Alzheimer : des chercheurs identifient une molécule qui pourrait déclencher la maladie 

le 30 juillet 2026 à 17h18
Deux chercheurs présentent leur découverte sur une cause potentielle de l'apparition de la maladie d'Alzheimer.
Une équipe japonaise a mis au jour une molécule qui pourrait jouer un rôle clé dans l'apparition de la maladie d'Alzheimer. © Magnific
Des chercheurs japonais pensent avoir identifié le tout premier "grain de sable" capable de lancer la maladie d'Alzheimer. Leur découverte, publiée dans Nature Communications, pourrait ouvrir la voie à une nouvelle génération de traitements, non plus ralentir la maladie une fois installée, mais l'empêcher de démarrer.
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La maladie d’Alzheimer continue de livrer ses secrets au compte-gouttes. Malgré plusieurs décennies de recherche, elle reste la première cause de démence dans le monde et touche près de 57 millions de personnes, selon l’OMS. En France, environ un million de personnes vivent avec cette maladie, d’après Santé publique France et la Fondation Recherche Alzheimer.

Si les scientifiques savent depuis longtemps que le cerveau des malades est envahi par des plaques de protéines appelées bêta-amyloïdes, une question reste entière : qu’est-ce qui déclenche leur apparition ? Des chercheurs du National Center of Neurology and Psychiatry (NCNP), au Japon, pensent justement avoir apporté un début de réponse. Leurs résultats suggèrent qu’une forme très particulière de la protéine bêta-amyloïde pourrait agir comme le tout premier “grain de sable” qui lance le processus de la maladie.

Alzheimer : connait-on enfin la cause exacte de la maladie ? 

Une nouvelle pièce du puzzle d’Alzheimer

Depuis plus de trente ans, les scientifiques savent que le cerveau des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer présente deux grandes anomalies : des plaques de protéines bêta-amyloïdes qui s’accumulent entre les neurones, et des enchevêtrements de protéine Tau à l’intérieur des cellules nerveuses. Peu à peu, ces dépôts perturbent la communication entre les neurones, finissent par les endommager, puis les faire disparaître.

Mais un mystère demeure. Les plaques amyloïdes peuvent être présentes dix, quinze, voire vingt ans avant les premiers trous de mémoire. Elles semblent donc être le signe qu’un processus est déjà en cours, plutôt que son véritable point de départ. Alors, quel est l’événement qui met réellement la maladie en marche ? C’est précisément cette question que des chercheurs japonais pensent avoir commencé à élucider, en identifiant ce qui pourrait être le tout premier déclencheur de la cascade d’événements conduisant à Alzheimer.

Une forme inédite de la protéine bêta-amyloïde

Les chercheurs ont mis en évidence une forme encore jamais décrite de la protéine bêta-amyloïde, qu’ils ont baptisée “peak 1 Aβ”. À première vue, cette protéine ressemble aux autres formes d’amyloïde déjà connues. Mais elle possède une propriété particulière : elle semble capable de servir de “graine”, un peu comme le premier cristal qui permet à tout un bloc de glace de se former.

Autrement dit, cette molécule pourrait être celle qui donne le signal de départ à l’accumulation des protéines bêta-amyloïdes dans le cerveau. Cette hypothèse est importante, car jusqu’à présent, les chercheurs voyaient surtout les plaques amyloïdes comme une caractéristique de la maladie. Désormais, ils pensent avoir peut-être trouvé ce qui les fait naître.

Des expériences menées sur des cerveaux humains et chez la souris

Pour parvenir à cette conclusion, les scientifiques ont d’abord analysé des tissus cérébraux provenant de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Ils y ont retrouvé cette nouvelle forme de protéine au niveau des zones où se développent les dépôts amyloïdes. L’équipe a ensuite reproduit ses expériences chez des souris génétiquement modifiées pour développer une maladie proche d’Alzheimer.

