Une femme en situation d’obésité bénéficiant du nouveau parcours de soins coordonné renforcé et remboursé.
48,8% des adultes en France sont en situation de surpoids ou d'obésité, dont 30,7% sont en surpoids, selon la Ligue contre l'obésité. © Freepik

Suivi médical, soutien psychologique, conseils nutritionnels, activité physique adaptée… À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’obésité, le 4 mars 2026, la France a officiellement lancé un parcours de soins renforcé désormais remboursé pour certains adultes atteints d’obésité complexe. Une avancée attendue pour une maladie chronique longtemps réduite à une simple question de volonté. Mais ce nouvel accompagnement suffira-t-il à répondre à l’ampleur de l’épidémie ?

L’obésité a longtemps traîné une réputation aujourd’hui jugée injuste. Dans l’imaginaire collectif, elle relèverait surtout d’un manque de volonté ou d’une mauvaise hygiène de vie. Or la science raconte une tout autre histoire.

Aujourd’hui, les autorités sanitaires considèrent clairement l’obésité comme une maladie chronique complexe, influencée par des facteurs multiples : biologiques, génétiques, psychologiques, environnementaux et sociaux. L’OMS la définit comme une accumulation excessive de masse grasse pouvant nuire à la santé. Pour la mesurer, les médecins utilisent l’indice de masse corporelle (IMC). Un IMC supérieur ou égal à 30 correspond à l’obésité.

En France, la situation est loin d’être marginale. Selon les derniers chiffres du Centre Spécialisé de l’Obésité (CSO), 18,1 % des adultes sont en situation d’obésité, soit près de 8 millions de personnes. Et cette proportion a presque doublé depuis la fin des années 1990.

Au-delà des chiffres, les conséquences sanitaires sont lourdes. L’obésité augmente le risque de nombreuses maladies : diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, hypertension artérielle, apnée du sommeil et certains cancers.

Selon l’Inserm, l’obésité constitue aujourd’hui un facteur majeur de morbidité et de mortalité dans les pays industrialisés. Et pourtant, paradoxalement, sa prise en charge reste souvent fragmentée.

Dans la pratique, beaucoup de patients atteints d’obésité naviguent entre plusieurs consultations avec médecin généraliste, diététicien, psychologue, parfois chirurgien bariatrique. Mais ces parcours sont rarement coordonnés.

Surtout, certaines étapes essentielles, notamment le suivi psychologique ou diététique, ne sont que peu ou pas remboursées, ce qui peut freiner l’accès aux soins. Or l’obésité nécessite généralement un accompagnement sur le long terme. 

Les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) insistent depuis plusieurs années sur l’importance d’une approche globale incluant l’alimentation, l’activité physique, l’ soutien psychologique et l’ suivi médical.

Car perdre du poids ne suffit pas. Le véritable défi est souvent de stabiliser les résultats dans la durée, ce qui suppose un accompagnement régulier.

Obésité : une approche pluridisciplinaire

Depuis le 4 mars 2026, un parcours de soins coordonné pour l’obésité complexe chez l’adulte est désormais pris en charge par l’Assurance maladie. La mesure repose sur un arrêté du 26 février 2026, publié au Journal officiel, qui officialise la création d’un « parcours coordonné renforcé » destiné aux patients les plus sévèrement touchés.

Cette mesure s’inscrit dans la feuille de route nationale Obésité 2026-2030, portée par le ministère de la Santé, qui vise à améliorer la prévention et l’organisation des soins autour de cette maladie chronique. Concrètement, il s’agit d’un programme structuré et multidisciplinaire, proposé aux patients présentant une obésité sévère ou compliquée.

Le principe est de réunir plusieurs professionnels de santé autour d’un même objectif thérapeutique. Le parcours comprend généralement :

  • un suivi médical spécialisé
  • un accompagnement nutritionnel
  • un soutien psychologique
  • un programme d’activité physique adaptée
  • de l’éducation thérapeutique pour aider les patients à mieux comprendre leur maladie

L’équipe est coordonnée par un médecin spécialiste de l’obésité, souvent dans un centre spécialisé. Cette approche pluridisciplinaire est largement soutenue par la recherche scientifique.

