Extraverti, anxieux, créatif… notre personnalité se joue aussi dans nos gènes

le 31 octobre 2026 à 20h43
Un homme souriant à la personnalité sociable et extravertie.
L’extraversion est le trait de personnalité pour lequel les variants génétiques étudiés expliquent la plus grande part des différences observées, avec environ 9,3 %. © Magnific
Extraverti, anxieux, curieux ou organisé, notre ADN aurait son mot à dire. Plus de 1 200 variants génétiques sont associés aux grands traits de notre personnalité. Une influence bien réelle, mais loin d’être toute-puissante puisque notre environnement et nos expériences façonnent aussi largement qui nous sommes.
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Pourquoi certaines personnes adorent-elles discuter avec de parfaits inconnus quand d’autres préfèrent rester dans leur coin ? Pourquoi sommes-nous plus ou moins organisés, anxieux, curieux ou sociables ? Notre éducation, nos expériences et notre environnement participent évidemment à la construction de notre personnalité. Mais la génétique joue elle aussi un rôle.

Depuis longtemps, les scientifiques cherchent à comprendre ce qui vient de notre environnement, de notre histoire personnelle… et de notre héritage biologique. Les dernières découvertes permettent aujourd’hui d’y voir un peu plus clair et montrent surtout que la frontière entre l’inné et l’acquis est bien moins nette qu’elle n’y paraît.

Extraverti, anxieux, organisé… Les cinq grandes dimensions de notre personnalité

Pour étudier quelque chose d’aussi complexe que la personnalité, encore faut-il pouvoir la mesurer. Les chercheurs se sont appuyés sur le modèle psychologique des « Big Five », largement utilisé dans la recherche scientifique. Il ne s’agit pas de ranger chacun dans une petite case, mais d’évaluer cinq grandes dimensions sur lesquelles nous nous situons tous à des degrés différents. Selon les définitions reprises dans l’étude, il s’agit de :

  • l’extraversion, qui englobe notamment la sociabilité, l’assurance et le niveau d’énergie ;
  • l’agréabilité, associée notamment à la compassion, au respect des autres et à la confiance ;
  • la conscienciosité, qui correspond entre autres à l’organisation, au sens des responsabilités et à la productivité ;
  • le neuroticisme, qui désigne une plus grande tendance à éprouver des émotions négatives comme l’anxiété et une certaine instabilité émotionnelle ;
  • l’ouverture à l’expérience, associée notamment à l’imagination, à la curiosité et à la sensibilité esthétique.

Autrement dit, il n’existe pas dans cette classification cinq « types » de personnes. On peut être très extraverti mais moyennement consciencieux, particulièrement ouvert aux nouvelles expériences tout en étant davantage sujet à l’anxiété, etc.

Nos gènes déterminent-ils vraiment notre personnalité ?

1 260 variants génétiques associés à notre personnalité

Notre caractère aurait donc bien une petite part d’héritage génétique. Au total, 1 260 variants génétiques sont associés aux cinq grandes dimensions de la personnalité, comme l’extraversion, la curiosité, l’organisation ou encore la tendance à ressentir davantage d’émotions négatives. Cela ne signifie pas qu’il existe un gène qui rend bavard, anxieux ou particulièrement organisé. Chacune de ces variations de l’ADN n’a qu’un effet minuscule. C’est leur combinaison, parmi des milliers d’autres facteurs, qui participe aux différences de personnalité observées d’une personne à l’autre.

Certaines caractéristiques semblent d’ailleurs avoir une signature génétique en partie différente des autres. 82 % des régions du génome identifiées étaient associées à un seul des cinq grands traits de personnalité. Les variations liées à l’extraversion ne sont donc généralement pas les mêmes que celles associées à la curiosité ou à la conscienciosité. Reste surtout à remettre les gènes à leur juste place. Ils peuvent nous donner certaines prédispositions, mais ils n’écrivent pas notre caractère à l’avance. Notre éducation, notre environnement, nos rencontres et plus largement ce que nous vivons continuent de participer à la construction de notre personnalité tout au long de la vie.

Attention, il n’existe pas un « gène de l’extraversion »

Notre personnalité dépend d’une multitude de petites variations génétiques qui, prises séparément, ont chacune un effet minuscule. En moyenne, environ 16 180 variants génétiques communs indépendants participeraient à la composante génétique de chacun des cinq grands traits de personnalité.

