
Délais d’attente interminables, rendez-vous introuvables, traitements manquants, suivi interrompu… la Fédération hospitalière de France (FHF) alerte sur une situation jugée critique pour les 18-24 ans. Alors que la souffrance psychique progresse chez les jeunes adultes, l’accès aux soins psychiatriques se heurte à un système déjà sous tension. Une double peine, en somme… Mais comment en est-on arrivé là ?
Des jeunes en dépression qui renoncent à consulter faute de place. D’autres qui attendent des mois un premier rendez-vous. Certains qui voient leur traitement retardé parce qu’un médicament manque en pharmacie. Et beaucoup qui avancent avec la sensation de devoir gérer seuls ce qui les dépasse. Une triste réalité…
En effet, la Fédération hospitalière de France (FHF), qui représente les hôpitaux publics, vient de publier ce 15 avril 2026 une nouvelle alerte sur la santé mentale en France. Son constat est particulièrement sévère pour les 18-24 ans. La souffrance psychique augmente, tandis que l’accès aux soins psychiatriques se dégrade. Pour Arnaud Robinet, président de la FHF, « À force de détourner le regard de la santé mentale, nous faisons le lit d’une crise de santé publique sans précédent, en particulier au détriment des jeunes et des femmes ».
Depuis la crise sanitaire du Covid-19, de nombreux indicateurs montrent une détérioration du bien-être psychologique des jeunes adultes : anxiété, épisodes dépressifs, isolement, idées suicidaires, consommation de substances psychoactives, troubles du sommeil. La pandémie n’a pas tout créé, mais elle a souvent joué le rôle d’accélérateur.
Santé mentale : des troubles anxieux et dépressifs plus fréquents chez les 18-24 ans
Les jeunes sont à bout !
Selon le Baromètre de Santé publique France, les jeunes entre 18 et 24 ans figurent parmi les classes d’âge les plus touchées par les symptômes anxieux et dépressifs depuis 2020. Un constat inquiétant, chiffres à l’appui :
- Selon la FHF, 42 % des 18-24 ans présenteraient un score évocateur d’un trouble anxieux généralisé.
- Entre 2019 et 2024, les hospitalisations pour tentative de suicide ont progressé de 76 % chez les femmes de 20 à 24 ans.
- Plus largement, elles ont augmenté de 118 % chez les filles de 10 à 14 ans, signe que la fragilité psychique peut apparaître très tôt.
Pour rappel, l’anxiété généralisée désigne un état d’inquiétude excessive, fréquent, difficile à contrôler, qui perturbe la vie quotidienne : sommeil, concentration, relations sociales, études, travail. La dépression, elle, ne se résume pas à un “coup de blues”. Elle associe tristesse persistante, perte d’élan, fatigue, culpabilité, parfois idées suicidaires.
Pourquoi les jeunes sont-ils particulièrement exposés ?
Les spécialistes évoquent plusieurs facteurs cumulés :
- précarité économique,
- logement difficile,
- pression scolaire ou professionnelle,
- hyperconnexion,
- comparaison sociale permanente,
- éco-anxiété,
- fragilité du lien social,
- difficultés d’accès aux soins.
C’est un fait, la pandémie de Covid-19 a souvent agi comme un révélateur, voire un accélérateur. Confinements, isolement, fermeture des campus, perte de jobs étudiants, cours à distance… Plusieurs fragilités se sont cumulées dans une période charnière de la vie.
Accès aux soins : quand le besoin de soins augmente, l’offre bloque
Des délais d’attente qui s’étirent, parfois jusqu’au renoncement
Selon un sondage Ipsos réalisé en février 2026 pour la FHF auprès de 2 500 personnes, parmi les Français concernés par des problèmes de santé mentale, les 18-24 ans se heurtent particulièrement aux obstacles de prise en charge.
Parmi eux :
- 64 % évoquent des délais d’attente trop longs pour consulter un psychiatre ;
- 52 % disent avoir été dans l’impossibilité d’obtenir un rendez-vous ;
- 49 % dénoncent des interruptions de soins, avec des périodes sans suivi médical ;
- 38 % rapportent une rupture de stock d’un médicament.
