation précoce demeure le trouble sexuel masculin le plus fréquent. En France, près d’un homme sur cinq en serait concerné. Le CHU de Nîmes vient de lancer une étude clinique sur une nouvelle molécule développée par la recherche française, avec l’ambition d’améliorer la prise en charge de ce trouble encore trop tabou.

Il y a des sujets dont on parle encore du bout des lèvres. L’éjaculation précoce en fait partie. Derrière le malaise qu’elle suscite, il y a pourtant un homme adulte sur cinq qui est concerné, selon les données reprises par la Société internationale de médecine sexuelle (ISSM).

Sur le plan médical, le trouble se définit par une éjaculation survenant systématiquement avant ou dans la minute qui suit la pénétration, et l’incapacité à la retarder malgré le désir de le faire. Mais derrière la définition clinique, il y a surtout le vécu : la frustration, la perte de confiance, le sentiment d’échec, et parfois le repli sur soi.

« Beaucoup d’hommes n’en parlent jamais, ni à leur médecin, ni à leur partenaire», explique le Pr Stéphane Droupy, chef du service d’Urologie-Andrologie-Sexologie au CHU de Nîmes. « Certains pensent que c’est une fatalité, ou que rien ne peut les aider. C’est faux : on peut agir », continue-t-il. 

Éjaculation précoce : un trouble encore trop banalisé

Pendant longtemps, l’éjaculation précoce a été perçue comme une question de “manque de contrôle” ou de stress passager. Mais la science a montré qu’il s’agit, dans de nombreux cas, d’un trouble neurobiologique, impliquant la régulation de la sérotonine, un neurotransmetteur qui influence le réflexe éjaculatoire.

Certains hommes en souffrent depuis leurs premières expériences sexuelles, d’autres développent le trouble plus tard, après une période de vie stressante, une dépression, ou encore à la suite d’un déséquilibre hormonal ou d’un effet secondaire médicamenteux.

Malgré cette complexité, la plupart hésitent à consulter. Une étude de la plateforme de santé masculine Charles.co montrait déjà que seuls 15 % des hommes concernés en parlent à un professionnel. Les autres gèrent seuls, ou pas du tout.

Des répercussions sous-estimées sur la vie intime et psychologique

L’éjaculation précoce est souvent présentée comme un simple désagrément sexuel. En réalité, elle a des répercussions bien plus profondes. Dans les couples, elle peut créer un déséquilibre, une incompréhension, voire une distance émotionnelle. La partenaire peut se sentir frustrée, tandis que l’homme se renferme, persuadé d’être “insuffisant”.

Selon une enquête de la Société française d’andrologie (2022), plus de la moitié des hommes concernés déclarent que ce trouble affecte leur estime d’eux-mêmes, et près d’un quart disent avoir déjà évité un rapport par peur de “mal faire”.

À long terme, ce repli peut mener à des troubles anxieux, voire à une baisse du désir sexuel. Ce n’est donc pas seulement un problème de performance, mais un vrai enjeu de santé psychosexuelle.

Des traitements disponibles, mais imparfaits

Aujourd’hui, un seul médicament est officiellement autorisé pour traiter l’éjaculation précoce : la dapoxétine, commercialisée sous le nom de Priligy®. Ce traitement à la demande appartient à la famille des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS). Autrement dit, un dérivé d’antidépresseur.

S’il peut retarder l’éjaculation et améliorer le contrôle chez certains hommes, il reste peu utilisé en pratique. D’abord parce qu’il est non remboursé par la Sécurité sociale. Ensuite parce qu’il provoque parfois des effets indésirables gênants : nausées, vertiges, insomnies ou troubles digestifs. Ces effets expliquent pourquoi nombre de patients abandonnent le traitement au bout de quelques essais.

« Le besoin d’un médicament plus simple, mieux toléré et spécifiquement conçu pour ce trouble est évident depuis longtemps », confirme le Pr Droupy.

Éjaculation précoce : bientôt un nouveau traitement 

C’est dans ce contexte que le CHU de Nîmes a annoncé, fin octobre 2025, le lancement d’une étude clinique sur une nouvelle molécule française. Une innovation développée par un laboratoire hexagonal et testée dans plusieurs hôpitaux universitaires.

Cette molécule agit sur les mêmes mécanismes que la dapoxétine, mais avec un profil de tolérance amélioré et moins d’effets secondaires. Les volontaires, recrutés parmi des hommes souffrant d’éjaculation précoce persistante, participent à un protocole strictement encadré. 

L’étude vise à évaluer l’efficacité réelle du médicament sur la durée du rapport sexuel, mais aussi son impact psychologique et relationnel. Les premiers résultats devraient permettre de confirmer si cette nouvelle approche peut s’intégrer à la pratique clinique. Si elle est concluante, elle pourrait devenir la première véritable alternative thérapeutique depuis près de quinze ans.

L’éjaculation précoce reste souvent perçue comme un manque de virilité ou un échec personnel, alors qu’il s’agit d’un trouble médical reconnu. « Les hommes ont parfois peur de consulter, comme si parler de sexualité les fragilisait. C’est tout l’inverse. Consulter, c’est reprendre le contrôle », résume un sexologue hospitalier impliqué dans le suivi de l’étude.

Les spécialistes rappellent également que le traitement médicamenteux, aussi prometteur soit-il, ne suffit pas toujours seul. Les approches comportementales (thérapies cognitives et sexuelles, exercices de respiration, travail de communication au sein du couple) jouent un rôle majeur dans l’amélioration durable du contrôle éjaculatoire.

À SAVOIR 

Des études publiées dans le Journal of Sexual Medicine ont montré que certaines variations génétiques liées à la sérotonine pourraient favoriser l’éjaculation précoce chez certains hommes. Ces facteurs biologiques n’expliquent pas tout, mais ils renforcent l’idée que le trouble résulte à la fois de causes neurologiques, psychologiques et relationnelles.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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