Un rongeur, propagateur de la peste.
Depuis la nuit des temps, ce sont principalement les rongeurs qui propagent le virus de la peste. © Wirestock / Freepik

La peste tue encore. Vendredi dernier, un homme est mort aux États-Unis après avoir contracté une forme sévère de cette maladie connue pour avoir décimé l’Europe au Moyen Âge et que l’on croit, à tort, disparue. Chaque année, la peste continue pourtant de faire des victimes dans plusieurs régions du monde, même si elle reste rare. Alors, faut-il s’inquiéter ? Peut-on encore mourir de la peste aujourd’hui, à l’ère des antibiotiques et de la médecine moderne ? Explications.

L’information a été confirmée vendredi 12 juillet par les autorités sanitaires du comté de Coconino, en Arizona. Un homme, dont l’identité n’a pas été révélée, est décédé des suites d’une peste pulmonaire, la forme la plus grave et la plus contagieuse de la maladie.

Il s’agit du premier décès de ce type dans la région depuis 2007. L’homme aurait développé les symptômes très rapidement et serait mort à l’hôpital de Flagstaff, malgré une prise en charge en urgence.

Les enquêteurs de la santé publique locale ont exclu un lien direct avec une épidémie chez les rongeurs de la région, même si plusieurs colonies de chiens de prairie ont récemment été retrouvées mortes dans les environs. Car c’est bien là que tout commence : la peste est une zoonose, une maladie qui se transmet de l’animal à l’homme, le plus souvent par les puces infectées qui vivent sur des rongeurs.

Quand on pense à la peste, l’image qui vient immédiatement à l’esprit est celle des grandes pandémies du Moyen Âge. En 1347, la “peste noire” s’abat sur l’Europe, emportant en quelques années près d’un tiers de la population du continent (lire À SAVOIR). Elle refait surface à plusieurs reprises au fil des siècles, marquant l’histoire de son empreinte mortelle.

Mais ce que l’on sait moins, c’est que la bactérie responsable, Yersinia pestis, est toujours active aujourd’hui. Identifiée à la fin du XIXe siècle, elle n’a pas disparu. Contrairement à ce que beaucoup pensent, la peste n’est pas éradiquée. Elle survit dans des réservoirs animaux, dans des zones rurales ou semi-désertiques, où les conditions sanitaires sont parfois précaires.

Aujourd’hui, on distingue principalement deux formes cliniques de la peste. La plus connue est la peste bubonique, caractérisée par l’apparition de bubons — ces ganglions lymphatiques gonflés et douloureux — souvent accompagnés de fièvre, de fatigue et de maux de tête. Elle est la plus fréquente, et aussi la moins contagieuse.

En revanche, la peste pulmonaire se manifeste par une infection respiratoire aiguë. Elle peut être transmise directement d’homme à homme par les gouttelettes, ce qui la rend plus dangereuse. Elle évolue très vite, parfois en 24 heures, et peut s’avérer mortelle si elle n’est pas traitée immédiatement.

La réponse est malheureusement oui. Et c’est bien ce que vient de confirmer ce décès survenu aux États-Unis. En l’absence de traitement, la peste pulmonaire est mortelle dans 100 % des cas. Même la forme bubonique peut être fatale si elle n’est pas rapidement diagnostiquée.

Mais la bonne nouvelle, c’est que la peste se soigne efficacement avec des antibiotiques, à condition d’être détectée à temps. Le problème, c’est justement que cette maladie, désormais rare, n’est souvent pas reconnue tout de suite. Les médecins peuvent la confondre avec d’autres infections plus banales. Et le temps perdu est précieux. Le délai d’administration des antibiotiques — idéalement dans les 24 heures suivant l’apparition des premiers symptômes — est déterminant pour la survie du patient.

Chaque année, environ 200 à 300 cas de peste sont signalés dans le monde, selon les dernières estimations. On en recense notamment à Madagascar, en République démocratique du Congo, en Chine, en Mongolie, ou encore dans certaines régions de l’Ouest américain, comme l’Arizona ou le Nouveau-Mexique.

