
Près d’un produit sur deux analysé par la DGCCRF est jugé non conforme. Colles, gommes, surligneurs, stylos correcteurs… Comme le confirment les derniers contrôles réalisés en France, les fournitures scolaires que nos enfants manipulent chaque jour ne sont pas toujours aussi inoffensives qu’elles en ont l’air. Alors, que faut-il savoir avant la rentrée ?
Derrière les couleurs vives et les promesses « écolos » de certains emballages de fournitures, la réalité est parfois bien moins rassurante. La DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) vient de publier les résultats de ses enquêtes 2023–2024 sur la sécurité et l’étiquetage des fournitures scolaires.
Et le constat est inquiétant : sur 31 produits analysés en laboratoire, 14 se sont révélés non conformes, dont 9 jugés dangereux pour la santé des enfants.
Concrètement, ces anomalies concernent des produits du quotidien : colles, gommes parfumées, stylos fluos, correcteurs liquides… Plusieurs retraits massifs ont été décidés, dont 66 221 surligneurs et 18 000 stylos correcteurs.
Que risque-t-on vraiment avec ces fournitures ?
Ce qui inquiète particulièrement les autorités sanitaires, c’est la présence de substances chimiques nocives identifiées dans de nombreuses fournitures scolaires. Parmi elles :
- Les phtalates : utilisés comme plastifiants, ils sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens.
- Les composés organiques volatils (COV) : comme le formaldéhyde, le toluène ou le chloroforme, qui peuvent provoquer maux de tête, irritations et, à long terme, des effets plus graves.
- Le bisphénol A (BPA) et certains PFAS (les « polluants éternels ») encore détectés dans des plastiques.
- Les métaux lourds (plomb, cadmium, chrome VI…), présents dans certaines encres ou pigments.
Une expertise de l’ANSES publiée en 2022 a tiré la sonnette d’alarme : ces substances, manipulées quotidiennement et parfois portées à la bouche par les enfants, représentent une exposition évitable mais préoccupante.
Pourquoi n’y a-t-il pas de réglementation claire ?
C’est l’un des points les plus surprenants de ce dossier. Contrairement aux jouets, les fournitures scolaires ne sont pas couvertes par une réglementation spécifique en Europe. Seule la directive générale sur la sécurité des produits (2001/95/CE) s’applique et reste très large et peu contraignante.
Seuls quelques articles considérés comme jouets (feutres premier âge, crayons de couleur destinés aux plus petits) sont encadrés par la directive sur la sécurité des jouets (2009/48/CE). Pour tout le reste, le contrôle repose sur la vigilance des autorités et sur la bonne foi des fabricants.
Déjà en 2022, des sénateurs avaient interpellé le gouvernement pour demander un renforcement du cadre réglementaire. L’ANSES recommande d’ailleurs d’étendre la réglementation des jouets aux fournitures scolaires, afin de mieux protéger les enfants.
Quand l’étiquette ment : le greenwashing dans le viseur
Autre sujet pointé par la DGCCRF : les allégations environnementales trompeuses. Beaucoup de produits mettent en avant des mentions « éco-conçu », « biodégradable » ou « sans PVC », sans preuve claire à l’appui.
Lors de ses contrôles, la DGCCRF a adressé 39 avertissements, prononcé 15 injonctions et dressé 3 procès-verbaux à l’encontre de fabricants qui abusaient de ce marketing « vert ». Une pratique qui, en plus de brouiller les repères des consommateurs, peut détourner l’attention des véritables risques sanitaires.
Comment bien choisir ses fournitures scolaires ?
Face à ce constat, que peuvent faire les parents ?
- Lire attentivement l’étiquette : un produit sûr doit comporter des pictogrammes de danger clairs et visibles. Méfiez-vous des emballages sans aucune information.
- Éviter les fournitures parfumées : gommes ou stylos « senteur fruits » séduisent les enfants mais favorisent l’inhalation de substances chimiques.
- Privilégier les marques reconnues et les circuits de distribution fiables : certaines grandes enseignes imposent des contrôles qualité supplémentaires.
- Limiter le superflu : acheter uniquement l’essentiel réduit mécaniquement l’exposition.
- Se tenir informé des rappels de produits : sur le site RappelConso.
La vigilance des parents reste donc essentielle : lire les étiquettes, éviter les promesses trop belles pour être vraies et privilégier la simplicité. En parallèle, les autorités sanitaires et associations de consommateurs continuent de réclamer un cadre réglementaire renforcé pour que les fournitures scolaires soient enfin soumises aux mêmes exigences que les jouets.
À SAVOIR
L’association de consommateurs UFC-Que Choisir a déjà alerté sur le sujet en 2019 et de nouveau en 2022 : près de la moitié des fournitures scolaires testées contenaient au moins une substance à risque (phtalates, formaldéhyde, HAP, etc.). Certaines gommes parfumées dépassaient même les seuils autorisés pour les jouets, alors qu’elles échappent à cette réglementation.