Dans de nombreux territoires, obtenir un rendez-vous chez un psychiatre en libéral peut prendre plusieurs semaines, parfois plusieurs mois. Les centres médico-psychologiques (CMP), structures publiques gratuites de proximité, sont eux aussi saturés. Or, ils jouent un rôle central pour les patients qui n’ont pas les moyens d’avancer les frais ou qui ont besoin d’un suivi coordonné.
Quand l’attente s’allonge, plusieurs risques apparaissent : aggravation des symptômes, décrochage universitaire, arrêt de travail, addictions, passage aux urgences, voire crise suicidaire.
L’hôpital public en première ligne
Dans ce contexte, la FHF rappelle que l’hôpital public assure une part majeure de la prise en charge psychiatrique en France. Environ 80 % des adultes suivis en psychiatrie et 95 % des enfants et adolescents, selon les chiffres qu’elle avance. Alors, lorsque la psychiatrie publique manque de bras, c’est tout le système qui vacille.
Or, les établissements font face à plusieurs difficultés structurelles :
- manque de psychiatres,
- pénurie d’infirmiers spécialisés,
- lits fermés,
- attractivité insuffisante de certaines spécialités,
- surcharge administrative,
- tensions budgétaires.
La pédopsychiatrie est particulièrement touchée. Selon le Conseil national de l’Ordre des médecins, le nombre de pédopsychiatres a diminué ces dernières années, avec des inégalités territoriales marquées.
Quand les médicaments manquent aussi
Depuis plusieurs années, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) documente des ruptures ou risques de rupture sur de nombreuses spécialités.
Les psychotropes (antidépresseurs, anxiolytiques) et certains traitements du trouble déficitaire de l’attention ou de certains troubles psychiatriques, peuvent être concernés ponctuellement. Heureusement, tous les médicaments ne manquent pas en même temps. Mais lorsqu’un traitement est difficile à trouver, cela complique la continuité des soins.
Changer brutalement de molécule, interrompre quelques jours un traitement ou multiplier les pharmacies peut majorer l’angoisse du patient. Pour une personne déjà fragilisée, ce n’est pas un détail logistique. C’est même parfois une question de vie ou de mort !
Une génération qui consulte davantage… et c’est plutôt une bonne nouvelle
Si les chiffres augmentent, c’est en partie parce que la parole se libère. Les jeunes consultent plus volontiers qu’autrefois, parlent davantage d’anxiété, de dépression, de mal-être. Le tabou recule. Et c’est une avancée.
Pendant longtemps, la souffrance psychique était minimisée, cachée ou honteuse. Aujourd’hui, demander de l’aide est davantage perçu comme un acte de santé que comme un aveu de faiblesse.
Le problème n’est donc pas seulement une hausse des troubles. C’est aussi l’écart entre une demande plus visible et une offre restée insuffisante.
Ce que réclame la FHF
Face à cette situation, la Fédération hospitalière de France demande un plan d’urgence pour la psychiatrie. Parmi ses priorités :
- renforcer les effectifs hospitaliers ;
- soutenir les Centre médico-psychologique (CMP) ;
- développer des structures dédiées aux 16-25 ans ;
- améliorer la coordination entre médecine de ville, hôpital et universités ;
- faire de la santé mentale une priorité publique durable.
Une revendication qui rejoint celle de nombreux professionnels du secteur depuis plusieurs années. La balle est désormais dans le camp des pouvoirs publics et des autorités de santé !
À SAVOIR
Si vous soupçonnez un mal-être chez quelqu’un, ou que vous vous sentez vous-même en difficulté, le premier réflexe peut être d’en parler à un médecin traitant, qui pourra orienter vers un psychologue, un psychiatre ou un centre médico-psychologique (CMP), structure publique accessible sans avance de frais. Pour les étudiants, les services de santé universitaires représentent également un point d’appui utile.
En cas de crise suicidaire ou d’urgence psychique, le 3114 est accessible 24 heures sur 24, partout en France.