Le dispositif ne concerne pas tous les patients en surpoids. Il s’adresse principalement aux adultes présentant une obésité dite complexe, par exemple :

  • un IMC élevé, généralement supérieur ou égal à 35
  • des complications médicales associées (diabète, hypertension, apnée du sommeil…)
  • ou des difficultés psychologiques ou alimentaires importantes

L’entrée dans ce parcours nécessite une évaluation médicale approfondie et une orientation par un médecin spécialiste. L’objectif est d’accompagner les situations les plus difficiles, souvent marquées par des échecs répétés de régimes ou des problématiques psychologiques associées.

Car, contrairement à certaines idées reçues, l’obésité n’est pas uniquement liée à l’alimentation.

Obésité : comment s’installe la maladie ?

« Si l’on devient obèse, c’est simplement parce que l’on mange trop et que l’on ne bouge pas assez. » C’est une idée très répandue, mais qui ne trouve aujourd’hui plus sa place dans les connaissances scientifiques. En réalité, la situation est bien plus complexe.

L’obésité est aujourd’hui reconnue comme une maladie multifactorielle, c’est-à-dire qu’elle résulte de l’interaction de plusieurs facteurs. L’alimentation et l’activité physique jouent un rôle évident, mais elles ne suffisent pas à expliquer à elles seules l’apparition de la maladie.

Selon l’Inserm, différents éléments peuvent contribuer au développement de l’obésité :

  • la génétique, qui influence notamment la régulation de l’appétit et le stockage des graisses 
  • les hormones de la faim et de la satiété, comme la leptine ou la ghréline ;
  • les facteurs psychologiques, tels que le stress ou certains troubles du comportement alimentaire ;
  • l’environnement, marqué par la disponibilité d’aliments très caloriques et la sédentarité ;
  • les déterminants sociaux, qui influencent les conditions de vie, l’accès à l’activité physique ou à une alimentation équilibrée.

Comme le souligne l’OMS, ces multiples facteurs expliquent en grande partie la progression de l’obésité dans de nombreux pays. Autrement dit, si les habitudes de vie comptent, réduire l’obésité à un simple manque de volonté ne reflète pas la réalité médicale. 

Un changement de regard sur l’obésité

Au-delà de la prise en charge médicale, ce nouveau parcours pourrait aussi contribuer à faire évoluer le regard porté sur l’obésité. Car la stigmatisation reste très présente. Beaucoup de personnes concernées racontent encore des expériences de jugement, de culpabilisation ou de discrimination, y compris dans leur parcours de soins.

Or ces attitudes ne sont pas sans conséquences. Elles peuvent accentuer la souffrance psychologique, renforcer l’isolement et, dans certains cas, décourager les patients de consulter, retardant ainsi la prise en charge.

Reconnaître officiellement l’obésité comme une maladie chronique implique donc aussi de changer les représentations. L’objectif du traitement ne se limite pas à la perte de poids. Il s’agit avant tout d’améliorer la santé globale, la qualité de vie et le bien-être des patients sur le long terme.

Le nouveau parcours de soins ne remplace pas les autres traitements existants. Dans certains cas, d’autres stratégies peuvent être envisagées. Par exemple :

  • les médicaments anti-obésité, prescrits sous conditions strictes
  • la chirurgie bariatrique, comme le bypass ou la sleeve gastrectomie

La chirurgie bariatrique est généralement proposée aux patients présentant :

  • un IMC ≥ 40
  • ou un IMC ≥ 35 avec des complications

Elle nécessite un suivi médical étroit avant et après l’intervention. Mais ces solutions ne sont pas adaptées à tous les patients, et elles ne remplacent pas l’accompagnement global du mode de vie.

L’obésité constitue aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique. Selon l’OMS, sa prévalence mondiale a plus que triplé depuis 1975. En Europe, les tendances sont également à la hausse, en particulier chez les populations les plus défavorisées.

En France, les données de Santé publique France montrent également des inégalités sociales importantes et l’obésité est plus fréquente dans les milieux socio-économiques modestes.

Ces disparités rappellent que l’obésité ne relève pas uniquement de choix individuels, mais aussi de déterminants sociaux et environnementaux.

À SAVOIR 

Selon le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’OMS, l’excès de masse grasse est associé à un risque accru d’au moins 13 cancers différents, parmi lesquels le cancer du sein après la ménopause, le cancer colorectal, le cancer du foie ou encore celui de l’endomètre. Cette relation s’explique notamment par les perturbations hormonales, l’inflammation chronique et certaines modifications métaboliques liées à l’excès de tissu adipeux. 

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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