
Attendue depuis plus de 20 ans, la réforme du métier d’infirmier a été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en mars 2025, puis validée par le Sénat en le 5 mai. Pour les quelque 600 000 infirmiers et infirmières de France, c’est une avancée historique. Autonomie renforcée, droit de prescription élargi, reconnaissance du diagnostic… Explications.
Pendant longtemps, les infirmiers ont été les couteaux suisses de notre système de santé, sans toujours en avoir la reconnaissance. Entre les protocoles médicaux à suivre à la lettre, les prescriptions à faire valider, et l’impression d’être relégués au second plan, le moral n’était pas toujours au beau fixe.
Avec cette réforme, le vent tourne. Objectif affiché : moderniser la profession, renforcer son attractivité, et surtout, reconnaître pleinement les compétences des infirmiers, qui sont souvent en première ligne pour assurer les soins de proximité.
Une réforme nécessaire pour une reconnaissance méritée
Diagnostic infirmier : un tournant symbolique
Jusqu’à maintenant, seul un médecin pouvait officiellement poser un diagnostic. Cela va changer. La réforme introduit la notion de diagnostic infirmier, autrement dit, la capacité d’un(e) infirmier(e) à évaluer l’état de santé d’un patient dans son champ de compétences, et à proposer une prise en charge adaptée.
Une infirmière pourra, lors d’un bilan de santé, constater une plaie infectée, proposer un traitement local, en assurer le suivi… sans passer par la case médecin pour chaque étape. Cette reconnaissance, réclamée depuis longtemps par les professionnels, permet de mieux valoriser leur expertise clinique et de fluidifier le parcours de soins.
Un droit de prescription élargi
Autre avancée majeure de cette réforme du métier d’infirmier : l’élargissement du droit de prescription. Concrètement, les infirmiers pourront prescrire certains dispositifs médicaux (pansements, béquilles, produits d’hygiène…), mais aussi des examens complémentaires, selon une liste fixée par décret.
Cette nouvelle responsabilité évite des consultations médicales parfois inutiles, et permet aux patients d’accéder plus rapidement aux soins dont ils ont besoin. C’est un gain de temps pour tout le monde, et une meilleure efficacité du système.
Accès direct aux soins infirmiers : un pas vers plus de proximité
Jusqu’ici, pour consulter un infirmier, il fallait bien souvent une ordonnance. Ce ne sera plus nécessaire pour certains soins, grâce à l’accès direct aux soins infirmiers. L’idée est de permettre aux patients de se rendre chez leur infirmier sans prescription pour des actes comme les pansements, les suivis de plaies, ou encore les gestes de prévention.
Cette mesure sera d’abord testée dans cinq régions pilotes, avant une éventuelle généralisation. Une belle opportunité pour désengorger les cabinets médicaux et renforcer la prise en charge de proximité, notamment dans les zones rurales.
Des spécialités mieux reconnues
La loi ne s’arrête pas là. Elle renforce également la reconnaissance des spécialités infirmières, comme :
- les infirmiers en pratique avancée (IPA),
- les infirmiers anesthésistes (IADE),
- les infirmiers de bloc opératoire (IBODE),
- les puéricultrices (IPDE).
Elle crée aussi de nouvelles fonctions, comme l’infirmier coordinateur en EHPAD ou l’infirmier scolaire spécialisé. L’idée est simple : donner un cadre clair à ces rôles spécialisés, souvent mal identifiés, et permettre des carrières plus attractives et mieux rémunérées.
Une réforme pour répondre à la crise des vocations
Avec un poste d’infirmier hospitalier sur quatre vacant en 2024 selon Santé Publique France, la réforme tombe à pic. En valorisant les missions, en reconnaissant les compétences, et en renforçant l’autonomie, elle vise aussi à redonner envie d’exercer ce métier passionnant mais exigeant.
Des modules de formation vont être actualisés dès la rentrée 2026 pour accompagner cette transition. C’est un pas important pour moderniser la profession et préparer l’avenir.
D’autres étapes clés à venir
La loi a été votée, mais tout n’est pas encore joué. Il faudra attendre les décrets d’application, attendus cet été, pour connaître les modalités exactes. Et dès septembre 2025, des négociations conventionnelles débuteront avec l’Assurance Maladie pour définir la rémunération des nouvelles missions.
Comme le souligne la Fédération nationale des infirmiers (FNI), “c’est une réforme ambitieuse qui doit maintenant être traduite concrètement sur le terrain”.
À SAVOIR
Pour accompagner la réforme du métier d’infirmier, un nouveau programme de formation entrera en vigueur à la rentrée 2026. Il prévoit 400 heures supplémentaires, sans rallonger la durée des études, et mettra l’accent sur la pratique clinique et la simulation.