En France métropolitaine, le risque de contracter la peste est aujourd’hui considéré comme nul. Aucun cas autochtone n’a été recensé sur le territoire depuis plusieurs décennies.

Notre environnement, nos infrastructures sanitaires et la surveillance épidémiologique jouent ici un rôle déterminant. L’Institut Pasteur, en lien avec Santé publique France et les réseaux de veille internationale, suit de près l’apparition de maladies infectieuses dans le monde, y compris la peste.

En cas de suspicion d’un cas importé, les protocoles sont bien rodés : isolement du patient, diagnostic rapide et mise sous antibiotiques immédiate. Les professionnels de santé sont formés à identifier les symptômes des pathologies rares, même si celles-ci sont peu courantes sous nos latitudes.

Cependant, la France n’est pas complètement hors d’atteinte. Les cas importés, bien que rares, restent théoriquement possibles, notamment via des voyageurs de retour de zones endémiques comme Madagascar ou certaines régions d’Afrique centrale.

La Corse, par exemple, bien qu’épargnée, entretient une surveillance éco-épidémiologique en raison de sa proximité géographique avec des zones méditerranéennes historiquement sensibles. En outre, certains territoires d’outre-mer — comme Mayotte ou La Réunion — doivent maintenir une vigilance accrue. Mais il n’y a, à ce jour, aucun foyer actif de peste sur le territoire français.

Faut-il paniquer ? Non. Le risque de peste aujourd’hui reste extrêmement faible, surtout dans les pays développés. La maladie n’est pas éradiquée, mais elle est bien connue, bien identifiée et généralement bien maîtrisée.

Cependant, la vigilance reste de mise dans certaines zones endémiques. La peste est une maladie de l’environnement : elle persiste dans des zones où les hommes côtoient des animaux sauvages porteurs de la bactérie, notamment des rongeurs. En période estivale, les activités de plein air, les randonnées ou les séjours en zones rurales peuvent exposer à un risque faible mais réel.

Les autorités de santé américaines recommandent ainsi d’éviter tout contact avec les animaux morts ou malades, de se protéger contre les piqûres de puces, et de consulter immédiatement en cas de fièvre inexpliquée, de toux ou de douleurs thoraciques.

Plus globalement, ce décès outre-atlantique rappelle que les maladies infectieuses anciennes n’ont pas disparu. Dans un monde en perpétuelle mutation, marqué par le changement climatique, la mondialisation et la déforestation, les virus et les bactéries circulent toujours. Et certaines maladies du passé, que l’on pensait oubliées, peuvent bel et bien ressurgir…

À SAVOIR

La peste a frappé l’Europe à plusieurs reprises au Moyen Âge, mais la plus célèbre reste la “peste noire” qui a débuté en 1347. Venue probablement d’Asie centrale, elle a été introduite par les routes commerciales et a ravagé le continent pendant plusieurs années. Entre 1347 et 1352, elle aurait tué entre 25 et 50 millions de personnes, soit environ un tiers de la population européenne. D’autres vagues ont suivi jusqu’au XVIIe siècle, notamment la grande peste de Marseille en 1720. Transmise par les puces de rats infectés, la peste a profondément marqué l’histoire, provoquant des bouleversements sociaux, économiques et religieux durables.

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Journaliste expert santé / Rédacteur en chef adjoint du Groupe Ma Santé. Journaliste depuis 25 ans, Philippe Frieh a évolué dans la presse quotidienne régionale avant de rejoindre la presse magazine pour mettre son savoir-faire éditorial au service de l'un de ses domaines de prédilection, la santé, forme et bien-être. Très attaché à la rigueur éditoriale, à la pertinence de l'investigation et au respect de la langue française, il façonne des écrits aux vertus résolument préventives et pédagogiques, accessibles à tous les lecteurs.

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