Pourquoi tant de Français taisent leur mal-être psychologique ?

le 25 mars 2026 à 16h31
Un homme qui traverse une dépression sans oser en parler.
Selon Santé publique France, ceux qui évoquent le moins souvent leur mal-être sont les hommes âgés de plus de 65 ans. © Freepik
Près d’une personne sur deux confrontée à des difficultés psychologiques préfère encore se taire plutôt que d’en parler à ses proches ou à un professionnel. Mais pourquoi est-il encore si difficile de se délester du poids de ses problèmes et de mettre des mots sur son mal-être ?
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La santé mentale s’est imposée ces dernières années comme un enjeu majeur de santé publique. En 2026, elle a même été érigée en grande cause nationale, et les autorités rappellent qu’environ une personne sur cinq en France est concernée par un trouble psychique.

Mais la souffrance psychologique reste très souvent passée sous silence. Selon l’étude de Santé publique France publié ce mardi 24 mars, parmi les personnes déclarant un mal-être au cours des douze derniers mois, près d’une sur deux n’en a parlé ni à un proche ni à un professionnel.

Car si la santé mentale est de plus en plus présente dans le débat public, mettre des mots sur ce que l’on traverse reste, pour beaucoup, un vrai défi.

Santé mentale : pourquoi est-il encore si difficile d’en parler ? 

Le poids persistant du tabou

La santé mentale reste un sujet sensible. Voire tabou. Même si les mentalités évoluent, parler d’anxiété, de dépression ou de détresse psychologique continue d’être associé à une forme de vulnérabilité mal perçue. Selon l’OMS, 2022, les troubles mentaux sont encore largement stigmatisés dans de nombreux pays, y compris en Europe.

En France, ce tabou s’exprime de manière diffuse :

  • peur d’être perçu comme « faible »
  • crainte d’être incompris
  • difficulté à mettre des mots sur son ressenti

Le silence apparaît donc parfois comme une stratégie de protection sociale.

« Je vais gérer tout seul » : l’illusion de l’autonomie

Autre frein majeur, la conviction que l’on doit s’en sortir seul. Selon une enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), une part significative des personnes souffrant de troubles psychiques considère que leur état « n’est pas assez grave » pour consulter.

Cette minimisation s’explique par plusieurs facteurs :

  • une méconnaissance des symptômes (fatigue mentale, irritabilité, troubles du sommeil…)
  • une tendance à banaliser le mal-être (« ça va passer »)
  • une comparaison avec des situations jugées « plus graves »

Or, cette perception peut retarder la prise en charge. Plus un trouble est ignoré, plus il risque de s’installer durablement.

La peur du regard des autres

Parler de sa santé mentale, c’est aussi s’exposer. Selon Santé publique France, la peur du jugement constitue l’un des principaux obstacles à la recherche d’aide. Cette crainte est particulièrement marquée dans certains contextes :

  • milieu professionnel (peur d’être perçu comme moins performant)
  • environnement familial (crainte d’inquiéter ou de décevoir)
  • cercles sociaux où la réussite et la maîtrise de soi sont valorisées

Chez les hommes, notamment, cette pression sociale est encore plus forte. Les normes de virilité peuvent freiner l’expression des émotions. Un mec, c’est fort…

Un manque de repères face aux troubles psychiques

Contrairement à une douleur physique, la souffrance psychologique est souvent diffuse, fluctuante, difficile à nommer. Stress, anxiété, dépression… Les frontières sont parfois floues pour le grand public et nommer le mal peut parfois sembler impossible. 

Selon l’INSERM, les troubles anxieux et dépressifs figurent parmi les pathologies les plus fréquentes, mais aussi les moins bien reconnues par les personnes concernées elles-mêmes.

Ce manque de repères peut conduire à :

  • sous-estimer la gravité de son état
  • retarder la recherche d’aide
  • normaliser un mal-être pourtant significatif

L’effet durable de la crise sanitaire

La crise du Covid-19 a profondément marqué la santé mentale. Selon Santé publique France (CoviPrev), la proportion de personnes présentant des symptômes dépressifs a fortement augmenté pendant la pandémie, atteignant plus de 20 % à certains moments, contre environ 10 % avant la crise. Les jeunes adultes ont été particulièrement touchés.

Les données hospitalières confirment cette tendance. Le réseau Oscour observe une hausse des passages aux urgences pour troubles anxieux et gestes suicidaires, notamment chez les 18-24 ans depuis 2021.

Mais ce qui frappe, c’est le décalage. Malgré cette dégradation, le recours à l’aide n’a pas progressé dans les mêmes proportions. Selon la DREES, une part importante des personnes en souffrance psychique ne consulte toujours pas. Une forme d’errance diagnostic qui conduit parfois à des drames.

Parler, un premier pas essentiel

En réalité, dire que ça ne va pas et mettre des mots sur son mal-être est souvent le début de quelque chose… qui va mieux. Concrètement, cela peut commencer simplement :

  • se confier à une personne de confiance, sans forcément tout expliquer d’un coup
  • en parler à son médecin traitant, souvent premier point d’entrée vers une aide adaptée
  • consulter un psychologue ou un psychiatre si le besoin se confirme

Il n’y a pas de “bonne” façon de faire. L’essentiel est de ne pas rester seul avec ce qui pèse ou empresse.

En France, des dispositifs existent pour faciliter cet accès. Le programme Mon soutien psy, par exemple, permet un remboursement partiel de séances chez un psychologue, sous certaines conditions.

L’accès aux soins, encore inégal

Maintenant, même lorsque la parole se libère, l’accès à un accompagnement reste souvent une problématique.

Selon la DREES, les délais pour consulter un professionnel de santé mentale peuvent être longs, notamment dans certaines régions. À cela s’ajoutent :

  • le coût des consultations (même si des dispositifs existent)
  • la difficulté à identifier le bon interlocuteur (psychologue, psychiatre, médecin généraliste…)
  • une offre de soins parfois inégale sur le territoire

Ces obstacles pratiques peuvent décourager les démarches, renforçant ainsi le silence et la spirale négative dans laquelle plonge le patient.

Vers une parole plus libre ?

Cela étant, les lignes bougent… lentement mais sûrement. Les campagnes de sensibilisation, les témoignages publics et la médiatisation du sujet contribuent à faire évoluer les mentalités. Les jeunes générations, notamment, semblent plus enclines à parler de leur santé mentale. Un phénomène renforcé depuis la crise sanitaire.

Mais le chemin reste long. Car au-delà des dispositifs et des discours, c’est une transformation culturelle profonde qui est en jeu. Apprendre à reconnaître ses émotions, accepter sa vulnérabilité, oser demander de l’aide… autant de défis individuels et collectifs à relever pour ne pas sombrer..

À SAVOIR 

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la dépression touche environ 4 % de la population mondiale et est aujourd’hui la première cause d’incapacité dans le monde.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

Une réponse

  1. Article très pertinent qui explore pourquoi tant de Français taisent leur mal‑être psychologique, avec des analyses sociales et des pistes pour lever les tabous autour de la santé mentale, merci.

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