
Ils ont ouvert les années 60, défriché la liberté sexuelle et crié « peace and love ». Aujourd’hui, les baby-boomers sont à la retraite, mais pas vraiment au repos. Alcool, sexualité, parfois drogues… leurs comportements restent libres, parfois un peu trop. Et les autorités sanitaires, qui ont longtemps regardé les jeunes, commencent à s’inquiéter des excès de leurs aînés.
Pendant des décennies, on a associé les conduites à risque à la jeunesse. On imaginait les fêtards du samedi soir, les étudiants à la bière ou les premières expériences de drogue. Mais cette image s’effrite. Dans les pays riches, et en France tout particulièrement, la génération du baby-boom, née entre 1945 et 1965, n’a pas vraiment dit adieu à ses années d’audace.
Les enquêtes de santé publique montrent un phénomène surprenant. Si les jeunes boivent moins et fument moins qu’avant, les seniors, eux, conservent un rapport à l’alcool, à la fête et à la sexualité bien plus libre que celui de leurs parents. Pas forcément dramatique, mais suffisant pour inquiéter les médecins et les autorités sanitaires.
L’alcool, compagnon fidèle des retraités français
Chez les plus de 55 ans, la consommation reste nettement plus fréquente que chez les jeunes adultes. En 2021, 13 % des hommes de 65-75 ans boivent de l’alcool tous les jours, contre à peine 2 % des 18-24 ans. Chez les femmes du même âge, la consommation quotidienne est plus rare (environ 5 %), mais les épisodes d’alcoolisation ponctuelle importante augmentent légèrement.
Autrement dit, les seniors ne boivent pas forcément plus qu’avant, mais ils continuent à boire régulièrement. Et leur organisme, lui, n’a plus 30 ans. Le foie, le cœur, le cerveau métabolisent moins bien l’alcool. Résultat, à quantité égale, les effets sont plus marqués, les risques cardiovasculaires et cognitifs plus importants.
Les experts de l’OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives) rappellent que le vieillissement de la population rend visible une cohorte habituée à consommer. Une génération qui, contrairement à la précédente, n’a jamais vu dans le vin ou le pastis un tabou, mais un plaisir social ordinaire.
Les drogues, un tabou qui se fissure
C’est un sujet plus discret, mais bien réel. En France, la consommation de drogues illicites reste concentrée chez les jeunes adultes. Pourtant, les données de l’OFDT 2024 révèlent une progression notable des usages chez les 55-64 ans. Entre 2017 et 2023, la part de seniors déclarant avoir consommé une autre drogue que le cannabis est passée de 0,2 % à 1 %. C’est faible en apparence, mais cela traduit une normalisation lente, presque silencieuse, de certaines pratiques.
Et au-delà des produits illégaux, il y a les médicaments : somnifères, anxiolytiques, opioïdes. Les études européennes (EUDA, 2023) montrent que les personnes de plus de 40 ans représentent désormais près de la moitié des patients en traitement pour usage problématique de médicaments psychoactifs. Chez les seniors, la frontière entre usage médical et dépendance est parfois ténue.
IST : la prévention n’a pas marché chez les baby boomers
Le retour inattendu des infections sexuellement transmissibles
C’est sans doute la surprise la plus marquante des dernières années. En France, selon Santé publique France, le nombre de diagnostics d’infections sexuellement transmissibles (IST) explose depuis 2010 et les plus de 50 ans ne sont plus épargnés.
Le bilan 2023 de l’agence :
- Les cas de chlamydia ont été estimés à 55 500,
- Ceux de gonocoque à 23 000,
- Et ceux de syphilis à 5 800.
Mais le plus frappant, c’est la dynamique. Entre 2021 et 2023, le nombre de diagnostics chez les hommes de 50 ans et plus a augmenté de 39 % pour la chlamydia, et de plus de 80 % pour la gonorrhée. Chez les femmes du même âge, la hausse est également significative.
Mais pourquoi les IST explosent-elles chez cette tranche d’âge ?
Les causes sont multiples. D’abord, la vie amoureuse ne s’arrête pas à 60 ans. Les recompositions familiales, les applications de rencontre et les nouvelles libertés sexuelles contribuent à une activité intime prolongée. À cela s’ajoute le non-usage du préservatif. Passé un certain âge, le risque de grossesse n’existe plus, et le préservatif disparaît souvent des habitudes. Résultat, une transmission accrue d’IST chez des personnes qui ne se sentent pas « concernées ».
Une étude menée à l’École des hautes études en santé publique (EHESP, 2019) notait déjà que « la majorité des personnes de 50 à 70 ans ne se sent pas exposée aux infections sexuellement transmissibles ». Un constat toujours d’actualité.
Quand la médecine évite le sujet
Parler de sexualité avec ses patients de 60 ou 70 ans n’est pas encore un réflexe pour les médecins. Les soignants eux-mêmes hésitent parfois à aborder ces thèmes. Résultat, des diagnostics souvent tardifs, des prises en charge plus lourdes.
Même difficulté sur les addictions. Les campagnes de prévention restent centrées sur les jeunes, alors que les plus de 50 ans représentent une part croissante des patients hospitalisés pour troubles liés à l’alcool.
Derrière ces tendances, c’est toute une politique de santé publique qui doit se réinventer. Car vieillir en bonne santé ne signifie pas seulement éviter le diabète ou l’hypertension. Cela implique aussi de parler d’alcool, de plaisir, de désir et de dépendances, sans tabou ni jugement.
Les institutions européennes, comme l’EUDA (European Union Drugs Agency), insistent sur la nécessité de développer des programmes de prévention adaptés aux plus de 50 ans.
À SAVOIR
L’isolement social reste un facteur majeur de risque pour la santé des seniors. En France, on estime que 2 millions de personnes âgées de plus de 60 ans sont isolées de leurs cercles de sociabilité (famille, amis, voisins), et 530 000 sont en situation de mort sociale (n’ont presque plus aucun contact humain).







