Parents accros sur leur téléphone : les enfants seraient plus à risque de troubles de l’attachement

le 6 juillet 2026 à 15h46
Une mère accro à son téléphone qui ne prête même pas attention à sa fille à ses côtés.
Regarder trop souvent son smartphone en présence de son adolescent pourrait avoir des répercussions sur son développement affectif. © Magnific
Consulter son téléphone pendant une conversation, un repas ou un moment partagé... Une étude américaine suggère que les adolescents qui perçoivent leurs parents comme souvent absorbés par leur smartphone présentent plus fréquemment un attachement insécure, un profil associé à davantage d'anxiété relationnelle et de difficultés dans les relations avec les autres. 
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Prolongement de notre bras, le smartphone s’est imposé dans tous les aspects de notre quotidien. En France, plus de neuf personnes sur dix possèdent aujourd’hui un téléphone mobile et une large majorité utilise un smartphone, selon l’Autorité de régulation des communications électroniques (Arcep). Si les effets des écrans sur les enfants et les adolescents font régulièrement l’objet de débats, une autre question intéresse de plus en plus les chercheurs : que se passe-t-il lorsque ce sont les parents qui ont les yeux rivés sur leur téléphone ?

Les spécialistes du développement de l’enfant rappellent que les interactions quotidiennes comme un regard, une réponse, une écoute attentive ou un simple sourire, jouent un rôle essentiel dans la construction des liens affectifs. C’est précisément ce que vient explorer une étude publiée dans Science et Vie. Ses résultats suggèrent que la manière dont les adolescents perçoivent l’utilisation du smartphone par leurs parents pourrait influencer leur sentiment de sécurité dans la relation familiale.

Une étude menée auprès de 600 adolescents

Les chercheurs ont interrogé 600 adolescents américains âgés de 12 à 17 ans. Les participants ont répondu à plusieurs questionnaires portant notamment sur leur perception de l’utilisation du smartphone par leurs parents, leur qualité d’attachement ainsi que certains traits psychologiques.

L’objectif n’était pas de mesurer le temps d’écran réel des parents, mais la façon dont celui-ci était vécu par les adolescents. En d’autres termes, les chercheurs se sont intéressés au ressenti des jeunes : avaient-ils l’impression que leurs parents étaient souvent distraits par leur téléphone lorsqu’ils échangeaient avec eux ? Les résultats montrent que plus les adolescents percevaient leurs parents comme absorbés par leur smartphone, plus ils présentaient fréquemment un style d’attachement insécure, qu’il soit anxieux ou évitant.

Pourquoi le smartphone des parents pourrait-il fragiliser la relation avec leur adolescent ?

Qu’est-ce qu’un attachement insécure ?

La théorie de l’attachement, élaborée par le psychiatre britannique John Bowlby puis enrichie par la psychologue Mary Ainsworth, décrit la manière dont les liens affectifs précoces influencent les relations tout au long de la vie. Lorsque les figures parentales répondent de façon stable, chaleureuse et prévisible aux besoins de l’enfant, celui-ci développe généralement un attachement sécurisé. Il apprend progressivement que ses proches sont disponibles lorsqu’il en a besoin, ce qui favorise la confiance en soi et dans les autres. À l’inverse, un attachement insécure peut se développer lorsque les réponses de l’entourage sont perçues comme irrégulières, imprévisibles ou peu disponibles. Chez l’adolescent, cela peut se traduire par deux profils principaux :

  • un attachement anxieux, avec une forte peur du rejet ou de l’abandon ;
  • un attachement évitant, caractérisé par une tendance à prendre ses distances émotionnelles et à moins faire confiance aux autres.

Ces styles d’attachement ne constituent pas des maladies. Ils correspondent plutôt à des façons d’entrer en relation avec les autres et sont associés, dans de nombreuses études, à un risque plus élevé d’anxiété, de difficultés relationnelles ou de symptômes dépressifs.

