La première greffe de larynx en France, réalisée les 2 et 3 septembre à Lyon.
La toute première transplantation de larynx en France a été réalisée début septembre 2023 au prix d'un marathon chirurgical de 27 heures. ©Hospices Civils de Lyon

Pour la toute première fois en France, et la quatrième fois seulement au monde, une patiente de 49 ans va retrouver la voix vingt ans après l’avoir perdue. Ce petit miracle chirurgical, qui confirme l’excellence du savoir-faire médical lyonnais, est à mettre à l’actif d’une équipe pluridisciplinaire des Hospices Civils de Lyon, dirigée par le Pr Philippe Ceruse, chef de service ORL et de chirurgie cervico-faciale de l’hôpital de la Croix-Rousse.

“Mes filles ne m’avaient jamais entendu parler ! Quant à mon mari, il avait oublié le son de ma voix”. L’émotion de Karine, la toute première patiente destinataire d’une greffe de larynx en France est à la hauteur de la prouesse chirurgicale qui lui a rendu son organe. Extrêmement rare (il s’agit de la quatrième au monde), cette greffe du larynx a été effectuée au cours d’une intervention de 27 heures, les 2 et 3 septembre dernier à Lyon.

Cette première greffe du larynx française est une très belle réussite à tous niveaux, pour la patiente et ses proches, pour l’équipe du Pr Ceruse et toutes les équipes des HCL qui se sont mobilisées à ses côtés, pour la médecine”, a pu confirmer le lundi 20 novembre Virginie Valentin, la directrice générale des HCL par intérim. Le délai d’observation est en effet suffisamment long pour confirmer le succès de l’opération. Et la patiente devrait pouvoir, au terme d’un intense travail de rééducation, “retrouver durablement l’usage de la parole dans les prochains mois”.

Greffe du larynx : “j’ai souhaité retrouver une vie normale”

Cette dernière avait été victime d’un arrêt cardiaque en 1996. Fortement endommagé lors de son intubation, son larynx avait fini par s’abîmer irrémédiablement. “Depuis une vingtaine d’années, Karine ne respirait plus que par une trachéotomie, sans possibilité de parler”, confirment les HCL. C’est elle qui, malgré les risques et le peu de retours sur l’intervention, avait pris la décision, en son âme et conscience : « J’ai souhaité me faire greffer, il y a une dizaine d’années, pour retrouver une vie normale, pouvoir faire des activités avec mes enfants, pouvoir communiquer, être indépendante. Aujourd’hui, cela me fait bizarre de parler à nouveau ».

Elle a pu compter sur l’abnégation du Pr Ceruse, convaincu depuis la première transplantation de larynx au monde, aux États-Unis en 1998, que ce type de greffe pouvait être rééditée, malgré son extrême rareté. “La non-fonctionnalité du larynx handicape fortement la vie du patient, mais ne la met pas en danger, ce qui ne rend pas la transplantation prioritaire. En outre, cette greffe est réservée aux patients qui ne souffrent pas de cancer, soit un très petit nombre. Enfin, l’intervention chirurgicale – double intervention avec le prélèvement puis la transplantation – s’avère particulièrement complexe”, du fait de deux difficultés majeures : “une chirurgie très longue, plus de 20 heures d’intervention, et surtout microscopique. Il n’était donc pas imaginable d’effectuer cela seul et sans une longue préparation”

Cette “greffe du larynx s’inscrit dans l’aventure de la transplantation”

Restait donc à regrouper une équipe capable de transformer le pari (douze chirurgiens des HCL et autres hôpitaux français) et à trouver une donneuse compatible. Ce qui fut fait début septembre.

Réputée pour son savoir-faire et son avant-gardisme, la médecine lyonnaise signe ainsi un nouvel exploit et confirme sa faculté à ouvrir toujours un peu plus grand le champs des possibles, comme le souligne l’un des douze membres de l’équipe, le Pr Lionel Badet, chef du service d’urologie et de la chirurgie de la transplantation de l’hôpital Édouard-Herriot: “La greffe de larynx s’inscrit dans l’aventure de la transplantation qui s’ouvre aujourd’hui à des spécialités pour lesquelles cette activité n’était pas offerte jusqu’à récemment. Les équipes et moi-même sommes particulièrement fiers d’avoir pu aider à la construction et à l’émergence d’un projet de greffe de larynx aux Hospices Civils de Lyon, comme, avant, au développement des greffes de bras et d’avant-bras et, demain, aux greffes d’utérus et de pénis, qui sont en préparation”. 

À SAVOIR

L’histoire des Hospices Civils de Lyon est jalonnée de prouesses ayant contribué au développement de la chirurgie de transplantation. C’est à Lyon, en 1965, que la première greffe française d’un rein avait été réalisée, par les Prs Jules Traeger et Jean Perrin. Suivirent en 1974 la première greffe française de cellules souches de foie foetal sur nouveau né (Pr Jean-Louis Touraine), la première greffe européenne de pancréas en 1976 (Pr Jean-Michel Dubernard), la première greffe française d’un foie issu d’un donneur vivant en 1992 (Pr Olivier Boilot), la première greffe mondiale de la main en 1998 et double greffe mains et avant-bras en 2000 (Pr Jean-Michel Dubernard), et enfin la première greffe de bras en 2021 (Prs Aram Gazarian, Lionel Badet et Emmanuel Morelon).

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