Ces bruits, souvent perçus comme gênants, sont le signe d’un système digestif bien vivant. Quand on a faim, l’estomac et les intestins s’activent : contractions, gaz, liquides… Mais que se passe-t-il exactement ? On vous explique.
Le gargouillis du ventre porte un nom : les borborygmes. Il s’agit de sons produits par les mouvements du tube digestif (de l’estomac jusqu’au côlon) lorsque les gaz et les liquides se déplacent sous l’effet des contractions musculaires appelées péristaltisme.
Ces bruits sont plus audibles quand le système digestif est vide, tout simplement parce qu’il n’y a pas de nourriture pour les amortir. Selon l’Inserm, le péristaltisme « assure la progression du bol alimentaire dans le tube digestif » grâce à des contractions successives des muscles intestinaux.
Autrement dit, même entre deux repas, le tube digestif reste actif. Et quand il ne contient que de l’air et des liquides, chaque contraction devient… audible.
Mais pourquoi la faim devient-elle sonore ?
Un cycle naturel qui s’active à jeun
Lorsque nous n’avons pas mangé depuis plusieurs heures, un mécanisme spécifique se met en route : le complexe moteur migrant (ou Migrating Motor Complex, MMC).
Ce cycle de contractions se déclenche environ toutes les 90 à 120 minutes pendant le jeûne, de l’estomac jusqu’à l’intestin grêle. Son rôle : « nettoyer » le tube digestif des résidus alimentaires et des bactéries, avant le repas suivant.
Une étude publiée dans Nature Reviews Gastroenterology & Hepatology décrit ce mécanisme comme un « cycle rythmique de motricité intestinale pendant le jeûne, interrompu dès l’ingestion d’aliments ». Concrètement, c’est ce cycle, et non la faim elle-même, qui produit la majorité des bruits que l’on entend.
Le rôle de l’hormone de la faim
À ce moment-là, une autre actrice entre en scène : la ghréline, parfois surnommée « l’hormone de la faim ». Sécrétée par l’estomac lorsqu’il est vide, elle a deux fonctions principales :
- Stimuler l’appétit, en envoyant au cerveau le signal qu’il est temps de manger ;
- Accélérer la motricité gastrique et intestinale pour préparer le système digestif à recevoir de la nourriture.
Une étude du Journal of Clinical Investigation a montré que la ghréline « stimule la motilité gastro-intestinale » et favorise les contractions du tube digestif. Lorsque l’estomac est vide, cette hormone accentue les contractions… et donc les borborygmes.
Pourquoi le ventre fait-il plus de bruit quand on a faim ?
Le mécanisme est donc clair :
- Le tube digestif reste actif même à jeun ;
- Le complexe moteur migrant déclenche des contractions pour “nettoyer” l’estomac et l’intestin ;
- L’estomac vide amplifie les sons produits par le déplacement des gaz et des liquides ;
- La ghréline intensifie les contractions digestives.
Autrement dit, le ventre gargouille non pas parce qu’il a “besoin” de nourriture, mais parce qu’il se prépare à en recevoir.
Un ventre qui gargouille beaucoup : faut-il s’en inquiéter ?
Dans la grande majorité des cas, non. Ces bruits sont physiologiques et bénins. Ils témoignent simplement d’un système digestif fonctionnel.
Selon Harvard Health Publishing, « le ventre qui gargouille n’est pas un signe de maladie ; il traduit simplement le fonctionnement normal du système digestif ».
En revanche, certains signaux doivent alerter. Si les gargouillements s’accompagnent de douleurs abdominales, ballonnements persistants, diarrhée, constipation ou fièvre, il faut consulter un médecin. Cela peut être le signe d’un trouble du transit, d’une intolérance alimentaire (lactose, fructose), voire d’un syndrome de l’intestin irritable.
Peut-on atténuer ces bruits ?
Il n’existe pas de remède miracle, mais quelques gestes simples peuvent réduire ces bruits :
- Manger à intervalles réguliers, pour éviter les longues périodes de jeûne ;
- Boire de l’eau : cela remplit légèrement l’estomac et amortit les sons ;
- Éviter d’avaler trop d’air (en parlant en mangeant ou en buvant avec une paille) ;
- Limiter les aliments fermentescibles (choux, lentilles, boissons gazeuses) en cas de ballonnements.
Ces recommandations sont reprises par Santé publique France dans le cadre du Programme national nutrition santé (PNNS), qui encourage une alimentation régulière et équilibrée.
À SAVOIR
Le stress peut aussi faire « parler » le ventre. Sous l’effet du cortisol et de l’adrénaline, les contractions intestinales s’intensifient, ce qui peut accentuer les bruits digestifs. Selon l’Inserm, le système nerveux de l’intestin, très sensible aux émotions, réagit directement aux variations de stress ou d’anxiété.








