
La tendance au tout écran et aux vannes grandes ouvertes à l’hyperconnexion serait-elle en train de s’inverser en France ? Ce jeudi 11 septembre, un rapport parlementaire pointe les effets terrifiants de la plateforme TikTok sur la santé mentale des jeunes, recommandant une interdiction pure et simple des réseaux sociaux avant 15 ans. Côté smartphones, la ‘’pause numérique’’ testée l’an dernier dans 200 établissements du pays a été étendue à l’intégralité des collèges, depuis cette rentrée scolaire. Enfin, une autre décision, celle d’interdire l’exposition d’un enfant de moins de 3 ans à un écran dans un lieu public, est entrée en vigueur en juillet. Le point de départ d’une révolution vertueuse pour nos enfants, après des années de ravages silencieux ?
Les signaux sont faibles, mais plusieurs indicateurs tendent à révéler, enfin, une prise de conscience de l’impact terrible des smartphones sur nos enfants et, surtout, une volonté de faire bouger les lignes.
La France a mis le temps, mais comme plusieurs autres pays d’Europe (lire À SAVOIR), elle a fini par entériner officiellement le bannissement des écrans dans tous les collèges depuis cette rentrée 2025, comme l’avait annoncé la ministre de l’Éducation, Élisabeth Borne, le 9 avril. Cette ‘’pause numérique’’, testée dans 200 collèges pilotes, vient concrétiser une directive ancienne : l’interdiction du téléphone au collège et dans les écoles remonte à… 2018. Mais elle n’était que très peu suivie, et les ravages se sont accentués.
Le dispositif commande à tous les élèves de déposer leurs smartphones dans des casiers, des boîtes collectives ou des sacs dédiés, pour ne les retirer qu’à la fin des cours. « L’idée est de garantir qu’aucun collégien ne puisse utiliser son téléphone au sein de l’établissement », a rappelé la ministre lors de sa conférence de presse de rentrée, le 27 août.
Au Pays-Bas, où cette mesure est en vogue depuis le 1er janvier 2024, une étude publiée début juillet a confirmé une amélioration notable de la concentration des élèves, mais aussi du climat social dans la majorité des établissements concernés. Le harcèlement scolaire y serait également en baisse.
La mesure sera-t-elle appliquée par les collèges ?
L’idée ne souffre d’aucune contestation, donc, mais son efficacité dépendra de la manière dont la règle sera appliquée. Tant du côté des élèves que des établissements, dont la phase de test a révélé qu’ils sont souvent livrés à eux-mêmes pour financer et organiser une moisson quotidienne de téléphones… pas toujours bien respectée.
Et ce qui fut l’un des défauts de la grande expérimentation de l’an dernier s’est confirmé cette année. À la rentrée, certains des 6950 collèges du pays n’ont pu mettre en place le dispositif, faute de moyens humains et financiers.
À titre d’exemple, parmi d’autres, le conseil départemental de la Sarthe a refusé de financer l’achat prévu d’une pochette par élève, le montant global de 563 000€ (20€ par élève, pour 28 130 collégiens) ayant été jugé trop élevé par la collectivité, qui pointe d’autres priorités d’investissement.
TikTok dans le viseur
Le succès de cette directive en dira plus long sur les ambitions réelles du gouvernement en matière de lutte contre l’hyperconnexion des enfants, à l’heure où Emmanuel Macron s’est prononcé en faveur d’une interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans.
Rendu public le 11 septembre, le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs abonde en ce sens. Les députés en charge de cette enquête, Laure Miller (EPR)- et Arthur Delaporte (PS), dénoncent « les effets dévastateurs » d’un « océan de trash » jugé totalement « hors de contrôle ». Parmi leurs 43 recommandations, l’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans et, pour les 15-18 ans, l’instauration d’un couvre-feu numérique entre 22h et 8h.
« Pas à pas, on se rapproche de la victoire finale avec malheureusement plusieurs “générations sacrifiées”, selon l’expression utilisée par les médecins », témoignait la Lyonnaise Marie-Alix Le Roy, fondatrice d’un collectif de parents anti-smartphones avant 15 ans, à l’annonce de l’interdiction des écrans pour les moins de 3 ans dans tous les lieux d’accueil, le 3 juillet dernier.
Hyperconnexion : « une génération sacrifiée sur l’autel de la méconnaissance”
Les opposants à l’hyperconnexion ont beau saluer les décisions positives, ils savent que la révolution n’est qu’embryonnaire. Jugées tardives et minimalistes, les mesures ne font que limiter les dégâts, comme le révélait en avril la Société Française de Pédiatrie et cinq autres sociétés savantes en réclamant l’interdiction des écrans non pas avant 3 ans, mais avant 6 ans : « Cet appel à une prise de conscience collective s’adresse aux jeunes parents, aux enseignants, éducateurs et pédagogues, aux soignants, aux décideurs politiques et à toutes celles et ceux qui s’intéressent à la santé des enfants. La vérité est difficile à entendre.
Les conséquences d’une exposition précoce et prolongée aux écrans sont avérées et ont déjà lourdement impacté une jeune génération sacrifiée sur l’autel de la méconnaissance… Mais en 2025, le doute n’est plus permis et les très nombreuses publications scientifiques internationales sont là pour nous le rappeler ».
Les partisans d’une gestion plus rationnelle des outils numériques placés entre les mains des enfants réclament de l’action, pas de la réaction. La France, pour de pures questions budgétaires ou démagogiques, serait-elle condamnée à rester à la traîne ? En Italie, c’est dans l’intégralité des établissements scolaires, y compris les lycées, que les smartphones et écrans, y compris à fin pédagogiques, sont désormais interdits, « face au niveau alarmant des élèves »…
À SAVOIR
Le dispositif de « pause numérique » instauré dans les collèges français depuis la rentrée scolaire s’inscrit dans un vaste mouvement européen, plutôt disparate. L’interdiction est effective depuis l’an dernier aux Pays-Bas, ainsi qu’en Grèce et dans certaines régions espagnoles. Depuis cette dernière rentrée, c’est aussi le cas en Autriche, ainsi qu’au Portugal (uniquement pour les écoles et les deux premières années du collège) et au Luxembourg (avec une application partielle selon les établissements). La Finlande, elle, a annoncé une simple restriction, avec un libre arbitre laissé aux enseignants. En Belgique, l’interdiction ne porte que sur les usages récréatifs du smartphone. Alors que la Suède a aussi annoncé de futures restrictions, l’Italie reste donc le pays le plus avancé sur la question, puisque le téléphone y est interdit de l’école au lycée, jusque dans la cour de récréation.







