
Au village des Jeux olympiques d’hiver 2026, le stock de 10 000 préservatifs mis à disposition des athlètes aurait été épuisé en seulement trois jours. Un record ! Au-delà de l’anecdote, cet épisode relance une question de fond : le préservatif, délaissé ces dernières années, serait-il en train de regagner du terrain face à la progression des infections sexuellement transmissibles (IST) ?
Un premier record du monde est tombé à Milano Cortina 2026 ! Le stock de 10 000 préservatifs disponibles au village olympique aurait été distribué en 72 heures (environ trois préservatifs par sportif). Mais pas d’inquiétude pour les athlètes, un réassort est prévu !
La distribution de préservatifs dans les villages olympiques remonte aux années 1980, dans un contexte marqué par l’émergence du VIH. Depuis, chaque édition des Jeux s’accompagne d’un dispositif de prévention.
Lors des Jeux olympiques d’été 2024, près de 300 000 préservatifs avaient été mis à disposition des athlètes et encadrants, selon le comité d’organisation. Un écart qui peut surprendre mais les Jeux d’hiver rassemblent moins d’athlètes (environ 3 000, contre plus de 10 000 l’été) et s’étalent sur un dispositif logistique différent.
Reste que la rapidité d’écoulement du stock interroge. Faut-il y voir le signe d’un retour en grâce du préservatif ?
Grands rassemblements : un contexte particulier pour la sexualité
Un village olympique n’est pas un lieu ordinaire. Il concentre en quelques kilomètres carrés plusieurs milliers d’athlètes jeunes, en bonne santé, venus du monde entier, soumis à une pression extrême pendant des années… puis brutalement libérés une fois leur épreuve terminée.
Ces contextes favorisent les rencontres et, parfois, la prise de risques. L’OMS rappelle régulièrement que les grands événements internationaux nécessitent une vigilance sanitaire accrue, notamment en matière de maladies infectieuses.
Il serait cependant erroné d’assimiler distribution et utilisation. Un préservatif distribué n’est pas nécessairement utilisé. Certains peuvent être emportés comme souvenir. D’autres peuvent être stockés pour plus tard. On n’est jamais trop prudent !
Le préservatif, un outil en perte de vitesse ?
Un engouement pour la bonne vieille capote d’autant plus surprenant que, depuis une quinzaine d’années, plusieurs indicateurs pointent une baisse de l’usage du préservatif, en particulier chez les jeunes adultes.
En effet, depuis une quinzaine d’années, plusieurs indicateurs révèlent une baisse de l’usage du préservatif, en particulier chez les jeunes adultes. Selon l’enquête Contexte des sexualités en France (CSF-2023) menée par l’Inserm et l’ANRS-MIE, 75 % des femmes et 85 % des hommes déclarent avoir utilisé un préservatif lors de leur premier rapport sexuel. Un niveau inférieur à celui observé dans les années 2000. Lors d’un premier rapport avec un nouveau partenaire rencontré récemment, seuls environ un Français sur deux déclare en avoir utilisé un.
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution :
- La diffusion massive de la contraception hormonale, qui protège contre une grossesse non désirée mais pas contre les IST.
- Le développement de la PrEP (prophylaxie pré-exposition), traitement préventif contre le VIH remboursé en France depuis 2016.
- Une perception affaiblie du risque lié au VIH, désormais considéré comme une infection chronique contrôlable grâce aux traitements.
Or, les IST bactériennes (chlamydiose, gonorrhée, syphilis) sont en forte augmentation depuis le début des années 2020. En 2021, plus de 200 000 cas d’infections à Chlamydia trachomatis ont été diagnostiqués en France, soit une hausse marquée par rapport aux années précédentes.
Les IST en hausse : une augmentation inattendue
Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), les cas de gonorrhée et de syphilis ont fortement augmenté dans plusieurs pays européens après la pandémie de Covid-19.
Santé publique France observe une recrudescence des gonococcies, avec une progression particulièrement marquée chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, mais aussi chez les hétérosexuels. La syphilis, infection que l’on croyait presque disparue dans les années 1990, connaît elle aussi une résurgence.
Ces infections peuvent être asymptomatiques, notamment chez les femmes, et entraîner des complications graves :
- infertilité,
- douleurs pelviennes chroniques,
- transmission néonatale dans le cas de la syphilis.
Santé sexuelle : une génération plus sensibilisée ?
Une prévention renforcée depuis 2022
Depuis 2022, les pouvoirs publics ont renforcé les dispositifs de prévention. Les préservatifs sont gratuits en pharmacie pour les moins de 26 ans depuis le 1er janvier 2023, sur présentation d’une carte Vitale, selon le ministère de la Santé. Cette mesure vise précisément à lever les freins financiers.
Par ailleurs, les campagnes d’information sur les IST ont été relancées après la pandémie, période durant laquelle le dépistage avait nettement reculé.
L’enquête « Baromètre santé sexuelle 2023 » de Santé publique France montre que le niveau de connaissance des IST s’améliore chez les jeunes adultes, même si des idées reçues persistent. Il est donc possible que le préservatif bénéficie d’un regain d’intérêt, notamment chez les nouvelles générations plus sensibilisées aux enjeux de consentement et de prévention.
Préservatif, PrEP, dépistage : une prévention combinée
La prévention ne se résume plus à une alternative simple, « avec ou sans préservatif ». Les spécialistes parlent aujourd’hui de prévention combinée, c’est-à-dire l’utilisation de plusieurs outils complémentaires pour réduire les risques.
Concrètement, cela peut associer :
- le préservatif externe ou interne ;
- la PrEP, traitement préventif contre le VIH ;
- un dépistage régulier des infections sexuellement transmissibles ;
- la vaccination contre le papillomavirus (HPV), recommandée chez les adolescents, filles et garçons ;
- et le traitement rapide des partenaires lorsqu’une infection est diagnostiquée.
Chaque stratégie a un rôle précis. La PrEP protège très efficacement contre le VIH, mais elle ne prévient ni la chlamydiose, ni la gonorrhée, ni la syphilis. La vaccination contre le HPV réduit le risque de certains cancers, sans agir sur les autres infections.
Dans ce dispositif à plusieurs niveaux, le préservatif reste le seul outil capable de protéger à la fois contre la majorité des IST… et une grossesse non prévue !
Alors, comme les sportifs engagés aux JO, sortez couverts… même si le soleil brille !!
À SAVOIR
Depuis le 1er septembre 2024, le dispositif “Mon Test IST” permet à tous les jeunes de moins de 26 ans de bénéficier d’un dépistage complet (VIH, chlamydiose, gonorrhée, syphilis et hépatite B) gratuitement et sans ordonnance en laboratoire de biologie médicale.







