Une femme qui fait ses courses et qui prend essentiellement des produits hyperprotéinés.
Une consommation excessive de protéines, surtout animales, peut surcharger les reins sur le long terme. © Freepik

Ils ont envahi les rayons des supermarchés à une vitesse faramineuse. Yaourts, fromages, pâtes, céréales, glaces : tout semble désormais exister en version “hyperprotéinée”. Et si ces produits surboostés en protéines ont tout pour séduire les sportifs et les gourmands soucieux de leur ligne, une question se pose : les produits hyperprotéinés sont-ils réellement bons pour la santé ? On vous explique.

Il fut un temps où l’on associait les protéines aux oeufs ou au blanc de poulet qui garnissaient les repas des sportifs. Aujourd’hui, les industriels du secteur agroalimentaire surfent sur une tendance lourde : le “tout protéiné”. Skyrs, yaourts grecs, barres céréalières “fitness”, fromages, boissons lactées, céréales, même les flans et glaces se parent d’étiquettes vantant leurs “+ de 15g de protéines par portion”.

Une aubaine pour les marques, qui voient là un moyen d’ajouter une image santé à des produits parfois bien plus transformés que nature. Selon le cabinet NielsenIQ, le marché des produits enrichis en protéines a explosé : passant de 70 millions d’euros en 2020 à 380 millions en 2024 dans les grandes surfaces françaises.

Mais cette frénésie protéinée est-elle vraiment justifiée ? Et surtout, est-elle bénéfique pour notre santé ?

Les protéines, à quoi ça sert exactement ?

Avant de trancher, petit rappel utile : les protéines sont des macronutriments essentiels. Elles participent à la construction et à la réparation des muscles, mais leur rôle ne s’arrête pas là. Aussi, elles interviennent dans la fabrication des hormones, des enzymes, et dans le transport de l’oxygène via l’hémoglobine. Elles sont aussi essentielles au renouvellement cellulaire, un processus constant dans notre organisme.

Chaque protéine est formée d’acides aminés, dont certains sont dits “essentiels” car notre corps ne peut pas les produire seul. On doit donc les trouver dans l’alimentation. En clair, sans protéines, pas de muscles, pas de peau en bon état, pas de système immunitaire qui tient la route.

Elles sont indispensables… mais ce n’est pas pour autant qu’il faut doubler les doses à chaque repas.

Les besoins en protéines : ni trop, ni pas assez

Selon l’ANSES, les besoins journaliers pour un adulte en bonne santé sont d’environ 0,83 g de protéines par kilo de poids corporel. Soit environ 60 g par jour pour une personne de 70 kg. Une femme enceinte ou une personne très sportive pourra monter à 1,2 voire 2 g/kg/jour.

Or, les Français consomment déjà largement ce qu’il faut. En moyenne, les apports en protéines sont de 1,1 g/kg/jour, ce qui est supérieur aux recommandations selon le rapport parlementaire sur les protéines de 2024. En clair, pas besoin de se jeter sur les yaourts hyperprotéinés pour éviter une carence.

Les points positifs (quand ils existent)

La promesse est alléchante : plus de protéines = plus de satiété, plus de muscle, moins de fringales, meilleure forme… Mais la réalité est un peu plus nuancée.

  • Pour les sportifs, les produits enrichis peuvent aider à atteindre plus facilement un objectif protéique quotidien, surtout après un entraînement intensif.
  • Certaines études suggèrent qu’un régime riche en protéines peut favoriser la satiété et aider dans le cadre d’une perte de poids, en évitant les grignotages selon l’Inserm.
  • Dans des cas précis (personnes âgées, convalescents, véganes), ces produits peuvent aider à éviter les carences.

Ce que l’on oublie souvent de dire

  • L’EFSA (l’autorité européenne de sécurité des aliments) a rejeté les allégations santé selon lesquelles les protéines dans les yaourts augmenteraient la satiété ou aideraient à perdre du poids. Il n’y a pas assez de preuves scientifiques solides pour le prouver.
  • Beaucoup de produits “hyperprotéinés” sont très transformés et souvent plus chers (jusqu’à 8 €/kg contre 3,5 €/kg pour un yaourt classique). Le supplément en protéines est parfois minime voire… inexistant.
  • Certains aliments sont enrichis avec des protéines de qualité médiocre (protéines animales pauvres en acides aminés essentiels, ou issus de lactosérum industriel).
  • Un excès prolongé de protéines, surtout animales, peut surcharger les reins ou favoriser le stress oxydatif.

La meilleure façon de faire le plein de protéines sans tomber dans les pièges marketing, c’est encore de privilégier les aliments bruts : œufs, lentilles, pois chiches, poissons, tofu, yaourts nature, quinoa…

Ces sources sont :

  • naturelles (zéro additif, zéro transformation),
  • moins chères (et souvent en vrac !),
  • riches en micronutriments essentiels.

Et si vous êtes sportif ou végétarien(ne), mieux vaut opter pour des poudres de protéines végétales (pois, riz, chanvre), que pour un dessert sucré marketé “fit”.

À SAVOIR 

Les produits hyperprotéinés contiennent souvent des protéines animales, comme le lactosérum, dont la production est bien plus polluante que celle des protéines végétales, souligne l’Agence de la transition écologique (ADEME, 2023).

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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