Les vacances sont censées servir à une chose : récupérer. Pourtant, pour beaucoup de Français, le travail réussit toujours à glisser un pied dans la valise. Un smartphone qui vibre, une notification Teams, un e-mail marqué « urgent », un collègue qui promet qu’il en a « pour deux minutes »… Et sans même s’en rendre compte, les dossiers reprennent leur place, parfois avant la crème solaire.
Les dernières données publiées par l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) le confirment. Beaucoup de cadres restent très investis dans leur activité professionnelle, même loin du bureau. Certains continuent de consulter leur messagerie, d’autres gardent un œil sur leurs projets ou restent joignables « au cas où ». Une drôle d’habitude, alors même que le droit à la déconnexion est inscrit dans le Code du travail depuis 2017.
Déconnecter du travail est plus compliqué qu’il n’y paraît
Selon l’Apec (2026), de nombreux cadres reconnaissent rester connectés à leur activité pendant leurs congés. Certains ouvrent régulièrement leur messagerie professionnelle. D’autres continuent de réfléchir à un projet, anticipent déjà la rentrée ou vérifient discrètement que tout tourne rond en leur absence.
Ce n’est pas forcément une question de surinvestissement ou de perfectionnisme. Bien souvent, plusieurs ingrédients se mélangent :
- des responsabilités importantes ;
- des équipes parfois réduites ;
- un fort sentiment d’engagement ;
- une culture d’entreprise où rester disponible est presque devenu un réflexe.
À cela s’ajoute l’hyperconnexion. Smartphones, ordinateurs portables, messageries instantanées et notifications ont transformé notre rapport au travail. Aujourd’hui, le bureau tient dans une poche. Résultat, la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle est devenue bien plus floue qu’il y a une vingtaine d’années.
Vacances : pourquoi vous n’arrivez pas à déconnecter du travail ?
Le cerveau, lui aussi, a besoin d’un vrai temps de repos
Couper avec le travail n’est pas un luxe. C’est un besoin. Toute l’année, notre cerveau tourne à plein régime. Il enchaîne les prises de décision, mobilise la mémoire, reste concentré, gère les émotions et cherche des solutions aux problèmes qui s’accumulent au fil de la journée. À force, lui aussi finit par s’essouffler.
Les chercheurs parlent de « récupération psychologique », ou laisser enfin le cerveau souffler. Cela passe par le fait d’oublier un moment le travail, de ralentir le rythme, de faire des activités qui procurent du plaisir et de retrouver la sensation que l’on maîtrise son temps. Le problème, c’est qu’un simple coup d’œil à sa boîte mail suffit parfois à remettre toute la machine en route. En quelques secondes, le cerveau quitte le transat… pour retourner au bureau.
Le “FOMO professionnel”, cette peur de rater quelque chose
Et si le plus difficile, finalement, était de ne rien savoir ? C’est ce que les psychologues appellent le FOMO (Fear Of Missing Out), autrement dit la peur de passer à côté d’une information importante. On connaît surtout ce phénomène sur les réseaux sociaux. Mais il s’est discrètement invité dans les open spaces… et jusque dans les valises. Pendant les vacances, certains redoutent de manquer une décision importante, une opportunité, un message urgent ou un client qui aurait besoin d’eux. D’autres imaginent déjà leur boîte mail exploser d’ici leur retour ou culpabilisent à l’idée de laisser leurs collègues gérer seuls.
Alors on ouvre sa messagerie « juste pour voir ». Promis, ça prendra trente secondes. Puis on recommence le lendemain. Et celui d’après. Sans même s’en rendre compte, la parenthèse censée être consacrée au repos se transforme en veille permanente. Le hic, c’est que le cerveau, lui, ne fait pas la différence entre un e-mail consulté « vite fait » et une véritable journée de travail. Chaque notification rallume la machine, réactive les réflexes professionnels et maintient l’organisme en état d’alerte. Dans ces conditions, difficile de relâcher complètement la pression.
