Une femme qui a le dos qui se voûte et devient douloureux.
La camptocormie n'est pas un problème « d’os », mais bien de muscle et de commande nerveuse. © Adobe Stock

On le met souvent sur le dos de l’âge ou de rhumatismes. Et pourtant, quand se voute vers l’avant, que cette position s’accentue debout ou en marchant, il peut s’agir d’un trouble bien particulier : la camptocormie. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Explications. 

Chez de nombreuses personnes âgées, la colonne vertébrale se modifie avec le temps. Les disques s’usent, les muscles s’affaiblissent, l’ossature perd un peu de sa densité. Jusque-là, rien d’anormal.

Mais dans la camptocormie, la courbure va bien au-delà du simple dos voûté. Elle se manifeste par une flexion exagérée du tronc vers l’avant, parfois à plus de 30 ou 40 degrés, surtout quand la personne est debout ou qu’elle marche. Et ce qui la distingue, c’est qu’en position allongée… le dos se redresse à nouveau.

Cette particularité traduit souvent une faiblesse des muscles extenseurs du dos, ces muscles profonds qui, d’ordinaire, nous maintiennent droits. Sur une IRM, on voit parfois qu’ils sont amincis, infiltrés de graisse, ou tout simplement épuisés.

Dos voûté : pourquoi cela arrive-t-il surtout avec l’âge ?

Avec l’âge, la masse musculaire diminue, un phénomène appelé sarcopénie. Moins de muscle, moins de force, les épaules se referment, la tête penche en avant, la posture se modifie. Chez certaines personnes, cette perte de tonus touche particulièrement les muscles du dos. Résultat, le tronc s’incline, parfois de façon spectaculaire.

Mais ce n’est pas qu’une histoire de vieillissement. Dans bien des cas, la camptocormie s’associe à d’autres maladies :

  • La maladie de Parkinson est la plus connue : on estime que 5 à 10 % des patients atteints développent une camptocormie au fil du temps.
  • Certaines myopathies axiales (maladies musculaires rares) peuvent aussi en être la cause.
  • Enfin, des déformations du rachis (ostéoporose, tassements, scoliose dégénérative) peuvent accentuer le déséquilibre vers l’avant.

Camptocormie : des signes à ne pas banaliser

On croit souvent que « c’est juste la posture ». Mais la camptocormie, elle, s’installe progressivement et s’accompagne de signes typiques. Le dos s’incline de plus en plus, surtout quand on reste debout longtemps ou qu’on marche. 

En fin de journée, la personne se dit qu’elle « n’en peut plus de se redresser ». En position allongée, la courbure disparaît. Parfois, on remarque que la personne s’appuie sur ses cuisses pour se relever, ou qu’elle a tendance à regarder le sol en marchant.

Ces signes doivent alerter, surtout s’ils apparaissent en quelques mois. Non seulement parce qu’ils peuvent révéler un trouble musculaire ou neurologique, mais aussi parce qu’ils augmentent le risque de chute.

Comment pose-t-on le diagnostic ?

Tout commence par l’observation. Le médecin regarde la posture debout, la marche, puis demande au patient de s’allonger. Si le dos se redresse, cela oriente vers la camptocormie.
Des examens d’imagerie peuvent ensuite confirmer l’hypothèse :

  • Radiographies pour mesurer l’angle d’inclinaison du tronc.
  • IRM musculaire pour visualiser l’état des muscles du dos.
  • Examens neurologiques (électromyogramme, parfois biopsie musculaire) si une cause neuromusculaire est suspectée.

Ces examens permettent aussi d’éliminer d’autres pathologies (une cyphose osseuse, une scoliose, une arthrose avancée) dont le traitement est différent.

Peut-on traiter la camptocormie ?

La rééducation est la clé. Le kinésithérapeute travaille à renforcer les muscles du dos, à réentraîner l’équilibre et la posture. Des exercices simples, faits régulièrement, peuvent redonner un peu de tonus et améliorer la stabilité. Un programme de rééducation bien conduit peut réduire la douleur et améliorer la qualité de vie, même si la posture reste parfois imparfaite.

Des aides techniques peuvent compléter. Un corset léger, une orthèse dorsale ou un déambulateur à appui antérieur peuvent soulager la posture et limiter la fatigue, à condition d’être bien adaptés. Et bien sûr, traiter la cause quand elle existe : ajuster un traitement antiparkinsonien, corriger une carence en vitamine D, surveiller l’ostéoporose…

La chirurgie, elle, reste exceptionnelle car trop risquée, et souvent décevante chez des patients âgés.

Et côté prévention ?

Prévenir la camptocormie, c’est avant tout entretenir son dos. Bouger, renforcer sa musculature, surveiller sa posture. Les activités comme la natation, la marche nordique, le yoga doux ou le Pilates sénior sont idéales pour cela.

Une alimentation équilibrée et riche en protéines aide à maintenir la masse musculaire. Et la surveillance régulière de la densité osseuse (pour dépister une ostéoporose) fait aussi partie du tableau.

La camptocormie n’est pas qu’un problème de posture. Elle influence la mobilité, l’équilibre, la respiration parfois. Marcher devient plus fatigant, regarder droit devant plus difficile. Les douleurs du bas du dos s’installent, la confiance en soi diminue. Et, insidieusement, la perte d’autonomie s’installe. On marche moins, on sort moins, on se replie.

Et les gériatres insistent : repérer tôt cette posture anormale change tout. Une prise en charge précoce peut ralentir l’évolution et préserver la mobilité.

À SAVOIR 

Des recherches récentes ont montré que la camptocormie pouvait aussi affecter la respiration. En effet, la posture très penchée vers l’avant réduit la capacité pulmonaire et favorise une respiration dite « restrictive ».

Inscrivez-vous à notre newsletter
Ma Santé

Article précédentFaim, stress ou digestion : mais pourquoi notre ventre fait-il du bruit quand on a faim ?
Article suivantPourquoi certains ne tombent jamais malades en hiver ?
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici