Une femme qui vient de se rendre compte qu'elle est hyposensible.
Pensez-vous être hyposensible ? © Freepik

Moins sensible au bruit, à la douleur, au froid, aux émotions des autres… Et si ce n’était pas juste une question de caractère, mais une hyposensibilité ? Longtemps restée dans l’angle mort, cette particularité sensorielle interroge de plus en plus. Comment la reconnaître ? Est-elle mesurable ? Et surtout, faut-il s’en inquiéter ? Décryptage.

Il y a ceux qui sursautent au moindre claquement de porte. Et puis il y a les autres. Ceux qui ne sentent pas la brûlure d’un plat trop chaud, qui oublient d’enfiler un manteau en plein hiver, ou à qui l’on reproche parfois d’être « froids », « détachés », voire « à côté de la plaque ».

On parle alors d’hyposensibilité. Contrairement aux hypersensibles, les hyposensibles ont une réactivité sensorielle diminuée face à des stimulations pourtant bien présentes. Le cerveau reçoit l’information, mais la traite de façon atténuée.

L’hyposensibilité concerne le traitement sensoriel, c’est-à-dire la manière dont le système nerveux central analyse les informations venant des sens : toucher, audition, vision, odorat, goût, mais aussi la perception du corps dans l’espace (proprioception) et des sensations internes (interoception).

Selon l’INSERM, ces mécanismes reposent sur des réseaux neuronaux complexes, dont le fonctionnement varie fortement d’un individu à l’autre. Chez certaines personnes, le seuil de perception est plus élevé. Il faut une stimulation plus intense pour déclencher une réaction. L’hyposensibilité n’est pas une maladie en soi. Elle peut être :

  • isolée,
  • transitoire,
  • ou associée à certains troubles neurodéveloppementaux ou neurologiques.

Comment savoir si l’on est hyposensible ?

C’est souvent le quotidien qui parle en premier. Certaines situations reviennent avec insistance : 

  • ne pas ressentir la douleur là où d’autres grimacent, 
  • chercher des sensations fortes pour « sentir quelque chose », 
  • avoir du mal à identifier la faim, la soif ou la fatigue, 
  • ou encore paraître indifférent à des ambiances émotionnelles pourtant évidentes pour l’entourage.

Une revue publiée dans Frontiers in Psychology en 2019 montre que les personnes hyposensibles présentent une sous-réactivité mesurable à des stimuli sensoriels standards, notamment tactiles et auditifs (Ben-Sasson et al.). Attention toutefois, se reconnaître dans ces descriptions ne suffit pas à poser un constat fiable.

Peut-on poser un « diagnostic » d’hyposensibilité ?

Il n’existe pas de diagnostic médical autonome d’hyposensibilité dans les classifications internationales comme le DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, et des troubles psychiatriques). En revanche, des évaluations cliniques du profil sensoriel sont largement utilisées, notamment par les ergothérapeutes et les neuropsychologues.

La Haute Autorité de Santé reconnaît l’intérêt de ces évaluations dans l’accompagnement des troubles du neurodéveloppement, en particulier chez les enfants avec trouble du spectre de l’autisme. Chez l’adulte, l’approche repose sur :

  • des questionnaires validés (comme l’Adult/Adolescent Sensory Profile),
  • des entretiens cliniques,
  • parfois des tests neuropsychologiques ciblés.

Hyposensibilité et troubles associés : faut-il s’inquiéter ?

L’hyposensibilité est fréquemment observée dans certains contextes cliniques :

Mais, et c’est essentiel, elle peut aussi exister seule, sans aucun trouble associé. Une étude française menée par le Centre de recherche en neurosciences de Lyon (CNRL) montre que près de 15 % des adultes présentent un profil sensoriel majoritairement hyposensible, sans impact fonctionnel majeur. Tout dépend de l’intensité et des conséquences dans la vie quotidienne.

Hyposensibilité : quels risques à ne pas ressentir suffisamment ?

Lorsque la douleur, la fatigue ou l’inconfort sont perçus de manière atténuée, le corps peut continuer à fonctionner sans envoyer de signaux d’alerte clairs : des blessures prises trop tard, un épuisement qui s’installe en silence, ou des limites physiques dépassées sans en avoir pleinement conscience.

Sur le plan relationnel, l’hyposensibilité peut aussi prêter à confusion. Une réactivité émotionnelle plus discrète est parfois interprétée comme de la distance ou un manque d’empathie, alors que les émotions sont bien présentes, simplement exprimées autrement. Ces décalages peuvent générer des incompréhensions, voire un sentiment d’isolement, surtout lorsque le fonctionnement sensoriel n’est pas identifié.

Mais l’hyposensibilité n’a pas que des revers. Certaines personnes développent une réelle stabilité émotionnelle, une bonne résistance au stress et une capacité à garder la tête froide dans des situations intenses. Comme souvent en santé, tout est une question d’équilibre et de connaissance de soi.

Inutile de se coller une étiquette trop vite. Se reconnaître dans certains traits de l’hyposensibilité ne signifie pas forcément que l’on est hyposensible. Les sensibilités varient selon les périodes de vie, la fatigue ou le stress.

Si cette impression devient persistante ou gênante au quotidien, l’aide d’un professionnel formé au traitement sensoriel peut permettre d’y voir plus clair. Ergothérapeutes ou neuropsychologues proposent aujourd’hui des évaluations sérieuses.

Des pistes concrètes existent, par exemple :

  • affiner certaines perceptions grâce à une rééducation sensorielle,
  • ajuster son environnement pour mieux capter les signaux utiles,
  • apprendre à repérer les signaux corporels souvent peu perçus.

Et parfois, comprendre son fonctionnement suffit déjà à lever bien des doutes.

À SAVOIR

L’hyposensibilité n’est pas forcément permanente. Selon l’INSERM, le cerveau conserve tout au long de la vie une capacité d’adaptation, appelée plasticité cérébrale. Se sentir hyposensible à un moment donné ne signifie donc pas que ce fonctionnement est définitif.

Inscrivez-vous à notre newsletter
Ma Santé

Article précédentSentiment d’être seul dans la relation : 5 signes qui montrent que votre couple bat de l’aile
Article suivantVarices : comment reconnaître les premiers symptômes et les traiter ?
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici