
De plus en plus d’enfants portent des lunettes, parfois dès l’école primaire. En France, près d’un enfant sur quatre serait aujourd’hui myope. Dans le monde, la proportion de jeunes concernés est passée de 24 % dans les années 1990 à 36 % entre 2020 et 2023. Et les écrans sont volontiers pointés du doigt. À raison ? Pas tout à fait. On v ous explique !
De plus en plus d’enfants portent des lunettes, parfois dès l’école primaire. Et pour cause, la myopie progresse chez les jeunes générations.
En France, une étude publiée en 2022 dans le British Journal of Ophthalmology, menée auprès de 136 333 enfants et adolescents de 4 à 17 ans, estime qu’environ 23,7 % d’entre eux sont myopes. La fréquence augmente nettement avec l’âge, dépassant 50 % chez les 16-17 ans.
Le phénomène est mondial. Une méta-analyse internationale publiée en 2024 dans le British Journal of Ophthalmology montre que la proportion d’enfants et d’adolescents myopes est passée de 24 % dans les années 1990 à 36 % entre 2020 et 2023. La myopie, qui se traduit par une vision floue de loin, apparaît lorsque l’œil s’allonge trop pendant la croissance.
Et si cette progression perdure, près d’une personne sur deux pourrait être myope en 2050.
La rapidité de cette progression oriente vers des facteurs environnementaux et des changements de mode de vie. Les chercheurs s’intéressent notamment à la multiplication des activités en vision rapprochée (lecture prolongée, devoirs, smartphone, tablette, jeux vidéo) ainsi qu’à la diminution du temps passé à l’extérieur.
Les écrans sont donc souvent désignés comme coupables idéaux. Mais en réalité, ce n’est pas tant l’écran en lui-même que l’accumulation d’heures passées à fixer de près, parfois sans pause, dans des journées de plus en plus sédentaires.
Myopie : de quoi parle-t-on exactement ?
La myopie est un trouble visuel très courant, qui empêche de voir nettement de loin, alors que la vision de près reste généralement bonne.
Le plus souvent, l’œil s’allonge un peu trop pendant la croissance. L’image ne se forme alors plus directement sur la rétine mais légèrement en avant. La vision de loin perd alors en netteté.
La myopie apparaît fréquemment pendant l’enfance ou l’adolescence, périodes durant lesquelles l’œil continue de grandir. Elle peut ensuite évoluer jusqu’à la fin de la croissance.
Myopie : les écrans sont-ils responsables ?
Écrans : moins coupables qu’on ne le croit
Accuser les écrans de tous les maux serait un peu facile. Les écrans ne “brûlent” pas les yeux et ne provoquent pas mécaniquement une myopie à eux seuls.
Ce que les spécialistes observent surtout, c’est l’effet du temps prolongé en vision de près. Lire, écrire, dessiner, faire ses devoirs, jouer sur une console portable ou scroller sur un smartphone mobilisent tous le même mécanisme. Les yeux travaillent à courte distance, souvent longtemps, parfois sans pause.
Or plusieurs travaux scientifiques suggèrent qu’une exposition importante aux activités de près est associée à un risque accru de myopie.
Une méta-analyse publiée en 2025 dans JAMA Network Open, regroupant 45 études et plus de 335 000 participants, a montré une association entre le temps d’écran quotidien et le risque de myopie chez les enfants et adolescents. Les auteurs observent un risque augmentant avec la durée d’exposition, particulièrement au-delà d’environ une heure par jour d’usage récréatif sur appareils numériques.
La vision de près en continu
Un smartphone est souvent tenu à 20 ou 30 centimètres du visage, bien plus près qu’un téléviseur ou parfois même qu’un livre. Les muscles de l’accommodation, ceux qui permettent à l’œil de faire la mise au point de près, sont sollicités longtemps.
Chez l’enfant, dont le système visuel est encore en développement, cette contrainte répétée pourrait favoriser l’allongement progressif du globe oculaire, principal mécanisme anatomique de la myopie évolutive.
