Une jeune femme qui a l’impression de perdre la tête à cause de trous de mémoire fréquents.
Oublier un nom, égarer un objet ou mettre plus de temps à réfléchir, arrive à tout le mond, et devient plus fréquent avec l’âge. © Freepik

Perdre ses clefs, oublier un rendez-vous ou butter sur un nom commun… Ces défaillances mnésiques ponctuent nos journées. Si elles sont le plus souvent le fruit d’une saturation attentionnelle propre à notre époque, elles peuvent aussi traduire des pathologies sous-jacentes comme la maladie d”Alzheimer.

Réseaux sociaux, sites web, directs TV… Dans une société gouvernée par l’immédiateté et l’infobésité (surcharge d’informations), notre cerveau n’est plus seulement un organe de stockage mais un carrefour saturé où les informations se bousculent… sans jamais s’arrêter. Cette accélération du rythme de vie transforme notre rapport à la mémoire et engendre une inquiétude légitime chez des Français de plus en plus jeunes. 

Pourtant, l’oubli n’est pas systématiquement le premier acte d’une pathologie neurologique. Il est bien souvent le mécanisme d’un esprit sursollicité qui trie les données pour ne pas s’effondrer sous le poids du superflu.

Il s’agit donc de distinguer le simple bruit de fond d’un cerveau saturé, d’une pathologie plus profonde. Selon l’Inserm, cette inquiétude est devenue l’un des premiers motifs de consultation dans l’Hexagone. Pourtant, avant de craindre une atteinte organique irréversible, il faut passer au crible notre mode de vie. Bien souvent, ce que nous prenons pour un déclin neurologique n’est que le reflet d‘un sommeil perturbé ou d’un stress chronique qui sature nos capacités de stockage. Un peu comme un disque dur.

L’attention comme porte d’entrée de nos souvenirs

Pour la grande majorité des Français, les trous de mémoire ne proviennent pas d’un effacement des fichiers stockés mais d’un problème lors de la saisie des données. La science appelle cela un défaut d’encodage. 

Pour qu’un événement ou une information soit gravé dans le marbre de nos neurones, il doit impérativement passer par le filtre de l’attention sélective. Sans cette concentration initiale, le cerveau n’active pas les processus chimiques nécessaires à la mémorisation à long terme. L’information traverse donc l’esprit… comme un courant d’air !

Le piège de la multiactivité cognitive

Pour qu’une information soit fixée, elle nécessite une attention sélective. Or, comme le souligne l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT, 2023) dans ses rapports sur l’usage des écrans, la “multiactivité cognitive” fragmente notre concentration. 

Nous vivons dans une fragmentation permanente de nos ressources mentales. Lorsque nous posons nos clefs alors que nos yeux sont rivés sur une notification de smartphone, le cerveau réalise une action automatique sans conscience associée. Ce n’est pas la mémoire qui flanche mais l’attention qui est tout simplement ailleurs. 

Ce fractionnement numérique empêche une imprégnation profonde des moments vécus et multiplie mécaniquement ces petits blancs. Qui deviennent de vrais trous noirs !

Le sommeil comme architecte de la mémoire

Ce mécanisme de stockage est également fragilisé par la qualité de notre repos. Le phénomène de brouillard mental est souvent la conséquence directe d’un manque de sommeil chronique.

C’est durant la nuit, et plus particulièrement lors de la phase de sommeil paradoxal, que le cerveau trie et consolide les acquis de la journée. Sans ce temps de maintenance indispensable, les informations restent dans une zone de transit instable et finissent par s’évaporer. 

Le passage du physiologique au pathologique se mesure généralement par l’impact sur l’autonomie.

  • L’oubli bénin : on oublie un détail (le nom d’un film), mais on s’en souvient plus tard, ou on utilise des stratégies de compensation (listes, rappels).
  • L’oubli pathologique : l’information est définitivement perdue. On ne se souvient pas d’avoir oublié. Selon la Fondation Vaincre Alzheimer (2024), l’alerte doit être donnée lorsque les troubles s’accompagnent d’une désorientation spatio-temporelle (se perdre dans son quartier) ou d’une difficulté à réaliser des tâches complexes (suivre une recette, gérer son budget).

Un indicateur clé utilisé dans les Centres Mémoire (CMRR) est l’anosognosie. Quesaco ?? En fait, c’est simple. Un patient qui se plaint activement de sa mémoire est statistiquement moins à risque de souffrir d’une maladie neurodégénérative qu’un patient qui ne perçoit pas ses propres manques, ces derniers étant souvent signalés par l’entourage.

On sait désormais que de nombreux “trous de mémoire” sont les symptômes de pathologies traitables. La dépression et l’anxiété sévère ralentissent les processus cognitifs au point de mimer un début de démence. C’est ce que les cliniciens appellent la “pseudo-démence dépressive”.

Par ailleurs, la prévention primaire a fait des bonds de géant. Le rapport de la commission du Lancet (actualisé en 2024) identifie 14 facteurs de risque modifiables responsables de près de 45 % des cas de démence dans le monde. En France, les campagnes de prévention ciblent désormais :

  1. L’audition : le port d’appareils auditifs en cas de baisse d’acuité réduit drastiquement le risque de déclin cognitif en maintenant la stimulation cérébrale.
  2. Le métabolisme : le contrôle de l’hypertension artérielle et du cholestérol LDL dès la quarantaine est désormais considéré comme le premier rempart contre les lésions vasculaires cérébrales.
  3. L’isolement social : l’interaction humaine demeure le moteur le plus puissant de la réserve cognitive.

Si les chiffres de France Alzheimer (2025) font état de 1,4 million de personnes touchées par la maladie d’Alzheimer dans l’Hexagone, l’accès aux bilans s’est considérablement modernisé. Les tests neuropsychologiques comme le MMS ou le test de l’horloge (dessiner de mémoire un cadran numéroté et à y placer des aiguilles) permettent aujourd’hui de dépister avec une grande précision les anomalies de la mémoire épisodique bien avant qu’elles ne deviennent handicapantes. 

Certes, notre cerveau conserve la faculté de créer de nouveaux neurones et de tisser des connexions inédites à tout âge. Ce phénomène de neurogenèse reste toutefois conditionné par notre environnement. Pour s’épanouir, l’esprit doit être stimulé par la nouveauté et protégé des agressions extérieures comme le tabac, l’alcool oula pollution. Même s’il est parfois complexe de s’extraire totalement de la pollution urbaine, un simple bol d’air en forêt suffit à offrir à nos neurones une pause régénératrice. Alors, arrêtez de vous prendre la tête… et allez prendre le frais !

À SAVOIR 

80% des plaintes mnésiques formulées avant 60 ans sont liées au stress, à la fatigue ou à la charge mentale, et non à une pathologie neurologique lourde, selon Santé Publique France.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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