Une bonbonne XXL de protoxyde d’azote utilisée par des jeunes lors d’une soirée.
La consommation de gaz hilarant affecte les plus jeunes, dès le collège et le lycée. © Depositphotos

Moins d’alcool, moins de cannabis, mais davantage de protoxyde d’azote. Le Baromètre des addictions Ipsos BVA/Macif 2026 révèle une profonde mutation des comportements addictifs des 16-30 ans. Malgré une forte conscience des dangers, cette substance, détournée de son usage alimentaire, s’installe durablement dans les pratiques festives.

Les discours sur les addictions des jeunes se sont concentrés sur l’alcool, le tabac ou le cannabis. Aujourd’hui, les habitudes évoluent. Les substances consommées changent, les usages se transforment et de nouveaux comportements apparaissent.

Publiée le 19 juin 2026, la sixième édition du Baromètre des addictions Ipsos BVA/Macif, réalisée auprès de 3 500 Français âgés de 16 à 30 ans entre le 23 avril et le 15 mai 2026, dessine les contours d’une génération aux usages addictifs en profonde évolution. Réalisée auprès de 3 500 Français âgés de 16 à 30 ans entre le 23 avril et le 15 mai 2026, cette enquête révèle une baisse progressive des consommations régulières d’alcool et de cannabis depuis 2021. Mais elle met aussi en évidence l’installation durable du protoxyde d’azote dans les pratiques festives des jeunes.

Le constat est contrasté. D’un côté, certains indicateurs sont encourageants. De l’autre, une nouvelle substance gagne du terrain, portée par une image de produit accessible, légal et souvent perçu comme moins dangereux que les drogues traditionnelles : le protoxyde d’azote. Déjà expérimentée par 12 % des jeunes, cette substance séduit par son faible coût, sa facilité d’accès et son image de produit légal. 

L’alcool reste en tête, mais les habitudes changent

L’alcool demeure la substance psychoactive la plus consommée chez les jeunes Français. Toutefois, son usage régulier recule. En 2026, 45 % des 16-30 ans déclarent consommer régulièrement de l’alcool, contre 50 % en 2021. Parmi eux, 26 % disent boire de façon hebdomadaire ou quotidienne. Cette baisse s’observe particulièrement chez les plus jeunes. Seuls 37 % des 16-19 ans déclarent une consommation régulière, contre 52 % des 25-30 ans. Les hommes restent davantage consommateurs que les femmes, avec respectivement 50 % et 40 % d’usagers réguliers.

Ces résultats confirment une tendance déjà observée par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). Depuis plusieurs années, les jeunes générations entretiennent un rapport différent à l’alcool, davantage marqué par des consommations occasionnelles que par des habitudes régulières. Recherche de bien-être, attention portée à la santé mentale, influence des réseaux sociaux ou encore évolution des modes de sociabilité… Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette transformation.

Le cannabis recule lui aussi

Le cannabis suit la même trajectoire. La part des consommateurs réguliers est passée de 10 % en 2021 à 8 % en 2026. Deux jeunes sur trois déclarent désormais n’en avoir jamais consommé. Là encore, les profils les plus exposés restent relativement identifiés. Les hommes consomment deux fois plus que les femmes. Les jeunes actifs, les parents et les personnes vivant en colocation affichent également des niveaux de consommation supérieurs à la moyenne.

Pour autant, le cannabis demeure la troisième substance psychoactive la plus consommée chez les jeunes Français. Selon l’OFDT, la France reste l’un des pays européens où l’expérimentation du cannabis est la plus fréquente chez les jeunes adultes.

Protoxyde d’azote : mais c’est quoi le proto ? 

Le protoxyde d’azote, aussi appelé « gaz hilarant », est un gaz utilisé depuis longtemps en médecine pour ses propriétés analgésiques et sédatives, notamment en dentisterie. On le retrouve aussi dans le commerce, sous forme de cartouches destinées aux siphons à chantilly.

Depuis plusieurs années, son usage détourné s’est répandu chez les adolescents et les jeunes adultes. Pour le consommer, les utilisateurs transfèrent généralement le gaz contenu dans les cartouches dans un ballon de baudruche avant de l’inhaler. Les effets, presque immédiats, sont brefs : 

  • sensation d’euphorie,
  • fous rires,
  • impression de légèreté, 
  • désinhibition,
  • modification de la perception.

