Un jeune homme qui consulte un médecin pour une infection après des rapports sexuels.
Les chercheurs ont identifié 9 cas à Barcelone entre décembre 2025 et mars 2026, ainsi que 9 autres cas en France, principalement à Lyon avec des liens vers Paris, entre décembre 2025 et février 2026. © Magnific

Une infection cutanée bactérienne jusque-là surtout observée chez les animaux pourrait désormais se transmettre lors de rapports sexuels entre humains. Depuis fin 2025, plusieurs cas de dermatophilose humaine ont été identifiés à Barcelone, mais aussi à Paris et Lyon, chez des hommes ayant eu des contacts intimes rapprochés. 

Pendant longtemps, la dermatophilose est restée une maladie presque exclusivement vétérinaire. Bovins, chevaux, moutons… Cette infection bactérienne de la peau était surtout connue des éleveurs et des vétérinaires. 

Pourtant, depuis plusieurs mois, des infectiologues espagnols observent des cas humains regroupés, survenus après des rapports sexuels rapprochés.

L’alerte a été lancée par les équipes de l’hôpital universitaire Vall d’Hebron, à Barcelone. Dans une étude publiée le 30 avril 2026 dans la revue scientifique Emerging Infectious Diseases des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), les chercheurs décrivent plusieurs patients présentant des lésions cutanées inhabituelles liées à une bactérie du genre Dermatophilus. 

Or, les patients concernés n’avaient aucun contact avec des animaux infectés, principale voie de transmission connue jusqu’ici. Plus surprenant encore, plusieurs cas semblaient reliés par des réseaux de contacts sexuels entre Barcelone, Paris et Lyon.

Une bactérie habituellement animale

La bactérie Dermatophilus congolensis est connue depuis plus d’un siècle. Elle provoque une infection appelée dermatophilose, caractérisée par des lésions de la peau, des croûtes épaisses, des pustules ou des plaques inflammatoires. Chez les animaux, elle apparaît surtout dans des contextes humides ou après des microblessures cutanées.

Chez l’humain, les cas restent extrêmement rares. Selon les données recensées dans la littérature scientifique internationale, seules quelques dizaines d’infections humaines avaient été décrites dans le monde avant ces nouveaux signalements européens.

Traditionnellement, les contaminations humaines surviennent après un contact direct avec des animaux infectés ou des environnements agricoles. C’est précisément ce qui rend les cas récents si atypiques.

« Tous les patients rapportaient des contacts sexuels récents ou fréquentaient des lieux de rencontres sexuelles », détaillent les auteurs espagnols dans leur publication scientifique. Plusieurs hommes présentaient des lésions situées dans les zones génitales, anales ou sur les parties du corps exposées lors des rapports.

Barcelone, puis Paris et Lyon : une nouvelle IST émergente ? 

Le premier foyer identifié remonte à décembre 2025 à Barcelone. Les infectiologues espagnols ont rapidement remarqué des similitudes entre plusieurs patients : 

  • profils comparables, 
  • symptômes proches,
  • fréquentation de lieux de rencontres sexuelles.

Les chercheurs ont ensuite procédé à un séquençage génétique des bactéries retrouvées chez les patients. Les souches apparaissaient extrêmement proches les unes des autres, suggérant une transmission récente entre humains plutôt qu’une série de contaminations indépendantes via des animaux.

Dans les semaines suivantes, des cas similaires auraient également été identifiés à Paris et Lyon, dans des réseaux de contacts reliés à ceux observés en Espagne.

Pour les spécialistes, il ne s’agit toutefois pas encore d’une “nouvelle IST” au sens classique du terme.

Pas une nouvelle épidémie sexuelle… mais un signal surveillé de près

Depuis l’épidémie de Mpox en 2022, aussi appelée variole du singe, les infectiologues européens surveillent de très près les infections inhabituelles circulant dans certains réseaux sexuels. 

Cette vigilance renforcée permet aujourd’hui de détecter beaucoup plus rapidement des événements rares qui seraient peut-être passés inaperçus auparavant. Les chercheurs espagnols restent donc prudents. À ce stade, ils parlent surtout d’une possible transmission interhumaine favorisée par les contacts cutanés intimes prolongés.

Car contrairement à des infections comme le VIH ou la syphilis, la dermatophilose n’est pas considérée officiellement comme une infection sexuellement transmissible au sens médical strict.

La bactérie semble surtout profiter :

  • des frottements cutanés ;
  • de petites lésions de la peau ;
  • d’un contact physique rapproché et prolongé ;
  • parfois d’une fragilité immunitaire.

Autrement dit, le rapport sexuel pourrait surtout constituer un contexte favorable à la transmission, sans que le mécanisme soit forcément identique à celui des IST classiques.

Les lésions observées chez les patients décrits dans l’étude peuvent être particulièrement impressionnantes visuellement, même si les formes graves restent rares.

Les symptômes signalés comprennent :

  • des pustules ;
  • des croûtes épaisses ;
  • des plaques inflammatoires ;
  • des ulcérations superficielles ;
  • des douleurs cutanées localisées.

Chez certains patients, les médecins ont d’abord suspecté une Mpox, une syphilis ou un herpès. Ce n’est qu’après analyses microbiologiques que la bactérie Dermatophilus a été identifiée.

Cette difficulté diagnostique explique aussi pourquoi les chercheurs craignent que certains cas passent actuellement sous les radars.

À ce stade, aucun organisme sanitaire français n’a émis d’alerte nationale concernant cette bactérie. Santé publique France n’a pas signalé d’augmentation massive des infections ni de circulation généralisée sur le territoire.

On est donc loin d’une nouvelle pandémie ou d’une flambée comparable à celle de certaines IST classiques. Mais cette situation illustre la capacité des bactéries et virus à modifier progressivement leurs modes de circulation lorsque les conditions deviennent favorables.

L’OMS rappelle régulièrement que les agents infectieux évoluent constamment, notamment dans leurs travaux sur les zoonoses, ces maladies capables de passer de l’animal à l’humain.

Pour l’instant, les spécialistes appellent surtout à la vigilance clinique, pas à l’inquiétude. Les médecins recommandent simplement de consulter rapidement en cas de lésions cutanées inhabituelles après un contact intime, surtout si elles persistent, deviennent douloureuses ou s’accompagnent de fièvre.

Les gestes de prévention restent classiques :

  • éviter les rapports en présence de lésions suspectes ;
  • utiliser des préservatifs ;
  • consulter rapidement un professionnel de santé ;
  • prévenir ses partenaires récents en cas de diagnostic confirmé.

Dans la majorité des cas décrits, les patients ont répondu favorablement aux traitements antibiotiques.

À SAVOIR 

La bactérie Dermatophilus congolensis a été décrite au début du XXe siècle en Afrique centrale. Pendant des décennies, elle a surtout été étudiée en médecine vétérinaire tropicale, car elle peut provoquer d’importantes pertes économiques dans les élevages bovins des régions humides. 

Inscrivez-vous à notre newsletter
Ma Santé

Article précédentCancer du col de l’utérus : ces femmes qui restent à l’écart du dépistage
Article suivantWegovy, Mounjaro… la Sécurité sociale va rembourser ces nouveaux médicaments anti-obésité
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici