Une femme souffrant d’obésité qui bénéficie du remboursement des nouveaux traitements Wegovy et Mounjaro par la Sécurité sociale.
Aujourd'hui, l'obésité est un enjeu majeur de santé publique. ©. Magnific

Ce jeudi 28 mai 2026, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a annoncé que les traitements anti-obésité Wegovy et Mounjaro seraient bientôt remboursés à 65 % par l’Assurance maladie en France. Une décision très attendue, qui pourrait entrer en vigueur dès le 15 juin, mais uniquement pour certains patients souffrant d’obésité sévère et dans un cadre médical particulièrement strict.

Depuis plusieurs mois, ils alimentent les conversations sur TikTok, les plateaux télé et les congrès médicaux. Les médicaments Wegovy et Mounjaro, déjà utilisés dans plusieurs pays pour aider à perdre du poids, s’apprêtent désormais à franchir le cap symbolique en France du remboursement par la Sécurité sociale.

L’annonce a été faite ce jeudi 28 mai 2026 par la ministre de la Santé Stéphanie Rist. Selon les informations communiquées par le ministère, ces traitements seront pris en charge à hauteur de 65 % par l’Assurance maladie, dès le 15 juin prochain. 

Une première en France pour cette nouvelle génération de médicaments anti-obésité, souvent présentés comme une petite révolution thérapeutique… mais aussi comme un casse-tête économique et éthique.

Car derrière l’effet “médicament miracle” parfois entretenu sur les réseaux sociaux, ces traitements restent destinés à des patients précis, souffrant d’obésité sévère, et nécessitent un suivi médical étroit. Le gouvernement promet donc un accès “encadré”, loin d’une banalisation du recours à ces injections amaigrissantes.

Jusqu’ici, les Français souhaitant utiliser Wegovy ou Mounjaro devaient généralement payer eux-mêmes leur traitement. Un coût qui s’élève à environ 300 euros par mois selon les tarifs actuellement pratiqués.

Avec ce remboursement, l’exécutif assume un changement de stratégie dans la lutte contre l’obésité, une maladie chronique qui touche une part croissante de la population française.

Selon Santé publique France et l’étude ObEpi-Roche publiée en 2024, près d’un adulte français sur deux est aujourd’hui en situation de surpoids ou d’obésité. Environ 17 % des adultes souffrent d’obésité, contre seulement 8,5 % en 1997. Une progression spectaculaire en moins de trente ans.

Wegovy et Mounjaro, comment fonctionnent-ils exactement ?

Ces deux médicaments appartiennent à une nouvelle génération de traitements agissant sur les hormones de la satiété.

Le Wegovy, développé par le laboratoire danois Novo Nordisk, contient du sémaglutide, un analogue du GLP-1. Cette hormone naturellement produite par l’intestin envoie au cerveau un signal de satiété après les repas. Les patients ressentent donc moins la faim, mangent moins et perdent du poids progressivement.

Le Mounjaro, produit par le laboratoire américain Eli Lilly, va encore plus loin. Il agit à la fois sur le GLP-1 et sur une autre hormone appelée GIP. Ce double mécanisme semble permettre une perte de poids parfois encore plus importante.

Dans plusieurs essais cliniques internationaux publiés dans le New England Journal of Medicine entre 2021 et 2024, certains patients ont perdu jusqu’à 15 à 20 % de leur poids initial avec ces traitements, lorsqu’ils étaient associés à une alimentation adaptée et à une activité physique.

Tout le monde ne pourra pas en bénéficier

Ces médicaments ne seront pas accessibles à tous les patients souhaitant simplement perdre quelques kilos avant l’été. Le ministère de la Santé prévoit un remboursement réservé aux personnes souffrant d’obésité sévère ou massive :

  • avec un IMC supérieur ou égal à 40 ;
  • ou un IMC supérieur ou égal à 35 associé à des complications médicales comme le diabète ou l’hypertension.

L’objectif est d’éviter les dérives observées dans certains pays où ces traitements ont parfois été utilisés de manière massive à des fins purement esthétiques.

Le parcours de prescription sera également très encadré. Selon les informations communiquées par les autorités sanitaires, les premières prescriptions devraient être réalisées dans des centres spécialisés de l’obésité ou par des médecins spécifiquement formés.

Cette prudence s’explique aussi par les effets secondaires possibles. Nausées, vomissements, troubles digestifs, fatigue… L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) rappelle que ces traitements nécessitent une surveillance médicale régulière.

Wegovy, Mounjaro : pourquoi la Sécurité sociale veut-elle rembourser les traitements contre l’obésité ?

Le gouvernement défend ce remboursement en considérant désormais l’obésité comme une véritable maladie chronique, et non comme un simple problème de volonté ou d’alimentation. Selon l’Inserm et la Haute Autorité de santé (HAS), l’obésité augmente fortement les risques de 

  • diabète de type 2, 
  • infarctus, 
  • AVC, 
  • apnée du sommeil,
  • certains cancers. 

L’idée est donc de mieux traiter les patients les plus sévèrement touchés pour éviter, à long terme, des complications médicales lourdes et coûteuses pour l’Assurance maladie.

Les autorités espèrent aussi réduire les inégalités d’accès à ces traitements, jusque-là réservés aux patients capables de payer plusieurs centaines d’euros par mois.

Selon les estimations évoquées par le gouvernement, le remboursement de Wegovy et Mounjaro pourrait représenter environ 100 millions d’euros par an pour l’Assurance maladie.

Une somme importante, même si certains spécialistes estiment qu’une meilleure prise en charge de l’obésité pourrait, à long terme, réduire les dépenses liées aux complications du diabète ou des maladies cardiovasculaires.

La Haute Autorité de santé (HAS) considère d’ailleurs depuis plusieurs années l’obésité comme une maladie chronique complexe nécessitant une prise en charge globale et durable.

Mais certains experts mettent aussi en garde contre une vision trop simpliste du problème. Car ces médicaments ne remplacent ni le suivi nutritionnel, ni l’activité physique, ni l’accompagnement psychologique souvent nécessaire chez les patients souffrant d’obésité sévère.

Et surtout, les effets semblent parfois s’estomper après l’arrêt du traitement. Plusieurs études montrent qu’une partie du poids perdu peut être reprise lorsque les injections sont interrompues.

Avec cette décision, la France rejoint progressivement le cercle encore restreint des pays européens ayant choisi d’intégrer ces nouveaux traitements dans leur système de remboursement.

Une manière aussi, pour le gouvernement, de reconnaître que l’obésité reste encore insuffisamment prise en charge médicalement en France.

Longtemps réduite à une question de volonté individuelle, cette maladie chronique est aujourd’hui mieux comprise par la recherche. Les spécialistes parlent désormais d’un phénomène multifactoriel mêlant génétique, environnement, alimentation ultra-transformée, sédentarité, sommeil ou encore précarité sociale.

À SAVOIR 

Les nouveaux traitements anti-obésité comme le Wegovy ou le Mounjaro sont très encadrés en France, notamment à cause des précédents scandales liés à certains anciens coupe-faim. Dans les années 1990, le médicament Isoméride, largement prescrit contre l’obésité, avait été retiré du marché après la découverte de graves complications cardiaques chez certains patients. 

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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