Les spécialistes parlent aussi de “spasme accommodatif”. Après un usage prolongé de près, l’œil peine temporairement à relâcher sa mise au point. Cela ne crée pas forcément une vraie myopie, mais peut accentuer une fatigue visuelle et révéler un trouble existant.
Depuis la pandémie, un tournant observé chez les enfants
La période Covid a pu accentuer un phénomène déjà en cours. Du jour au lendemain, des millions d’enfants ont vu leur quotidien basculer : école à distance, loisirs sur écrans, sorties limitées, journées entières passées à l’intérieur. Un changement brutal de rythme… et d’environnement visuel.
Depuis, plusieurs équipes de recherche se sont penchées sur cette parenthèse inédite. Une étude publiée en 2021 dans JAMA Ophthalmology a observé, en Chine, une hausse de la prévalence de la myopie en 2020 chez les jeunes écoliers, avec un signal particulièrement marqué chez les 6 à 8 ans, comparativement aux années précédentes.
Tous les pays ne se ressemblent pas, et les contextes sanitaires ont varié. Mais cet épisode a montré que lorsque les journées se déroulent majoritairement en intérieur, entre écrans, devoirs et activités en vision rapprochée, les yeux des enfants semblent en payer le prix.
Comment repérer une myopie chez un enfant ?
Les signes ne sont pas toujours spectaculaires. Un enfant peut très bien penser que tout le monde voit flou au tableau.
Quelques indices doivent alerter :
- il plisse les yeux pour voir au loin ;
- il se rapproche de l’écran ou du cahier ;
- il se plaint de maux de tête ;
- il perd en concentration à l’école ;
- il évite certaines activités de balle ou de lecture à distance ;
- ses résultats scolaires baissent sans cause évidente.
En cas de doute, un contrôle visuel s’impose. En France, les examens réguliers chez l’ophtalmologue ou l’orthoptiste sur prescription permettent souvent de dépister tôt.
La lumière naturelle au secours de nos yeux
De nombreuses études internationales montrent qu’un temps régulier passé à l’extérieur réduit le risque de développer une myopie chez l’enfant
Une revue de littérature publiée dans The Lancet en 2021 rappelle que la lumière naturelle semble exercer un effet protecteur :
- une lumière du jour bien plus intense qu’en intérieur, bénéfique pour le développement visuel ;
- une stimulation de la rétine, notamment via la dopamine, impliquée dans la croissance de l’œil ;
- un regard porté plus loin, avec des distances visuelles plus variées qu’entre quatre murs ;
- moins de temps passé en vision rapprochée, nez collé au cahier ou à l’écran.
Le trajet à pied jusqu’à l’école, une balade au parc, un mercredi à vélo ou une partie de ballon peuvent donc rendre service aux yeux. Certaines recommandations internationales conseillent ainsi, lorsque cela est possible, au moins deux heures par jour en extérieur.
Peut-on limiter les effets des écrans ?
Inutile de jeter la tablette par la fenêtre. Les écrans font partie de la vie quotidienne, de l’école et des loisirs. L’enjeu est l’usage et pour cela il faut :
- faire des pauses régulières : toutes les 20 minutes, regarder au loin pendant quelques secondes pour relâcher l’effort visuel ;
- éviter les longues sessions sans interruption, surtout sur smartphone ou tablette ;
- tenir l’écran à distance raisonnable, plutôt qu’à quelques centimètres du visage ;
- privilégier un écran plus grand (ordinateur, télévision) plutôt qu’un petit écran tenu très près, lorsque c’est possible ;
- encourager les sorties quotidiennes, la lumière naturelle étant associée à un moindre risque de myopie ;
- couper les écrans avant le coucher, car leur usage tardif peut perturber l’endormissement, selon Santé publique France.
Dans son expertise consacrée aux effets des écrans chez les jeunes, l’Anses recommande d’éviter les usages excessifs, de varier les activités au cours de la journée et de veiller à l’ergonomie des postes de travail numériques.
À SAVOIR
Contrairement à une idée reçue, lire dans la pénombre ne rend pas myope. Cela peut fatiguer les yeux, provoquer une gêne passagère ou des maux de tête, mais aucune étude n’a montré que le manque de lumière, à lui seul, déclenchait une myopie.