Pourquoi le smartphone des parents pourrait-il jouer un rôle ?

Lorsqu’un adolescent tente d’échanger avec son parent mais que celui-ci regarde régulièrement son téléphone, répond à des notifications ou interrompt la conversation pour consulter un écran, il peut avoir le sentiment de ne pas être pleinement écouté. Ce phénomène est parfois désigné par les chercheurs sous le terme de « technoférence » (technoference en anglais), c’est-à-dire les interruptions des interactions familiales provoquées par les appareils numériques.

Au fil du temps, ces micro-interruptions pourraient donner à certains adolescents l’impression que leurs besoins émotionnels passent au second plan. Cette perception serait susceptible d’influencer leur sentiment de sécurité dans la relation avec leurs parents. Les auteurs insistent toutefois sur un point essentiel : il ne s’agit pas de quelques consultations ponctuelles du téléphone, mais d’une impression répétée de disponibilité réduite.

Les interactions quotidiennes restent essentielles

Pour les spécialistes du développement de l’enfant, ce n’est pas tant la présence d’un smartphone qui pose question que la manière dont il s’immisce dans les interactions familiales. La Haute Autorité de santé rappelle que la disponibilité émotionnelle des parents, l’écoute et la qualité des échanges du quotidien sont des piliers du développement affectif et relationnel de l’enfant. Les auteurs de l’étude ne plaident donc pas pour bannir les smartphones de la vie familiale. Ils soulignent plutôt l’importance de préserver des moments où l’enfant ou l’adolescent bénéficie d’une attention pleine et entière. En pratique, cela peut passer par des gestes simples : 

  • lever les yeux de son téléphone lorsqu’un adolescent s’adresse à vous ;
  • accuser réception de sa demande, même si l’on ne peut pas lui répondre immédiatement ;
  • terminer une tâche sur son smartphone avant de reprendre la conversation, en l’expliquant clairement ;
  • préserver des moments sans écran, comme les repas ou certaines activités familiales.

Ces petites marques de disponibilité contribuent à renforcer le sentiment d’être écouté, reconnu et important aux yeux de ses parents, un élément essentiel à la construction d’un attachement sécurisant.

Les parents montrent-ils l’exemple dans leur utilisation des écrans ?

En France, la place des écrans dans la vie familiale est devenue un véritable enjeu de santé publique. En avril 2024, la commission d’experts présidée par la neurologue Servane Mouton et le psychiatre Amine Benyamina a remis au gouvernement un rapport consacré à l’impact des écrans sur les enfants. Les experts y rappellent que les parents ne sont pas seulement chargés d’encadrer le temps d’écran de leurs enfants, ils jouent aussi un rôle de modèle. Les habitudes numériques des adultes, leur manière d’utiliser leur téléphone ou de gérer les moments sans écran participent à façonner les comportements des plus jeunes.

L’étude américaine s’inscrit dans cette réflexion, mais sous un angle encore peu exploré. Alors que la plupart des travaux s’intéressent aux effets du temps passé par les adolescents devant les écrans, les chercheurs ont choisi d’observer la façon dont les jeunes perçoivent l’utilisation du smartphone par leurs parents. Leurs résultats suggèrent que lorsque les adolescents ont le sentiment que leurs parents sont fréquemment distraits par leur téléphone lors des échanges du quotidien, ils présentent plus souvent un attachement insécure, un profil associé à davantage d’anxiété relationnelle ou d’évitement.

À SAVOIR 

Bien avant l’arrivée des smartphones, le psychologue américain Edward Tronick avait montré, avec la célèbre expérience du « Still Face » (« visage impassible »), à quel point les enfants sont sensibles à l’attention de leurs parents. Pendant quelques minutes, un parent est invité à cesser toute interaction avec son bébé et à conserver un visage neutre, sans sourire ni réponse. Très rapidement, le nourrisson tente de rétablir le contact, puis manifeste des signes de détresse lorsque ses sollicitations restent sans réponse.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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