En Australie, des mesures ont été prises afin de rendre les produits nicotinés moins facilement accessibles à la population. Le gouvernement espérait qu’avec de telles lois, la consommation de nicotine allait baisser. Mais selon une étude, elle a au contraire explosé avec quasiment +40% en dix ans.
Des lois de plus en plus restrictives sur les produits nicotinés en Australie
L’Australie a beau cultiver une image cool dans l’esprit collectif, ses lois sur les produits contenant de la nicotine sont particulièrement strictes. Depuis plus d’une décennie, les autorités australiennes ont multiplié les mesures destinées à réduire la consommation de nicotine. Parmi ces mesures figurent l’augmentation régulière des taxes sur le tabac. Le prix des cigarettes a particulièrement augmenté ces dix dernières années, avec un tarif multiplié par trois. Aujourd’hui, l’Australie fait partie des pays où les cigarettes sont les plus chères au monde. Pour un paquet de 25 cigarettes, le prix peut dépasser 50 dollars australiens dans certaines régions du pays.
Parallèlement, le gouvernement australien a adopté une approche très restrictive concernant les cigarettes électroniques contenant de la nicotine puisque les vapoteurs doivent obtenir une ordonnance pour acheter une cigarette électronique pas chère en vente en pharmacie. En effet, les boutiques spécialisées dans le vapotage, appelés vapeshops, ont été fermés afin de contrôler les possibilités d’achat des produits pour la vape.
L’objectif affiché par les autorités était de réduire l’attractivité du tabac du fait d’une augmentation très forte de son prix, mais aussi de rendre plus difficile l’accès à la vape aux jeunes, qui vapotent de plus en plus partout dans le monde.
L’étude de l’ABS révèle une augmentation importante de la consommation réelle de nicotine
En juin 2026, l’Australian Bureau of Statistics (ABS) a publié une analyse expérimentale sur la consommation de tabac et de nicotine en Australie. Contrairement aux enquêtes traditionnelles reposant sur les déclarations des consommateurs, cette étude s’appuie sur l’analyse des métabolites de la nicotine détectés dans les eaux usées. Cette méthode permet d’estimer la quantité réelle de nicotine consommée par la population, qui est rejetée via les urines.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les résultats ont surpris de nombreux spécialistes ! Alors que les statistiques officielles montrent une baisse continue du tabagisme déclaré, les données de l’ABS indiquent que la quantité totale de nicotine consommée en Australie a augmenté d’environ 40% entre 2017 et 2025. Cette hausse est largement supérieure à la croissance démographique du pays, qui n’a progressé que d’environ 14% sur la même période. Cette hausse du taux de nicotine relevé dans les urines ne provient donc pas d’un accroissement de la population, mais bel et bien d’une augmentation de la consommation de produits nicotinés.
La consommation de nicotine en Australie est de plus en plus alimentée par des produits illicites
L’étude révèle également une transformation profonde du marché de produits à la nicotine en Australie. En 2017, les produits illicites représentaient environ 12% de la nicotine consommée en Australie. En 2025, cette proportion aurait atteint près de 80%. Autrement dit, 4 produits sur 5 proviendraient désormais de circuits illégaux.
Pourquoi une telle adoption en masse du marché noir ? Tout simplement parce que les produits légaux sont soit trop chers, soit trop difficiles à acheter. Le tabac dont la vente est contrôlée par l’État est devenu si cher que les fumeurs ont décidé de se tourner vers du tabac illicite, beaucoup plus abordable. Pour les fumeurs qui veulent utiliser la cigarette électronique pour arrêter le tabac, l’achat de cigarettes électroniques et d’e-liquides de contrefaçon est souvent plus simple et plus économique que de passer par un médecin pour obtenir une ordonnance puis aller en pharmacie pour acheter les produits prescrits.
Cette analyse met en évidence un défi majeur pour les autorités australiennes. Si les politiques de santé publique ont permis de réduire les achats légaux de tabac, elles n’ont pas empêché la progression de la consommation de nicotine provenant de sources illicites. L’ABS estime que ces nouvelles données pourront aider les décideurs à mieux comprendre l’évolution du marché et à adapter les futures politiques de lutte contre le tabagisme et la dépendance à la nicotine.
Quelles solutions pour réduire la consommation de nicotine en Australie ?
Face à ces constats, plusieurs pistes sont évoquées par les autorités sanitaires en Australie. La première piste consiste à renforcer la lutte contre les réseaux criminels impliqués dans la contrebande de tabac et de produits de vapotage. Le gouvernement australien a déjà intensifié les saisies douanières et les opérations policières contre les circuits illégaux. Toutefois, certains experts estiment que les volumes concernés sont désormais trop importants pour être résolus uniquement par la répression.
Une autre approche consisterait à revoir la fiscalité du tabac puisque l’écart de prix entre les produits légaux et les produits de contrebande est devenu tellement important qu’il favorise mécaniquement le marché noir. Une réduction ou un gel temporaire des taxes pourrait limiter l’attractivité économique des circuits illégaux. Cette option reste néanmoins controversée car elle pourrait également encourager la consommation de produits légaux, ce qui n’est évidemment par le but. L’objectif pour l’Australie est de rendre sa population de moins en moins dépendante à la nicotine, celle-ci étant très addictive.
Certains spécialistes plaident pour une politique de réduction des risques davantage centrée sur les alternatives moins nocives. Dans cette optique, les cigarettes électroniques réglementées pourraient être rendues plus accessibles aux adultes fumeurs tout en conservant des mesures strictes pour empêcher leur accès des mineurs. La communication et la prévention sont essentielles dans la lutte contre les produits issus du marché noir. De nombreux Australiens ignorent les risques liés aux produits illicites, dont la composition n’est pas contrôlée. Une meilleure sensibilisation pourrait réduire l’attrait de ces produits et encourager les consommateurs à se tourner vers des solutions encadrées médicalement.
Enfin, les données issues des eaux usées montrent l’intérêt d’une surveillance continue et indépendante de la consommation réelle de nicotine. En suivant régulièrement l’évolution des métabolites de nicotine dans la population, les autorités disposeront d’indicateurs plus précis pour évaluer l’efficacité de leurs politiques et ajuster leurs stratégies.
Les chiffres publiés par l’ABS constituent un signal d’alerte majeur pour l’Australie, où la consommation globale de nicotine a progressé de manière importante. Pour les autorités australiennes, le défi des prochaines années sera donc de réduire cette consommation tout en limitant l’expansion d’un marché noir qui semble aujourd’hui avoir atteint une ampleur sans précédent.
À SAVOIR
Cet article n’a pas été rédigé par la rédaction de Ma Santé.








