Un homme qui traverse une dépression sans oser en parler.
Selon SantĂ© publique France, ceux qui Ă©voquent le moins souvent leur mal-ĂȘtre sont les hommes ĂągĂ©s de plus de 65 ans. © Freepik

PrĂšs d’une personne sur deux confrontĂ©e Ă  des difficultĂ©s psychologiques prĂ©fĂšre encore se taire plutĂŽt que d’en parler Ă  ses proches ou Ă  un professionnel. Mais pourquoi est-il encore si difficile de se dĂ©lester du poids de ses problĂšmes et de mettre des mots sur son mal-ĂȘtre ?

La santĂ© mentale s’est imposĂ©e ces derniĂšres annĂ©es comme un enjeu majeur de santĂ© publique. En 2026, elle a mĂȘme Ă©tĂ© Ă©rigĂ©e en grande cause nationale, et les autoritĂ©s rappellent qu’environ une personne sur cinq en France est concernĂ©e par un trouble psychique.

Mais la souffrance psychologique reste trĂšs souvent passĂ©e sous silence. Selon l’Ă©tude de SantĂ© publique France publiĂ© ce mardi 24 mars, parmi les personnes dĂ©clarant un mal-ĂȘtre au cours des douze derniers mois, prĂšs d’une sur deux n’en a parlĂ© ni Ă  un proche ni Ă  un professionnel.

Car si la santĂ© mentale est de plus en plus prĂ©sente dans le dĂ©bat public, mettre des mots sur ce que l’on traverse reste, pour beaucoup, un vrai dĂ©fi.

Le poids persistant du tabou

La santĂ© mentale reste un sujet sensible. Voire tabou. MĂȘme si les mentalitĂ©s Ă©voluent, parler d’anxiĂ©tĂ©, de dĂ©pression ou de dĂ©tresse psychologique continue d’ĂȘtre associĂ© Ă  une forme de vulnĂ©rabilitĂ© mal perçue. Selon l’OMS, 2022, les troubles mentaux sont encore largement stigmatisĂ©s dans de nombreux pays, y compris en Europe.

En France, ce tabou s’exprime de maniùre diffuse :

  • peur d’ĂȘtre perçu comme « faible »
  • crainte d’ĂȘtre incompris
  • difficultĂ© Ă  mettre des mots sur son ressenti

Le silence apparaßt donc parfois comme une stratégie de protection sociale.

« Je vais gĂ©rer tout seul » : l’illusion de l’autonomie

Autre frein majeur, la conviction que l’on doit s’en sortir seul. Selon une enquĂȘte de la Direction de la recherche, des Ă©tudes, de l’évaluation et des statistiques (DREES), une part significative des personnes souffrant de troubles psychiques considĂšre que leur Ă©tat « n’est pas assez grave » pour consulter.

Cette minimisation s’explique par plusieurs facteurs :

  • une mĂ©connaissance des symptĂŽmes (fatigue mentale, irritabilitĂ©, troubles du sommeil
)
  • une tendance Ă  banaliser le mal-ĂȘtre (« ça va passer »)
  • une comparaison avec des situations jugĂ©es « plus graves »

Or, cette perception peut retarder la prise en charge. Plus un trouble est ignorĂ©, plus il risque de s’installer durablement.

La peur du regard des autres

Parler de sa santĂ© mentale, c’est aussi s’exposer. Selon SantĂ© publique France, la peur du jugement constitue l’un des principaux obstacles Ă  la recherche d’aide. Cette crainte est particuliĂšrement marquĂ©e dans certains contextes :

  • milieu professionnel (peur d’ĂȘtre perçu comme moins performant)
  • environnement familial (crainte d’inquiĂ©ter ou de dĂ©cevoir)
  • cercles sociaux oĂč la rĂ©ussite et la maĂźtrise de soi sont valorisĂ©es

Chez les hommes, notamment, cette pression sociale est encore plus forte. Les normes de virilitĂ© peuvent freiner l’expression des Ă©motions. Un mec, c’est fort…

Un manque de repĂšres face aux troubles psychiques

Contrairement Ă  une douleur physique, la souffrance psychologique est souvent diffuse, fluctuante, difficile Ă  nommer. Stress, anxiĂ©tĂ©, dĂ©pression
 Les frontiĂšres sont parfois floues pour le grand public et nommer le mal peut parfois sembler impossible. 

Selon l’INSERM, les troubles anxieux et dĂ©pressifs figurent parmi les pathologies les plus frĂ©quentes, mais aussi les moins bien reconnues par les personnes concernĂ©es elles-mĂȘmes.