Une drogue en vogue chez les jeunes

C’est le principal enseignement de cette édition 2026. Pour la première fois, le baromètre s’est intéressé spécifiquement au protoxyde d’azote, plus connu sous le nom de « gaz hilarant ». Selon l’étude, 12 % des jeunes âgés de 16 à 30 ans déclarent avoir déjà consommé du protoxyde d’azote. Parmi eux, 3 % en font un usage régulier. Un chiffre qui dépasse désormais la prévalence de certaines drogues dites « dures », comme la cocaïne ou l’héroïne. 

Le plus souvent, cette consommation reste associée à un contexte festif. Près de trois quarts des consommateurs disent y avoir recours lors de soirées entre amis. Mais le phénomène dépasse désormais ce seul cadre. Plus d’un tiers des consommateurs déclarent aussi en prendre seuls à leur domicile. Les motivations évoquées sont variées :

  • 42 % consomment « juste pour s’amuser » ;
  • 21 % disent rechercher un effet relaxant ;
  • 21 % évoquent un besoin de déstresser ;
  • 20 % souhaitent « se laisser aller ».

Une substance légale, mais loin d’être anodine

Parce qu’il est vendu légalement et que ses effets sont brefs, le protoxyde d’azote souffre encore d’une image trompeuse. Pourtant, les autorités sanitaires alertent depuis plusieurs années sur les dangers liés à son usage détourné. Selon l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et Santé publique France, une consommation répétée peut entraîner des troubles neurologiques graves, des atteintes de la moelle épinière, des carences sévères en vitamine B12, des troubles psychiatriques ou encore des accidents liés aux pertes de connaissance.

Le baromètre met en évidence des conséquences déjà visibles chez certains consommateurs. Une personne sur deux ayant déjà consommé du protoxyde d’azote déclare avoir perdu le contrôle au moins une fois sous son effet. Parmi eux, 14 % rapportent plus de dix épisodes de perte de contrôle. Par ailleurs, 35 % des consommateurs disent ressentir davantage d’émotions négatives au quotidien. D’autres évoquent des difficultés scolaires ou professionnelles, des problèmes financiers ou un isolement social.

Les jeunes connaissent les risques, mais continuent à se mettre en danger

Contrairement à certaines idées reçues, les jeunes ne considèrent pas le protoxyde d’azote comme un produit anodin. Ils lui attribuent une note moyenne de dangerosité de 8,7 sur 10. Plus des deux tiers lui donnent même une note comprise entre 9 et 10 sur 10. Au total, 81 % reconnaissent que cette substance altère les capacités à conduire ou à se déplacer en sécurité. Et pourtant, les comportements à risque restent fréquents.

Parmi les consommateurs de protoxyde d’azote, 34 % déclarent avoir déjà conduit une voiture après en avoir consommé. Ils sont également 32 % à avoir utilisé une trottinette, un scooter ou une moto, et 30 % à avoir circulé à vélo. Plus largement, 56 % des jeunes disent avoir déjà été témoins d’une conduite sous l’emprise de l’alcool, 27 % sous cannabis et 10 % sous protoxyde d’azote. Selon les spécialistes des addictions, ce décalage entre la connaissance des risques et les comportements adoptés s’explique notamment par l’influence du groupe, la recherche de sensations fortes et la sous-estimation des conséquences immédiates.

Au-delà des substances psychoactives, le baromètre met aussi en lumière l’essor des usages numériques intensifs. En 2026, 41 % des jeunes passent au moins six heures par jour devant des écrans interactifs. Près des trois quarts déclarent avoir déjà eu le sentiment de perdre le contrôle de leur utilisation. Le paysage des addictions chez les jeunes ne s’allège donc pas forcément : il se recompose.

Si le recul de l’alcool et du cannabis constitue une évolution encourageante, l’essor du protoxyde d’azote montre à quel point les usages peuvent évoluer rapidement. Pour les professionnels de santé, l’enjeu est désormais double : mieux informer sur les risques réels de ces nouvelles pratiques et adapter les stratégies de prévention à des comportements en perpétuelle mutation.

À SAVOIR 

Le protoxyde d’azote est désormais encadré par la loi en France. Depuis 2021, la vente ou l’offre de ce produit aux mineurs est interdite, tout comme sa vente dans les débits de boissons, les bureaux de tabac ou les stations-service. La loi interdit également la vente de quantités manifestement destinées à un usage détourné. Malgré cet encadrement, 66 % des jeunes estiment qu’il reste facile de s’en procurer, selon le Baromètre des addictions Ipsos BVA/Macif 2026.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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