Une mère et sa fille patientent pendant plusieurs heures dans la salle d’attente des urgences avant d’être prises en charge par un médecin.
Selon la Drees, les services d’urgences français prennent en charge environ 21 millions de passages par an. © Magnific

Attendre plus de trois heures aux urgences est devenu la norme en France. Selon une étude publiée ce mardi 2 juin 2026 par la Drees, la durée médiane d’un passage est passée de 2 h 15 en 2013 à 3 h 10 en 2023, soit près d’une heure de plus en dix ans. Les patients nécessitant une hospitalisation restent même plus de 6 h 30 aux urgences dans la moitié des cas. Mais pourquoi attend-t-on si longtemps aux urgences ? 

Chaque jour, des milliers de Français poussent les portes des urgences avec l’espoir d’être soignés rapidement. Mais pour beaucoup, la prise en charge ressemble désormais à une longue attente sur une chaise en salle d’attente ou sur un brancard dans un couloir. Et ce ressenti largement partagé est aujourd’hui confirmé par une enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees).

Dans une étude publiée mardi 2 juin 2026, la Drees, le service statistique du ministère de la Santé, révèle que le temps passé aux urgences a fortement augmenté en dix ans. Entre 2013 et 2023, la durée médiane d’un passage est passée de 2 h 15 à 3 h 10. Plus marquant encore, les patients qui doivent être hospitalisés restent désormais plus de 6 h 30 aux urgences dans la moitié des cas.

Cette dégradation progressive s’explique par plusieurs phénomènes qui s’accumulent depuis des années. Saturation des hôpitaux, fermetures de lits, pénurie de soignants, vieillissement de la population ou encore difficultés à obtenir rapidement un rendez-vous médical en ville… Les urgences sont devenues, pour de nombreux patients, la porte d’entrée d’un système de santé sous forte tension.

Et avant même de voir un médecin, certains attendent déjà très longtemps. Selon la Drees, un patient sur dix patiente plus de 2 h 30 entre son arrivée et sa première prise en charge médico-soignante. 

L’étude de la Drees montre que les situations les plus longues concernent les patients qui doivent être hospitalisés après leur passage aux urgences. Pour eux, la durée médiane atteint désormais 6 h 37. Car une fois la décision médicale prise, encore faut-il trouver un lit disponible dans un service hospitalier. Et c’est souvent là que le système se grippe. Depuis plusieurs années, les hôpitaux français font face à une diminution du nombre de lits d’hospitalisation complète. 

Selon la Drees, plusieurs dizaines de milliers de lits ont été fermés en France au cours de la dernière décennie. Résultat, de nombreux patients restent plusieurs heures, parfois toute une nuit, sur des brancards aux urgences en attendant une place. Ce phénomène porte même un nom dans le monde hospitalier : “l’aval des urgences”. Concrètement, cela désigne la capacité, ou l’incapacité, des autres services de l’hôpital à accueillir rapidement les patients sortant des urgences. Et lorsque l’hôpital est saturé, tout ralentit.

Les urgentistes décrivent régulièrement les services d’urgences comme une “zone tampon” où les patients s’accumulent faute de lits disponibles ailleurs dans l’établissement.

L’attente commence souvent bien avant le début réel des soins. Selon la Drees, la moitié des patients sont pris en charge par un professionnel de santé en moins de 30 minutes après leur arrivée. Mais ce chiffre masque des écarts très importants. Un patient sur dix attend plus de 2 h 30 entre son enregistrement administratif et sa première prise en charge médico-soignante.

Autrement dit, certains patients restent assis pendant des heures en salle d’attente avant même de voir un infirmier ou un médecin. Là encore, plusieurs facteurs peuvent expliquer ces délais :

  • un afflux important de patients ;
  • un manque de médecins ou d’infirmiers ;
  • des cas graves traités en priorité ;
  • ou encore des difficultés d’organisation internes.

Car aux urgences, les patients ne sont pas reçus dans l’ordre d’arrivée, mais selon la gravité de leur état. Une douleur thoracique suspecte ou une détresse respiratoire passera toujours avant une entorse ou une forte fièvre sans signe de gravité. Un système indispensable médicalement, mais parfois difficile à comprendre pour les patients qui attendent depuis plusieurs heures.

L’étude montre aussi que certains profils passent plus de temps aux urgences que d’autres. Les personnes âgées, notamment, restent beaucoup plus longtemps dans les services. Leur prise en charge est souvent plus complexe puisqu’elles présentent davantage de maladies chroniques, nécessitent plus d’examens et doivent plus fréquemment être hospitalisées.

Les passages sont également plus longs pendant la nuit et dans les établissements les plus fréquentés. Sans surprise, les grands hôpitaux urbains concentrent souvent les tensions les plus importantes. Dans certains territoires, les urgences absorbent aussi des patients qui ne trouvent pas de médecin généraliste disponible rapidement.

Selon la Fédération hospitalière de France (FHF), les difficultés d’accès à la médecine de ville participent depuis plusieurs années à la saturation des services d’urgences. Beaucoup de patients s’y rendent faute d’alternative accessible, notamment le soir, le week-end ou dans les zones où les médecins manquent.

Pour de nombreux soignants, cette dégradation ne date pas d’hier. Mais la pandémie de Covid-19 a accentué des difficultés déjà bien installées. Épuisement des équipes, départs de soignants, fermetures temporaires de lits faute de personnel… Les hôpitaux fonctionnent souvent en flux tendu.

Depuis plusieurs années, les représentants hospitaliers alertent aussi sur les difficultés de recrutement, notamment chez les infirmiers et les aides-soignants. Certains services d’urgences ont même dû fermer ponctuellement la nuit ou limiter leur activité ces dernières années faute d’effectifs suffisants.

Les soignants décrivent un cercle vicieux : plus les délais augmentent, plus les conditions de travail se dégradent, ce qui pousse certains professionnels à quitter l’hôpital, aggravant encore les tensions.

Face à ces délais, les autorités sanitaires rappellent régulièrement que les urgences doivent rester réservées aux situations réellement urgentes, graves ou potentiellement graves. Depuis plusieurs années, le gouvernement encourage notamment l’appel préalable au 15 avant de se déplacer aux urgences, afin d’être orienté vers la solution la plus adaptée : 

  • médecin généraliste, 
  • maison médicale de garde, 
  • téléconsultation,
  • service d’urgence si nécessaire.

Mais les médecins rappellent aussi qu’il ne faut jamais hésiter à appeler les secours en cas de symptômes inquiétants. Douleur thoracique brutale, difficulté à respirer, signes d’AVC, perte de connaissance, malaise sévère ou détresse importante chez un enfant nécessitent une prise en charge rapide. Le problème n’est donc pas simplement que “trop de Français vont aux urgences”. La réalité est plus complexe : les urgences sont devenues, au fil des années, le point d’entrée d’un système de santé globalement sous tension. 

À SAVOIR 

Le jour de l’enquête nationale de la Drees, réalisée dans les urgences françaises le 13 juin 2023, près de 58 400 patients ont été pris en charge en seulement 24 heures, soit environ 40 patients par minute sur l’ensemble du territoire. 

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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