
Un vaccin antigrippal recombinant, contenant une quantité plus élevée d’hémagglutinine (une protéine du virus) que dans les vaccins classiques, pourrait améliorer la réponse immunitaire chez les personnes en situation d’obésité sévère. Une nouvelle piste pour mieux protéger les personnes les plus à risque du virus ?
Chaque hiver, la grippe saisonnière touche entre 2 et 6 millions de personnes en France. Si la vaccination reste l’outil principal de prévention, son efficacité n’est pas uniforme selon les profils. Certaines populations, notamment les personnes âgées et les personnes en situation d’obésité sévère, répondent moins bien au vaccin.
L’obésité, définie par un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 30, est associée à un état inflammatoire chronique et à des altérations du système immunitaire. Chez les personnes en obésité sévère (IMC ≥ 40), ces perturbations sont encore plus marquées. L’organisme produit parfois moins d’anticorps après vaccination, et la protection peut être moins durable.
C’est dans ce contexte qu’a été mené l’essai clinique français FLUO, promu par l’AP-HP et publié dans Clinical Infectious Diseases. Réalisé entre novembre 2022 et mars 2023 auprès de 206 adultes avec un IMC ≥ 35 kg/m², il compare un vaccin antigrippal recombinant à un vaccin standard.
Grippe : un vaccin recombinant testé chez des adultes en obésité sévère
Des chercheurs français ont testé un vaccin contre la grippe d’un nouveau type, appelé vaccin recombinant. Contrairement aux vaccins classiques antigrippaux, fabriqués à partir du virus cultivé sur des œufs, celui-ci contient uniquement une protéine du virus, appelée hémagglutinine, que le corps apprend à reconnaître.
Ce vaccin a été évalué dans l’essai clinique FLUO, mené par l’AP-HP et publié le 19 mars 2026 dans la revue scientifique Clinical Infectious Diseases. L’étude a été réalisée dans 15 hôpitaux en France, entre fin 2022 et début 2023, auprès de 206 adultes en situation d’obésité sévère (IMC ≥ 35).
Ce vaccin contient plus de “morceaux” du virus que les vaccins habituels, pour stimuler davantage les défenses du corps.
Des résultats encourageants… à court terme
Une réponse immunitaire plus forte dès le premier mois
Les résultats sont plutôt positifs. Dans l’essai FLUO, les chercheurs montrent qu’à 28 jours après la vaccination, les personnes ayant reçu le vaccin recombinant produisent plus d’anticorps que celles vaccinées avec un vaccin classique.
Autrement dit, leur organisme réagit plus fortement dans le premier mois suivant l’injection. En effet, plus il y a d’anticorps, plus le corps est capable de reconnaître rapidement le virus et de le neutraliser, ce qui augmente les chances d’éviter une infection ou d’en limiter la gravité.
Une efficacité qui s’estompe avec le temps
À six mois, les différences observées entre le vaccin recombinant et le vaccin standard tendent à disparaître. Ce phénomène suggère que, chez les personnes en obésité sévère, la réponse immunitaire, même renforcée au départ, pourrait décliner plus rapidement.
Ce constat rejoint des observations déjà faites dans d’autres travaux. L’obésité est associée à une altération de la mémoire immunitaire, c’est-à-dire la capacité du système immunitaire à “se souvenir” d’un agent infectieux et à réagir efficacement dans le temps.
En pratique, cela signifie que :
- le vaccin recombinant pourrait offrir une meilleure protection initiale,
- mais pas nécessairement une protection plus durable.
Obésité sévère : un enjeu de santé publique encore sous-estimé
En France, les autorités sanitaires classent l’obésité parmi les facteurs de risque de complications. Les personnes concernées ont davantage de risques d’hospitalisation en cas d’infection grippale, ce qui justifie leur inclusion dans les recommandations de vaccination annuelle.
Sur le plan biologique, plusieurs travaux ont montré que l’obésité s’accompagne de perturbations du système immunitaire, qui peuvent altérer la capacité de l’organisme à répondre efficacement à une vaccination et à maintenir cette protection dans le temps.
Malgré cela, les stratégies vaccinales restent aujourd’hui largement les mêmes pour tous.
Faut-il adapter les vaccins aux profils des patients, notamment chez les plus à risque ?
Plutôt que d’utiliser une approche “universelle”, les chercheurs explorent aujourd’hui des solutions adaptées aux caractéristiques biologiques des patients. Dans le cas de la grippe, cela pourrait donc passer par :
- des vaccins avec plus de protéines du virus, pour mieux stimuler le corps,
- des rappels plus fréquents, pour éviter que la protection baisse trop vite,
- ou encore de nouvelles technologies, comme les vaccins recombinants ou ceux à ARN messager.
Mais pour l’heure, les données restent insuffisantes pour modifier les recommandations vaccinales.
À SAVOIR
Les vaccins contre la grippe sont injectés dans le muscle de l’épaule. Chez certaines personnes en situation d’obésité, une aiguille trop courte peut ne pas atteindre correctement ce muscle et rester dans le tissu graisseux. La réponse immunitaire est donc beaucoup moins efficace.







