Ils prolongent la durée de vie des aliments, stabilisent les textures et facilitent la production industrielle. Mais depuis plusieurs années, les additifs alimentaires font l’objet d’un examen scientifique approfondi. Deux études françaises, issues de la cohorte NutriNet-Santé et publiées dans The BMJ et Nature Communications, ce jeudi 8 janvier 2026, confirment le lien potentiel entre certains additifs et le développement de cancers et de diabète de type 2..
Deux études alarmantes publiées ce jeudi 8 janvier 2026, menées par une équipe de recherche de l’Inserm, mettent en évidence les liens entre la consommation régulière d’additifs conservateurs et l’augmentation des cas de cancer et de diabète.
“La quasi-totalité des Français consomme ces additifs alimentaires, souvent sans le savoir”, précise en préambule Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm. Selon les données issues de la cohorte NutriNet-Santé, 99,7 % des 105 000 adultes volontaires participant ont ingéré au moins un additif conservateur au cours des deux premières années de suivi. Bref, impossible d’y échapper ! Conservateurs, émulsifiants, édulcorants, colorants… Les additifs alimentaires sont partout dans les rayons des supermarchés. Au secours…
Ces substances, identifiables par leur célèbre code commençant par un « E », sont principalement présentes dans les aliments ultra-transformés comme les plats préparés, les charcuteries, les pains industriels, les desserts lactés, les boissons, les sauces ou les produits de snacking. La base Open Food Facts, utilisée par les chercheurs pour identifier précisément les additifs contenus dans les produits consommés, recense aujourd’hui “plus de 700 000 aliments contenant au moins un conservateur à l’échelle mondiale”, explique la directrice.
Jusqu’ici, les évaluations sanitaires se fondaient essentiellement sur des études toxicologiques réalisées additif par additif, à des doses réglementaires. Plus instructif, ces nouvelles études françaises analysent l’impact d’“une exposition chronique, cumulative, sur plusieurs années, dans des conditions de vie réelles”.
La consommation régulière d’additifs provoque-t-elle des cancers ?
Cancer : comment déterminer un lien potentiel avec les additifs ?
Pour l’analyse du risque de cancer, publiée dans The BMJ, les chercheurs ont donc étudié les données de 105 260 adultes, suivis entre 2009 et 2023, avec un temps de suivi médian de 7,57 ans. Les participants ont renseigné de façon répétée leur alimentation, en indiquant les produits et marques consommés. Ce qui a permis une évaluation très fine de l’exposition aux additifs.
Au total :
- 58 additifs conservateurs ont été identifiés dans l’alimentation des participants ;
- 17 conservateurs, consommés par au moins 10 % d’entre eux, ont pu être analysés individuellement ;
- et 4 226 cas de cancer ont été recensés durant le suivi.
Après prise en compte de nombreux facteurs de risque (âge, sexe, tabac, alcool, activité physique, apports nutritionnels, qualité globale de l’alimentation), “une consommation plus élevée de certains conservateurs est associée à une augmentation du risque de cancer”, conclut Anaïs Hasenböhler, doctorante et membre de l’équipe de recherche.
Cancer : tous les additifs ne sont pas pointés du doigt !
Les associations observées concernent un nombre limité de substances :
- les sorbates, et notamment le sorbate de potassium (E202), sont associés à une hausse de 14 % du risque de cancer au global et de 26 % du risque de cancer du sein ;
- les sulfites sont associés à une augmentation de 12 % du risque de cancer ;
- le nitrite de sodium (E250) est associé à une hausse de 32 % du risque de cancer de la prostate ;
- parmi les conservateurs antioxydants, les érythorbates, dont l’érythorbate de sodium (E316), sont associés à une augmentation plus modérée mais significative du risque (+12 % pour l’ensemble des cancers, +21 % pour le cancer du sein).
À l’inverse, 11 des 17 conservateurs analysés individuellement ne montrent pas d’association avec l’incidence de cancer.
Diabète de type 2 : y-a-t’il plus de risques ?
Diabète de type 2 : des associations significatives
La seconde étude, publiée dans Nature Communications, s’est intéressée au lien entre additifs et diabète de type 2. Elle repose sur les données de 108 723 adultes, suivis entre 2009 et 2023, parmi lesquels 1 131 cas incidents de diabète de type 2 ont été identifiés au cours du suivi.
Comme pour l’analyse du cancer, l’exposition aux additifs a été évaluée à partir d’enregistrements alimentaires détaillés :
- produits,
- marques consommés,
- composition.
Les analyses ont elles aussi été ajustées sur de nombreux facteurs de risque (âge, sexe, IMC, tabagisme, activité physique, apports nutritionnels, antécédents familiaux de diabète). Les résultats montrent qu’une consommation plus élevée de conservateurs alimentaires est associée à une augmentation du risque de diabète de type 2.
Des hausses de risque mesurées et des additifs spécifiques en cause
Chez les participants les plus exposés, le risque de diabète de type 2 est plus élevé :
- de 47 % pour l’ensemble des conservateurs ;
- de 49 % pour les conservateurs non antioxydants ;
- de 40 % pour les conservateurs antioxydants, comparativement aux niveaux de consommation les plus faibles.
“Sur les 17 conservateurs analysés individuellement, 12 sont associés à une augmentation du risque de diabète de type 2”, résume Anaïs Hasenböhler. Parmi les substances concernées figurent notamment :
- le sorbate de potassium (E202) ;
- le métabisulfite de potassium (E224) ;
- le nitrite de sodium (E250) ;
- l’acide acétique (E260) ;
- l’ascorbate de sodium (E301), ainsi que plusieurs autres additifs antioxydants.
Attention, association ne signifie pas causalité
Les chercheurs rappellent que ces études ne démontrent pas un lien de cause à effet direct. Elles mettent en évidence des associations statistiques, dans un contexte réel de consommation, ce qui ne constitue pas une preuve définitive.
Cependant, ces résultats sont jugés préoccupants car ils sont :
- cohérents avec des études expérimentales antérieures,
- observés dans une large population,
- persistants après de nombreux ajustements méthodologiques.
Autrement dit, il ne s’agit ni d’un signal isolé, ni d’un simple artefact statistique. Cela étant, les études continueront d’être approfondies et les chercheurs à l’origine de ces travaux rappellent que l’étude NutriNet-Santé recrute en continu de nouveaux volontaires pour poursuivre l’analyse des liens entre alimentation et santé.
À SAVOIR
Toute personne âgée de 15 ans ou plus, résidant en France et disposant d’un accès à Internet peut se porter volontaires pour participer à cette étude. L’inscription est gratuite et se fait en ligne sur le site officiel : www.etude-nutrinet-sante.fr








