
Longtemps considéré comme un pilier de l’équilibre familial et social, le dîner est en train de perdre sa fonction première. Moment de pause, d’échange et de transmission, il est aujourd’hui gangréné par les écrans, au détriment des interactions humaines. Séries, réseaux sociaux, vidéos en continu : cette hyperconnexion à table, mise en lumière par un récent sondage édifiant, serait particulièrement marquée chez les jeunes, une tendance qui interroge dans un contexte où le stress, la fatigue mentale et les troubles alimentaires progressent.
Le constat est sans appel : le dîner, rongé par une hyperconnexion dévastatrice, n’est plus un temps pleinement vécu. On mange tout en regardant une série, en faisant défiler des vidéos ou en répondant à des messages. Résultat : l’attention est fragmentée. On ne savoure plus vraiment les aliments, on échange moins, on écoute à moitié.
Un récent sondage OpinionWay publié le 7 janvier (lire À SAVOIR) révèle que près d’un Français sur deux (48%) estime que “la télévision a grignoté le rituel du dîner”. Et que “concrètement, 29% dînent devant la télé, 25% devant des séries (Netflix, Prime…) et 25% consultent les réseaux sociaux pendant le repas”.
Cette évolution est d’autant plus paradoxale que 61 % des Français déclarent souhaiter davantage de vraies discussions à table, sans y parvenir. Autrement dit, beaucoup ressentent un manque. Le dîner, surtout dans notre pays très attaché à sa culture gastronomique, reste symboliquement un moment important, mais la pratique ne suit plus toujours l’intention.
Dîner devant un écran : des effets sur la santé physique
Sur le plan nutritionnel, manger devant un écran favorise une alimentation plus rapide et moins consciente. Les signaux de faim et de satiété sont perturbés, ce qui peut encourager le grignotage, la surconsommation et, à terme, contribuer au surpoids ou aux troubles digestifs et du comportement alimentaire.
“Les habitudes alimentaires se construisent très tôt et influencent durablement notre relation à la nourriture”, confirme la diététicienne Clmaire Trommenschlager. “Manger loin des écrans permet de se reconnecter à ses sensations, de mieux savourer les repas et de respecter la satiété. Redonner du sens au dîner, c’est aussi encourager la curiosité alimentaire et le plaisir de manger ensemble, des bases essentielles pour installer des habitudes plus saines dès le plus jeune âge”.
Un enjeu majeur de santé mentale
Au-delà de l’assiette, c’est aussi la santé mentale qui est concernée. Le repas partagé constitue un espace privilégié pour décharger les tensions de la journée, verbaliser ses émotions et renforcer le sentiment d’appartenance. En l’absence d’échanges, ce sas de décompression disparaît.
Chez les enfants et les adolescents, les enjeux sont encore plus sensibles. Le dîner familial joue un rôle clé dans la construction émotionnelle, l’apprentissage de la communication et le sentiment de sécurité affective. Son appauvrissement peut renforcer l’isolement, déjà accentué par les usages numériques intensifs.
Les générations plus âgées expriment souvent un sentiment de décalage, voire de perte, face à ces repas où l’on mange ensemble sans réellement se parler. Cette fracture illustre une évolution sociétale plus large, où le numérique, s’il facilite la connexion à distance, appauvrit parfois la relation de proximité.
Les jeunes générations, premières concernées… et les plus lucides
Les chiffres sont particulièrement marquants chez les jeunes. 72 % des moins de 35 ans dînent devant une série ou Instagram, et ce taux grimpe à 77 % chez les 18-24 ans, soit plus de trois fois plus que leurs aînés (22 %). Six jeunes adultes sur dix mangent devant Netflix, illustrant un usage devenu quasi quotidien.
Pourtant, cette génération est aussi celle qui exprime la plus forte envie de changement. 87 % des moins de 35 ans envisagent de transformer leurs dîners en 2026. Un paradoxe révélateur : les jeunes sont à la fois les plus exposés aux écrans à table et les plus conscients de leurs effets délétères. Beaucoup aspirent à redonner du sens au repas, à mieux manger, mais aussi à retrouver de la présence et du lien.
Redonner au dîner sa place dans la prévention santé
Réhabiliter le dîner sans écran n’est pas une injonction morale, mais un enjeu de santé publique. Prendre le temps de manger ensemble, sans distractions numériques, favorise une alimentation plus équilibrée, réduit le stress et renforce les liens sociaux, reconnus comme des facteurs protecteurs majeurs de la santé mentale.
Dans un monde saturé d’écrans, le dîner pourrait redevenir un acte simple mais puissant : celui de se reconnecter aux autres. Comme le démontre cette étude, les Français, et surtout les plus jeunes, en ont envie. Reste à transformer cette aspiration en habitude durable. Éteindre un écran, poser un téléphone… et rallumer la conversation.
À SAVOIR
L’étude, baptisée premier Observatoire des Nouveaux Ri-tuels du Diner, a été réalisée par OpinionWay pour HelloFresh (spécialiste de la box à cuisiner), en décembre 2025, sur un échantillon de 1030 personnes de 16 ans et plus.







