Des adolescents addicts à leurs écrans, en train de scroller sur les réseaux sociaux.
L'Arcom rapporte qu’en moyenne, les 13-24 ans passent plus de 3h30 par jour sur internet, dont une large partie sur les réseaux sociaux. © Freepik

Selon une étude récente de la Direction générale du Trésor, notre dépendance croissante aux réseaux sociaux ne serait pas seulement un enjeu de santé publique : elle pourrait aussi freiner durablement la croissance économique française. À l’horizon 2060, la perte est évaluée entre 2 et 3 points de PIB. Décryptage.

Derrière chaque scroll, chaque notification et chaque vidéo qui s’enchaîne, se cache un modèle économique bien rodé : l’économie de l’attention. Les plateformes numériques (TikTok, Instagram, Facebook, X ou encore YouTube) reposent sur une stratégie simple : retenir l’utilisateur le plus longtemps possible pour maximiser les revenus publicitaires.

Cette captation n’est pas sans conséquence. Comme le rappelle la Direction générale du Trésor dans une note publiée en septembre 2025, « les externalités négatives issues de l’économie de l’attention, notamment la détérioration des capacités cognitives, pourraient représenter une perte de 1,4 à 2,3 points de PIB à long terme ». En ajoutant d’autres facteurs, comme le temps de travail perdu ou les impacts sur la santé mentale, la facture grimpe jusqu’à 3 points de PIB en moins d’ici 2060.

Quand les écrans influencent le cerveau des plus jeunes

Le cœur du problème est là : l’usage massif et précoce des réseaux sociaux affecte la concentration, la mémoire et, plus globalement, le développement cognitif des enfants et adolescents.

  • En France, 90 % des 12-17 ans possèdent un smartphone et l’usage quotidien des réseaux sociaux est devenu la norme selon le Baromètre du numérique 2023.
  • L’OCDE, dans son enquête PISA 2022, montre que les élèves français se disent particulièrement distraits par les appareils numériques en classe, ce qui se traduit par des résultats plus faibles en mathématiques et en compréhension écrite.
  • En France, le rapport parlementaire “Enfants et écrans – À la recherche du temps perdu” (avril 2024) souligne que « l’exposition prolongée et non encadrée aux réseaux sociaux peut nuire au développement cognitif » et formule 29 recommandations, dont l’interdiction des fonctionnalités les plus addictives.

Ces effets cognitifs immédiats se répercutent ensuite sur la productivité des générations futures. Moins de compétences aujourd’hui, c’est moins d’innovation et de compétitivité demain.

Une facture économique… et sanitaire

L’impact ne se limite pas à l’école. Les réseaux sociaux ont aussi un coût sanitaire croissant.

Dans le monde professionnel, ces usages pèsent aussi. Plusieurs études internationales montrent que la consultation répétée du smartphone entraîne une perte de productivité significative. Même si les chiffres varient selon les pays et les époques (par exemple l’étude américaine dscout en 2016 évoquait près de 96 consultations par jour), les tendances sont confirmées en Europe. La multiplication des micro-interruptions affecte l’efficacité au travail selon la Commission européenne “Digital Economy and Society Index” de 2023.

Pour mieux comprendre, prenons un exemple chiffré. Le PIB de la France était d’environ 2 900 milliards d’euros en 2024 (selon l’Insee et les comptes nationaux). Trois points de PIB représentent donc près de 87 milliards d’euros par an.

Cela équivaut, à titre de comparaison :

  • au budget annuel de l’Éducation nationale,
  • ou à plus de la moitié des dépenses de l’Assurance maladie.

Autrement dit, l’addiction aux réseaux sociaux n’est pas un détail dans nos vies privées, c’est un enjeu macroéconomique majeur pour l’avenir de la France.

Face à ces chiffres, la question de la régulation se pose. Plusieurs pistes existent déjà :

  • Encadrement du temps d’écran chez les plus jeunes, recommandé dans le rapport parlementaire de 2024.
  • Transparence des algorithmes : le règlement européen Digital Services Act (DSA), entré en vigueur en 2024, impose aux grandes plateformes de limiter certains mécanismes de manipulation de l’attention.
  • Prévention et éducation : le programme national Internet sans crainte sensibilise parents et enfants aux usages responsables.

Mais tant que le modèle économique des plateformes reposera sur la captation de l’attention, les risques économiques et sanitaires resteront élevés.

Si l’on regarde au-delà des chiffres, l’addiction aux réseaux sociaux questionne plus largement notre rapport au temps, à l’information et à la démocratie. Les études montrent un lien entre surexposition aux contenus courts et baisse de l’attention soutenue, mais aussi entre bulles de filtres et polarisation politique.

La Direction Générale du Trésor ne dit pas seulement que la croissance risque d’être ralentie, elle pointe une transformation profonde de nos sociétés. Et c’est bien là que se situe l’urgence. Apprendre à concilier outils numériques et bien-être collectif, sans sacrifier ni la santé mentale des jeunes, ni l’avenir économique du pays.

À SAVOIR

En France, un adolescent sur trois présente des signes de dépendance aux réseaux sociaux, selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT, 2023). L’étude met en évidence des symptômes proches de l’addiction : usage compulsif, anxiété lorsqu’on est déconnecté, perte de contrôle sur le temps passé.

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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