Ce mardi 7 avril 2026, l’ONG foodwatch publie en France une enquête qui épingle dix produits du quotidien (yaourts, plats préparés, aliments pour enfants) présentés comme sains mais en réalité ultra-transformés. À coups de promesses séduisantes, parfois un peu trop flatteuses, ces produits très consommés pourraient bien entretenir la confusion sur leur véritable qualité nutritionnelle.
Dans une enquête publiée ce 7 avril 2026, l’ONG foodwatch épingle dix produits alimentaires vendus comme bénéfiques pour la santé alors qu’en réalité… ce ne sont que des produits ultra-transformés. “Skyr sur lit aux fruits rouges Yoplait, filet de thon citron Saupiquet, P’tit Onctueux au fromage blanc nature Nestlé pour les tout-petits, ou Muesli aux 4 noix Leclerc […]” autant de produits familiers qui, à première vue, inspirent confiance.
Ces produits profitent d’une image valorisante “riche en protéines”, “léger”, ou pensé pour les plus jeunes, qui peut rassurer au moment de l’achat. Pourtant, leur composition repose souvent sur une liste d’ingrédients longue, incluant additifs, arômes et procédés industriels élaborés, loin de l’idée d’un produit simple.
Selon Santé publique France, les aliments ultra-transformés représentent plus de 30 % des calories consommées chaque jour par les adultes, et encore davantage chez les plus jeunes.
Leur place importante dans notre alimentation pose des questions de santé, mais aussi de compréhension pour les consommateurs, qui ne savent pas toujours bien ce qu’ils achètent. D’autant qu’en France, plus de 60 % des produits emballés en supermarché sont des aliments ultra-transformés, d’après l’enquête de foodwatch.
Ultra-transformés : de quoi parle-t-on exactement ?
Les aliments ultra-transformés sont définis par la classification NOVA, développée par des chercheurs de l’Université de São Paulo. Elle distingue quatre catégories, allant des aliments bruts (comme les fruits ou les légumes) aux aliments ultra-transformés.
Ces derniers correspondent à des produits fabriqués par l’industrie, souvent à partir d’ingrédients transformés, et qui contiennent :
- des substances peu utilisées en cuisine maison (additifs, arômes, émulsifiants)
- des procédés industriels complexes
- des formulations conçues pour améliorer le goût, la texture ou la durée de conservation
Autrement dit, ce ne sont pas simplement des aliments transformés (comme du pain ou du fromage), mais des produits largement recomposés.
Ultra-transformés : pourquoi ces produits séduisent-ils autant ?
Le marketing, un puissant levier de confusion
Ces produits ne se présentent jamais comme “ultra-transformés”. Au contraire. Sur les emballages, les mentions valorisantes se multiplient :
- riche en protéines,
- source de calcium,
- sans conservateurs,
- au bon goût de fruits.
À cela s’ajoutent des visuels rassurants avec des couleurs pastel, des images de fruits et des promesses de naturalité.
Pour le consommateur, difficile de s’y retrouver.
Selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), les allégations nutritionnelles peuvent influencer fortement la perception d’un produit, parfois au détriment d’une lecture attentive de sa composition. Ce phénomène est connu sous le nom d’“effet halo”, c’est-à-dire une qualité mise en avant pour masquer d’autres aspects moins favorables.
Une illusion de simplicité
Prenons un exemple typique : un yaourt aux fruits. Dans l’imaginaire collectif, il s’agit d’un produit simple : du lait, des fruits, un peu de sucre. Pourtant, la liste d’ingrédients peut inclure des arômes, des épaississants ou des colorants… Autant d’éléments qui n’ont plus grand-chose à voir avec la recette d’origine.
Même logique pour certains produits destinés aux enfants. Leur packaging met en avant des bénéfices nutritionnels ou éducatifs, alors que leur formulation reste très industrielle.
Une stratégie bien rodée qui a pour but de simplifier le message pour séduire le consommateur, tout en complexifiant la recette pour optimiser les coûts, la conservation ou le goût.
Ultra-transformés : des conséquences bien réelles sur la santé
Au-delà de la transparence, c’est bien la question de la santé qui se pose. Les aliments ultra-transformés cumulent souvent plusieurs déséquilibres :
- une forte densité calorique
- beaucoup de sucres, de sel ou de graisses
- peu de fibres et de nutriments essentiels
Une consommation élevée d’aliments ultra-transformés est aujourd’hui associée, dans plusieurs études scientifiques françaises et internationales (Inserm, cohorte NutriNet-Santé), à différents risques pour la santé :
- un risque accru de maladies cardiovasculaires (infarctus, AVC)
- une augmentation du risque de certains cancers
- un risque plus élevé de diabète de type 2
- une prise de poids et un risque d’obésité
- des troubles métaboliques (déséquilibres du sucre et des graisses dans le sang)
- une alimentation globalement moins équilibrée, pauvre en fibres et en nutriments essentiels
Ces effets ne sont pas liés à un aliment en particulier, mais à une consommation régulière et importante de ces produits dans l’alimentation quotidienne.
Alimentation : vers une prise de conscience ?
En France, le Nutri-Score, mis en place depuis 2017, permet de comparer les produits sur leur qualité nutritionnelle (sucre, sel, graisses, fibres), mais il ne prend pas en compte leur degré de transformation. Un produit peut ainsi obtenir une bonne note tout en étant ultra-transformé.
Plusieurs équipes de recherche, notamment celles impliquées dans la cohorte NutriNet-Santé, soulignent ce manque et appellent à mieux intégrer la notion d’ultra-transformation dans l’étiquetage, pour donner une vision plus complète aux consommateurs.
Du côté des recommandations officielles, Santé publique France est claire. Dans le cadre du Programme national nutrition santé (PNNS), l’agence conseille de limiter les aliments ultra-transformés et de privilégier des produits bruts ou peu transformés, comme les fruits, les légumes, les légumineuses ou les aliments faits maison.
Ultra-transformés : les 10 produits pointés par foodwatch
L’enquête de foodwatch met en cause dix produits du quotidien, tous caractérisés par des listes d’ingrédients trop longues :
- Muesli aux noix Marque Repère (E. Leclerc)
- Mélange d’assaisonnement Knorr (Unilever)
- Filets de thon au citron (Saupiquet)
- Guacamole L’atelier blini (Labeyrie)
- Wraps de blé complet Old El Paso (General Mills)
- Boisson amande grillée Alpro (Danone)
- Carottes râpées au jus de citron (Carrefour)
- Skyr aux fruits rouges Yoplait (Sodiaal)
- Dessert “P’tit Onctueux” (Nestlé)
- Salade “Oslo” (Pierre Martinet)
Tous ont en commun d’intégrer des additifs (émulsifiants, épaississants, arômes…) ou des ingrédients transformés, signes d’une transformation industrielle poussée, y compris pour des produits qui semblent simples au premier abord.
À SAVOIR
Selon une cohorte NutriNet-Santé, plus la part d’aliments ultra-transformés dans l’alimentation augmente, plus le risque de symptômes dépressifs augmente aussi. Concrètement, une hausse de 10 % de ces produits est associée à une augmentation d’environ 10 à 15 % du risque.








