Les contrefaçons concernent le plus souvent des sacs de luxe, des médicaments ou des produits électroniques. Mais lorsqu’elles touchent un objet de prévention utilisé par des millions de personnes, les conséquences peuvent être autrement plus graves. C’est ce que rappelle l’Office européen de lutte antifraude (OLAF), qui a annoncé, mardi 7 juillet, avoir démantelé un réseau international ayant permis l’entrée en Europe de plus de 200 000 préservatifs contrefaits en provenance de Chine.
L’enquête, menée en collaboration avec plusieurs autorités douanières nationales et les autorités chinoises, a permis de remonter jusqu’à un exportateur unique à l’origine des expéditions. Les saisies ont notamment eu lieu en Roumanie, en Espagne et en Serbie, où les enquêteurs ont constaté que les produits provenaient tous de la même filière.
Faux préservatifs : comment les fraudeurs ont contourné les contrôles ?
Pour parvenir jusqu’au marché européen, les expéditions avaient été déclarées comme des « jouets ». Une fausse déclaration qui leur permettait d’échapper à une partie des contrôles appliqués aux dispositifs médicaux.
Car contrairement à ce que l’on pourrait croire, un préservatif n’est pas un simple produit de consommation. En Europe, il est officiellement considéré comme un dispositif médical. À ce titre, il doit satisfaire à des exigences particulièrement strictes définies par le règlement européen relatif aux dispositifs médicaux et porter le marquage CE, qui atteste de sa conformité aux exigences de sécurité et de performance. Il doit également répondre à la norme internationale ISO 4074, qui fixe les critères de fabrication des préservatifs masculins en latex naturel.
Alerte aux faux préservatif : quels sont les risques pour votre santé ?
Pourquoi ces faux préservatifs sont-ils dangereux ?
À première vue, un préservatif contrefait peut sembler parfaitement identique à un produit authentique. Emballage soigné, logo d’une marque connue, aspect similaire… Pourtant, rien ne garantit qu’il remplisse sa fonction première : protéger. Selon l’OLAF, ces produits n’avaient pas été soumis aux contrôles obligatoires exigés dans l’Union européenne. Ils échappaient notamment :
- aux tests de résistance aux fuites ;
- aux contrôles de contamination microbienne ;
- aux essais de biocompatibilité, qui vérifient que les matériaux utilisés sont sans danger pour les muqueuses ;
- aux vérifications des dimensions, essentielles pour assurer une bonne protection ;
- aux tests de stabilité et de durée de conservation.
Autrement dit, impossible de savoir si ces préservatifs résistaient correctement lors d’un rapport sexuel, s’ils étaient fabriqués avec des matériaux adaptés ou encore s’ils conservaient leurs propriétés jusqu’à leur date de péremption.
Faux préservatifs : des conséquences qui peuvent être lourdes
Le préservatif reste aujourd’hui le seul moyen de contraception qui protège simultanément contre une grossesse non désirée et contre la majorité des infections sexuellement transmissibles (IST). Selon Santé publique France, son efficacité est élevée lorsqu’il est utilisé correctement et systématiquement. À l’inverse, un préservatif présentant un défaut de fabrication peut se rompre, fuir ou être moins résistant qu’attendu, réduisant fortement son niveau de protection. L’OLAF estime que l’utilisation de ces produits contrefaits aurait pu exposer les consommateurs à plusieurs risques majeurs :
- une transmission d’infections sexuellement transmissibles, notamment le VIH ou certaines hépatites ;
- des grossesses non planifiées ;
- une exposition à des substances chimiques ou matériaux dont l’innocuité n’a jamais été vérifiée.
Préservatifs : comment être sûr d’acheter un produit fiable ?
Pour le grand public, distinguer un vrai préservatif d’une contrefaçon est souvent extrêmement difficile, voire impossible. Les faussaires reproduisent parfois presque parfaitement les emballages et les logos des fabricants. Quelques réflexes permettent toutefois de limiter les risques :
- acheter ses préservatifs en pharmacie, en grande surface ou auprès de distributeurs reconnus ;
- éviter les vendeurs inconnus sur certaines plateformes en ligne ou sur des sites proposant des prix anormalement bas ;
- vérifier la présence du marquage CE ainsi que les informations obligatoires figurant sur l’emballage ;
- ne jamais utiliser un produit dont l’emballage est endommagé, déjà ouvert ou dont la date de péremption est dépassée.
Même si le marquage CE peut lui aussi être imité par des contrefacteurs expérimentés, acheter auprès d’un circuit de distribution fiable reste aujourd’hui la meilleure protection.
À SAVOIR
Les préservatifs font partie des dispositifs médicaux les plus contrôlés. Avant leur commercialisation, chaque lot de fabrication est soumis à une série de tests définis par la norme internationale ISO 4074. Parmi eux figure un contrôle destiné à détecter les microtrous invisibles à l’œil nu, réalisé soit par un test de fuite à l’eau, soit par un test électronique, selon les méthodes prévues par la norme.