Le résultat est particulièrement frappant : lorsque les chercheurs injectent cette forme de bêta-amyloïde à de jeunes souris, les plaques amyloïdes apparaissent beaucoup plus tôt que prévu. Selon les auteurs, cette observation renforce l’idée que cette molécule ne serait pas simplement présente au début de la maladie, mais qu’elle pourrait réellement participer à son déclenchement.

Cette découverte pourrait changer la recherche 

Ces travaux changent potentiellement le moment auquel les chercheurs pourraient intervenir. Aujourd’hui, la plupart des traitements développés ces dernières années cherchent à éliminer les plaques amyloïdes une fois qu’elles sont déjà installées dans le cerveau. Certains anticorps monoclonaux, autorisés dans plusieurs pays, ralentissent modestement l’évolution de la maladie chez certains patients, mais ils ne permettent ni de guérir Alzheimer ni d’inverser les lésions déjà présentes.

Si cette nouvelle forme de bêta-amyloïde est réellement le premier déclencheur, il deviendrait envisageable de développer des traitements capables de bloquer la maladie avant même la formation des plaques. En d’autres termes, il ne s’agirait plus seulement de nettoyer le cerveau, mais d’empêcher les premiers dépôts d’apparaître.

Une hypothèse prometteuse… mais encore loin d’un traitement

Aussi enthousiasmants soient-ils, ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence. Les chercheurs eux-mêmes ne prétendent pas avoir découvert la cause unique de la maladie d’Alzheimer. La maladie est aujourd’hui considérée comme multifactorielle. Les protéines bêta-amyloïdes jouent un rôle important, mais elles ne sont pas seules en cause. 

Les anomalies de la protéine Tau, les réactions inflammatoires du cerveau, certains facteurs génétiques, le vieillissement, les maladies cardiovasculaires ou encore le diabète participent également au développement de la maladie, selon l’Inserm. Cette nouvelle molécule pourrait donc représenter l’un des premiers déclencheurs, sans être forcément le seul. Par ailleurs, une grande partie des expériences a été réalisée sur des modèles animaux. Même si les chercheurs ont également retrouvé cette protéine dans des tissus cérébraux humains, il faudra encore confirmer son rôle exact chez les patients, comprendre son fonctionnement et, surtout, démontrer qu’il est possible de la cibler sans danger.

Alzheimer : toujours un immense défi de santé publique

Selon l’OMS, le nombre de personnes vivant avec une démence devrait presque tripler d’ici 2050 sous l’effet du vieillissement de la population. En France, l’Inserm rappelle qu’Alzheimer représente environ 60 à 70 % des cas de démence. Les symptômes apparaissent généralement de façon progressive. Les premiers signes de la maladie sont souvent des troubles de la mémoire récente, auxquels s’ajoutent peu à peu des difficultés à s’orienter, à trouver ses mots, à réaliser certaines tâches du quotidien ou encore à prendre des décisions.

À ce jour, aucun traitement ne permet de guérir la maladie. Les médicaments actuellement disponibles peuvent soulager certains symptômes ou ralentir modestement son évolution chez certains patients, mais ils ne stoppent pas la dégénérescence des neurones. C’est précisément pour cette raison que les chercheurs s’intéressent de plus en plus aux toutes premières étapes de la maladie. Si l’on parvient un jour à intervenir avant que les neurones ne commencent à mourir, les perspectives thérapeutiques pourraient être profondément transformées.

À SAVOIR 

Certaines personnes présentent les lésions caractéristiques de la maladie d’Alzheimer… sans jamais avoir développé de démence. Les autopsies réalisées dans le cadre de plusieurs grandes études, dont la célèbre Nun Study, ont montré que certaines personnes âgées pouvaient présenter des plaques amyloïdes et des enchevêtrements de protéine Tau dans leur cerveau tout en étant restées intellectuellement autonomes jusqu’à la fin de leur vie. Les chercheurs estiment que leur réserve cognitive, liée notamment au niveau d’éducation, aux activités intellectuelles et à certains facteurs liés au mode de vie, leur aurait permis de mieux compenser les lésions cérébrales.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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