L’extraversion en donne un bon exemple. Posséder une copie de l’un des principaux variants qui lui sont associés ne change presque rien à lui seul. Son effet médian ferait passer une personne située exactement au milieu de l’échelle d’extraversion du 50e au 50,35e percentile. Autrement dit, une différence pratiquement imperceptible à l’échelle d’un individu.

Ce n’est donc pas un gène qui nous rend sociable, anxieux, organisé ou curieux. C’est l’effet cumulé d’un très grand nombre de variations de notre ADN, auquel viennent encore s’ajouter notre environnement et tout ce que nous vivons. En génétique, on parle d’un caractère « polygénique ».

L’ADN n’explique qu’une partie de nos différences

Avoir une prédisposition génétique ne signifie pas avoir une personnalité écrite à l’avance. Les variants génétiques communs analysés n’expliquent qu’entre 4,8 % et 9,3 % des différences observées entre les individus selon le trait de personnalité. L’extraversion est celui pour lequel cette part est la plus élevée, tandis que l’agréabilité affiche la plus faible. Attention toutefois à ne pas mal interpréter ces chiffres. Dire que 9,3 % des différences d’extraversion sont associées aux variations génétiques étudiées ne signifie pas que 9,3 % de la personnalité d’une personne est inscrite dans son ADN. Ces pourcentages décrivent les différences observées entre de nombreuses personnes et ne permettent pas de découper notre caractère en une part « génétique » et une part « environnementale ».

D’autres travaux menés notamment auprès de jumeaux et de familles estiment plus largement l’héritabilité des grands traits de personnalité autour de 40 à 60 %. Là encore, cela ne veut pas dire que la moitié de notre caractère serait décidée à la naissance. L’environnement garde une place essentielle. L’éducation, les expériences, les relations sociales et plus largement ce que nous vivons interagissent avec nos prédispositions biologiques. Deux personnes possédant certaines variations génétiques similaires peuvent donc développer des personnalités bien différentes au cours de leur vie.

Le cerveau livre aussi quelques pistes

Une partie des variations génétiques liées à notre personnalité semble agir au niveau du cerveau. Pour quatre des cinq grands traits étudiés, à l’exception de l’agréabilité, les associations génétiques concernent notamment des gènes exprimés dans le cortex préfrontal. Cette région située à l’avant du cerveau intervient notamment dans la prise de décision, la planification, le contrôle de certains comportements et la régulation des émotions. Mais impossible pour autant de désigner une zone du cerveau qui nous rendrait extraverti, anxieux ou curieux. Aucun grand trait de personnalité ne semble dépendre d’un seul circuit cérébral, d’un type de neurones ou d’une molécule particulière.

Même la dopamine et la sérotonine, deux messagers chimiques du cerveau régulièrement associés à certains comportements et émotions, ne permettent pas d’expliquer aussi simplement notre caractère. Notre personnalité semble plutôt reposer sur une mécanique cérébrale complexe, où de nombreux gènes, cellules et systèmes biologiques interviennent simultanément.

Personnalité : comportements et santé mentale sont aussi liés

Les mêmes influences génétiques peuvent se retrouver derrière certains traits de personnalité, habitudes de vie et troubles de santé mentale. La conscienciosité, qui correspond notamment au fait d’être organisé, rigoureux et persévérant, partage par exemple certaines caractéristiques génétiques avec une pratique sportive plus fréquente, une consommation moindre de certaines substances et un indice de masse corporelle plus faible. Le neuroticisme, associé à une plus grande tendance à ressentir de l’anxiété et des émotions négatives, partage lui aussi une partie de ses influences génétiques avec plusieurs troubles psychiatriques.

Mais attention au raccourci. Être davantage anxieux ne signifie pas que l’on développera nécessairement un trouble psychiatrique, pas plus qu’être consciencieux ne garantit une meilleure santé. Ces liens montrent simplement que certains traits et certaines caractéristiques de santé peuvent avoir une partie de leurs influences génétiques en commun. Notre environnement, notre mode de vie et notre histoire personnelle entrent eux aussi largement dans l’équation.

À SAVOIR 

Les frères et sœurs ne sont évidemment pas génétiquement identiques, même s’ils ont les mêmes parents. À chaque conception, le patrimoine génétique transmis est en partie rebattu. Deux enfants d’une même famille peuvent donc hériter de combinaisons différentes de variants associés à la personnalité. Une raison supplémentaire pour laquelle deux frères et sœurs élevés dans le même environnement peuvent avoir des caractères très différents.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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