
Des milliers de cancers seraient passés sous les radars pendant la pandémie de Covid-19. Selon une étude internationale coordonnée par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et publiée le 1er juin 2026 dans la revue médicale The Lancet Oncology, 55000 cancers n’auraient pas été diagnostiqués dans sept pays à hauts revenus entre avril et décembre 2020, à cause des confinements, des perturbations des soins et de l’arrêt de certains dépistages.
Pendant des mois, toute l’attention des systèmes de santé était tournée vers le Covid-19. Les services hospitaliers débordaient, les consultations non urgentes étaient reportées et des millions de personnes restaient chez elles, parfois même lorsqu’elles présentaient des symptômes inquiétants. Et derrière la crise sanitaire visible, une autre vague semble avoir progressé dans l’ombre.
Selon une étude internationale publiée le 1er juin 2026 dans la revue médicale The Lancet Oncology et coordonnée par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de Lyon, environ 55 000 cancers n’auraient pas été diagnostiqués dans sept pays à hauts revenus entre avril et décembre 2020 à cause des perturbations provoquées par la pandémie. Les chercheurs ont analysé les données de plus de 2,6 millions de patients issues de registres nationaux des cancers dans plusieurs pays occidentaux. Et durant les premiers mois du Covid, de nombreux cancers ont littéralement disparu des statistiques… sans avoir disparu de la réalité.
Pendant la pandémie, des milliers de cancers sont passés sous les radars
Cancers : une chute brutale des diagnostics pendant les confinements
L’étude montre qu’entre avril et décembre 2020, le nombre de nouveaux cancers diagnostiqués a chuté d’environ 16 % par rapport aux niveaux attendus. Concrètement, cela signifie qu’un grand nombre de patients n’ont pas été repérés à temps. Les chercheurs parlent ici de « cancers non diagnostiqués », et non de cancers évités. Les tumeurs existaient bel et bien, mais elles n’ont simplement pas été détectées au moment où elles auraient dû l’être. Plusieurs facteurs expliquent cette baisse spectaculaire :
- la suspension temporaire de certains programmes de dépistage ;
- les consultations médicales annulées ou repoussées ;
- les difficultés d’accès aux soins ;
- la peur des patients de se rendre à l’hôpital pendant l’épidémie ;
- la saturation des établissements de santé.
Durant le premier confinement notamment, de nombreuses personnes ont préféré attendre avant de consulter pour une douleur inhabituelle, une fatigue persistante ou une grosseur suspecte. Certaines craignaient d’attraper le Covid à l’hôpital. D’autres avaient le sentiment de « déranger » un système déjà sous tension.
Les cancers de la prostate et du sein particulièrement touchés
Tous les cancers n’ont pas été affectés de la même manière. Selon les auteurs de l’étude, les plus fortes baisses de diagnostics concernent :
- le cancer de la prostate (-24 %) ;
- le cancer du sein (-18 %) ;
- le mélanome, une forme de cancer de la peau (-18 %).
Ce n’est pas un hasard. Ces cancers reposent souvent sur un dépistage ou des consultations programmées. Or, pendant la pandémie, beaucoup d’examens de routine ont été retardés. Dans le cas du cancer du sein, par exemple, de nombreuses mammographies ont été annulées ou décalées. Selon Santé publique France, le programme national de dépistage organisé du cancer du sein avait déjà enregistré une chute importante de participation lors du premier confinement de 2020.
Même logique pour le cancer de la prostate. Une partie des diagnostics repose sur des bilans médicaux réguliers ou des consultations chez le médecin généraliste, qui ont été moins fréquentes durant cette période.
Des retards qui peuvent changer l’évolution d’un cancer
Dans le cancer, quelques mois peuvent parfois faire une énorme différence. Lorsqu’une tumeur est détectée tôt, elle est souvent plus petite, moins agressive et encore localisée à une seule partie du corps. Les traitements peuvent alors être plus simples, moins lourds et surtout plus efficaces, avec davantage de chances de guérison.
À l’inverse, lorsqu’un cancer n’est pas diagnostiqué rapidement, il continue d’évoluer silencieusement. Pendant ce temps, la tumeur peut grossir, atteindre des organes voisins ou provoquer des métastases, c’est-à-dire des cellules cancéreuses qui se disséminent dans d’autres parties du corps. La prise en charge devient alors plus complexe et les chances de survie peuvent diminuer.
Les conséquences des retards provoqués par la pandémie ne se voient pas forcément immédiatement. Elles peuvent apparaître plusieurs années plus tard, avec davantage de cancers découverts à un stade avancé, nécessitant des traitements plus lourds comme des chimiothérapies intensives ou des interventions chirurgicales plus importantes. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), basé à Lyon, rappelle régulièrement que le dépistage précoce reste l’un des moyens les plus efficaces pour réduire la mortalité de plusieurs cancers fréquents, notamment ceux du sein, du côlon ou du col de l’utérus.
Retard de diagnostic : la France également concernée
Selon Santé publique France, le nombre de nouveaux cancers diagnostiqués a nettement diminué en 2020 par rapport aux niveaux attendus. Le recul était particulièrement marqué pendant le premier confinement. Les autorités sanitaires françaises avaient également observé une forte baisse des actes de dépistage :
- mammographies ;
- coloscopies ;
- frottis ;
- consultations spécialisées.
L’Institut national du cancer (INCa) avait d’ailleurs alerté dès 2020 sur le risque d’un « effet retard » lié à l’interruption partielle des parcours de soins. Depuis, les campagnes de dépistage ont repris et les établissements de santé ont tenté de rattraper une partie du retard accumulé. Mais certains spécialistes craignent encore que tous les patients concernés n’aient pas été retrouvés à temps.
À SAVOIR
En France, près de 142 000 cancers diagnostiqués chaque année pourraient théoriquement être évités. Selon une étude de Santé publique France publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, environ 41 % des cancers chez les adultes sont liés à des facteurs de risque modifiables comme le tabac, l’alcool, l’alimentation déséquilibrée, le surpoids ou le manque d’activité physique.