Ce manque de repĂšres peut conduire Ă  :

  • sous-estimer la gravitĂ© de son Ă©tat
  • retarder la recherche d’aide
  • normaliser un mal-ĂȘtre pourtant significatif

L’effet durable de la crise sanitaire

La crise du Covid-19 a profondément marqué la santé mentale. Selon Santé publique France (CoviPrev), la proportion de personnes présentant des symptÎmes dépressifs a fortement augmenté pendant la pandémie, atteignant plus de 20 % à certains moments, contre environ 10 % avant la crise. Les jeunes adultes ont été particuliÚrement touchés.

Les données hospitaliÚres confirment cette tendance. Le réseau Oscour observe une hausse des passages aux urgences pour troubles anxieux et gestes suicidaires, notamment chez les 18-24 ans depuis 2021.

Mais ce qui frappe, c’est le dĂ©calage. MalgrĂ© cette dĂ©gradation, le recours Ă  l’aide n’a pas progressĂ© dans les mĂȘmes proportions. Selon la DREES, une part importante des personnes en souffrance psychique ne consulte toujours pas. Une forme d’errance diagnostic qui conduit parfois Ă  des drames.

En rĂ©alitĂ©, dire que ça ne va pas et mettre des mots sur son mal-ĂȘtre est souvent le dĂ©but de quelque chose… qui va mieux. ConcrĂštement, cela peut commencer simplement :

  • se confier Ă  une personne de confiance, sans forcĂ©ment tout expliquer d’un coup
  • en parler Ă  son mĂ©decin traitant, souvent premier point d’entrĂ©e vers une aide adaptĂ©e
  • consulter un psychologue ou un psychiatre si le besoin se confirme

Il n’y a pas de “bonne” façon de faire. L’essentiel est de ne pas rester seul avec ce qui pùse ou empresse.

En France, des dispositifs existent pour faciliter cet accÚs. Le programme Mon soutien psy, par exemple, permet un remboursement partiel de séances chez un psychologue, sous certaines conditions.

Maintenant, mĂȘme lorsque la parole se libĂšre, l’accĂšs Ă  un accompagnement reste souvent une problĂ©matique.

Selon la DREES, les dĂ©lais pour consulter un professionnel de santĂ© mentale peuvent ĂȘtre longs, notamment dans certaines rĂ©gions. À cela s’ajoutent :

  • le coĂ»t des consultations (mĂȘme si des dispositifs existent)
  • la difficultĂ© Ă  identifier le bon interlocuteur (psychologue, psychiatre, mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste
)
  • une offre de soins parfois inĂ©gale sur le territoire

Ces obstacles pratiques peuvent décourager les démarches, renforçant ainsi le silence et la spirale négative dans laquelle plonge le patient.

Cela Ă©tant, les lignes bougent… lentement mais sĂ»rement. Les campagnes de sensibilisation, les tĂ©moignages publics et la mĂ©diatisation du sujet contribuent Ă  faire Ă©voluer les mentalitĂ©s. Les jeunes gĂ©nĂ©rations, notamment, semblent plus enclines Ă  parler de leur santĂ© mentale. Un phĂ©nomĂšne renforcĂ© depuis la crise sanitaire.

Mais le chemin reste long. Car au-delĂ  des dispositifs et des discours, c’est une transformation culturelle profonde qui est en jeu. Apprendre Ă  reconnaĂźtre ses Ă©motions, accepter sa vulnĂ©rabilitĂ©, oser demander de l’aide
 autant de dĂ©fis individuels et collectifs Ă  relever pour ne pas sombrer..

À SAVOIR 

Selon l’Organisation mondiale de la santĂ© (OMS), la dĂ©pression touche environ 4 % de la population mondiale et est aujourd’hui la premiĂšre cause d’incapacitĂ© dans le monde.

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Marie Briel
Journaliste Ma SantĂ©. AprĂšs un dĂ©but de carriĂšre en communication, Marie s’est tournĂ©e vers sa vĂ©ritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma SantĂ©, elle se spĂ©cialise dans le domaine de l'information mĂ©dicale pour rendre le jargon de la santĂ© (parfois complexe) accessible Ă  tous.

1 COMMENTAIRE

  1. Article trĂšs pertinent qui explore pourquoi tant de Français taisent leur mal‑ĂȘtre psychologique, avec des analyses sociales et des pistes pour lever les tabous autour de la santĂ© mentale, merci.

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