
Pour la première fois aux États-Unis, San Francisco a décidé d’assigner en justice plusieurs géants de l’agro-alimentaire (Coca‑Cola, Kellogg’s, Mars Incorporated, etc.), les accusant d’avoir conçu, fabriqué et propagandé des aliments « ultra-transformés » responsables d’une vague croissante de maladies chroniques.
Mardi 2 décembre 2025, San Francisco a déposé une plainte sans précédent contre une dizaine de poids lourds de l’industrie alimentaire comme Coca-Cola, Kellogg’s, Mars, mais aussi plusieurs autres marques largement présents sur les étals.
La ville les accuse d’avoir, en toute connaissance de cause, industrialisé et commercialisé des produits ultra-transformés conçus pour créer des dépendances, tout en diffusant un marketing trompeur, particulièrement agressif auprès des enfants et des quartiers défavorisés.
Ils souhaitent obtenir des pénalités financières, exiger la fin des pratiques publicitaires jugées déloyales, et contraindre les entreprises à modifier la composition et la communication autour de leurs produits.
Ce coup de tonnerre judiciaire arrive alors qu’un nombre croissant d’études internationales associent ces mêmes aliments à des risques sanitaires majeurs.
Que sont les aliments « ultra-transformés » ?
Le terme provient de la classification NOVA classification, élaborée dès 2009, qui classe les aliments selon quatre degrés de transformation. Des aliments bruts ou peu transformés jusqu’aux produits ayant subi des transformations industrielles lourdes, souvent enrichis en additifs, colorants, émulsifiants, arômes artificiels, sucres, graisses, etc.
Selon les estimations, en France, entre 30 % et 35 % des calories consommées par la population adulte proviennent d’aliments ultra-transformés. Aux États-Unis, ce pourcentage grimpe jusqu’aux environs de 60 %.
Ces produits ne sont pas simplement transformés pour préserver ou faciliter leur consommation, ils sont reformulés et recomposés, souvent pour être hyper-attrayants, peu coûteux, et faciles à stocker : snacks, céréales sucrées, sodas, plats préparés, biscuits, confiseries, etc.
Aliments ultra-transformés : pourquoi la justice s’en mêlent ?
Un mélange toxique : marketing, dépendance et santé
Selon la plainte déposée par la ville de San Francisco, ces entreprises utiliseraient des méthodes proches de celles de l’industrie du tabac : création de produits addictifs, marketing ciblé, notamment vers les populations vulnérables, enfants et quartiers défavorisés, et minimisation voire dissimulation des risques sanitaires.
Aux États-Unis, les UPF représenteraient jusqu’à 70 % de l’offre alimentaire, avec un niveau élevé de consommation calorique provenant de ces produits.
San Francisco estime que ces pratiques contribuent à une « crise de santé publique » (obésité, diabète, maladies cardiovasculaires, cancers) et pèsent lourdement sur les dépenses de santé de la ville. D’où la demande de réparation financière et de changement des pratiques.
Aliments ultra-transformés : des risques réels
Au fil des dernières années, les études se sont multipliées. En France, la cohorte NutriNet-Santé, qui suit plus de 100 000 adultes, a montré qu’une hausse de 10 % de la consommation d’aliments ultra-transformés est associée à un risque accru de 12 % de maladies cardiovasculaires, dont 13 % pour les coronariennes.
Une autre étude de cette même cohorte a également mis en évidence une augmentation d’environ 10 % du risque de cancer, notamment du sein, chez les plus gros consommateurs.
D’autres travaux, publiés dans des revues internationales, suggèrent aussi des liens entre forte consommation d’aliments ultra-transformés et troubles digestifs ou symptômes dépressifs. Les chercheurs soulignent que les effets potentiels des aliments ultra-transformés ne s’expliquent pas seulement par le sucre, les graisses ou le sel, mais par la présence d’additifs, transformations industrielles qui contaminent les emballages.
Que peut-on faire, en France, de notre côté ?
À l’échelle individuelle : reprendre la main sur son alimentation
Si le bras de fer engagé par San Francisco ne concerne pour l’instant que les États-Unis, il ouvre la voie aux Français pour reprendre en main leurs habitudes alimentaires. Sans tomber dans la culpabilisation, chacun peut déjà réduire sa consommation de ces aliments transformés en :
- privilégiant les aliments bruts ou peu transformés et donc cuisiner davantage
- en lisant les étiquettes pour repérer les longues listes d’additifs et les teneurs en sucres, graisses ou sel.
- en limitant les sodas, biscuits, plats préparés ou snacks industriels.
L’objectif n’est bien évidemment pas la perfection, mais un rééquilibrage progressif.
Au niveau collectif : renforcer les politiques publiques
La question des ultra-transformés dépasse largement la responsabilité individuelle. En France, les politiques nutritionnelles, comme celles du Programme national nutrition santé (PNNS), encouragent déjà la réduction des AUT (aliments ultra-transformés) au profit des aliments plus simples et plus fibrés.
Santé publique France insiste, elle aussi, sur la nécessité d’améliorer l’éducation nutritionnelle, de faciliter l’accès à des produits sains, notamment pour les ménages les plus modestes, et de mieux encadrer la publicité pour les produits les plus transformés, en particulier lorsqu’elle cible les enfants.
À SAVOIR
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’exposition des enfants au marketing des aliments ultra-transformés est l’un des facteurs majeurs de la progression de l’obésité infantile en Europe. Dans son rapport 2023, l’OMS souligne que près d’un enfant sur trois est régulièrement exposé à ces publicités.