Une culture de la disponibilité qui s’est installée progressivement
Le smartphone n’est pas le seul coupable. Depuis une quinzaine d’années, le télétravail, les outils collaboratifs et les messageries instantanées ont complètement rebattu les cartes. Aujourd’hui, répondre à un collègue depuis une plage, un chalet ou un transat ne demande que quelques secondes. Et c’est bien là le piège. Dans beaucoup d’entreprises, personne ne demande noir sur blanc de travailler pendant les vacances. Pourtant, une attente plus discrète peut finir par s’installer. Répondre rapidement, garder un œil sur ce qui se passe ou montrer que l’on reste impliqué devient, petit à petit, une habitude… presque une preuve de professionnalisme.
Pour éviter que cette disponibilité permanente ne déborde sur la vie privée, le droit français a instauré un droit à la déconnexion avec la loi Travail de 2016, appliquée depuis 2017. Les entreprises doivent ainsi définir des règles permettant aux salariés de respecter leurs temps de repos et leurs congés. Sur le papier, le cadre existe. Dans la réalité, tout dépend encore beaucoup de la culture de l’entreprise, du management… et parfois de la difficulté que chacun a à poser son téléphone.
Des conséquences sur le stress, le sommeil et le risque d’épuisement
Répondre à un e-mail entre deux baignades ou jeter un œil à sa messagerie depuis son transat peut sembler anodin. Après tout, cela ne prend que quelques minutes. Sauf que pour le cerveau, la pause est déjà terminée. À force de rester connecté, il continue de fonctionner comme s’il était encore au bureau. Selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), une exposition prolongée au stress professionnel favorise la fatigue chronique, les troubles du sommeil, l’anxiété et augmente le risque d’épuisement professionnel, plus connu sous le nom de burn-out.
Le sommeil est souvent le premier à protester. Tant que les dossiers, les réunions ou la rentrée continuent de défiler dans un coin de la tête, le cerveau peine à lever le pied. Les nuits deviennent moins réparatrices, l’endormissement se fait attendre et le réveil ressemble davantage à un lundi matin… même au beau milieu des vacances. C’est pourtant tout l’intérêt des congés : offrir au cerveau ce qu’il réclame depuis des mois, une vraie parenthèse. Car si le corps est à la plage mais que l’esprit est resté au bureau, les vacances risquent de passer… sans que le cerveau ne les ait vraiment prises.
Quelques minutes de travail peuvent suffire à casser les vacances
Sur le moment, répondre à un e-mail ou décrocher son téléphone peut sembler rassurant. On a l’impression de garder la main, d’éviter les mauvaises surprises ou de prendre un peu d’avance sur la rentrée. Sauf que le cerveau, lui, ne voit pas les choses de cette façon. À force de rester en alerte, il peine à enclencher le mode récupération. Selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), une exposition prolongée au stress professionnel favorise la fatigue chronique, les troubles du sommeil, l’anxiété et augmente le risque d’épuisement professionnel, plus connu sous le nom de burn-out.
Le sommeil est souvent le premier à tirer la sonnette d’alarme. Tant que le cerveau continue de passer en revue les dossiers en cours ou d’anticiper les semaines à venir, il a plus de mal à ralentir. Résultat, l’endormissement peut prendre plus de temps, les réveils nocturnes être plus fréquents et les nuits perdre en qualité. C’est précisément pour casser ce cercle que les vacances existent. Elles offrent au cerveau une occasion rare de lever le pied, de faire retomber la pression et de reconstituer ses réserves. Encore faut-il lui laisser le temps de quitter le bureau… même dans sa tête.
Comment réussir à vraiment décrocher ?
Déconnecter ne signifie pas faire comme si le travail n’existait plus. L’objectif est surtout de permettre au cerveau de sortir progressivement du mode “performance” dans lequel il fonctionne toute l’année :
- préparer son départ en anticipant les dossiers urgents ;
- activer un message d’absence clair ;
- désactiver les notifications professionnelles ;
- éviter de consulter sa messagerie “par réflexe” ;
- privilégier des activités qui captent réellement l’attention : sport, lecture, randonnées, visites ou moments en famille.
Ces activités favorisent la récupération mentale parce qu’elles permettent au cerveau de sortir complètement des préoccupations professionnelles. Et après tout, le seul dossier qui mérite vraiment d’être ouvert cet été… c’est celui des vacances.
À SAVOIR
Votre cerveau déteste les dossiers inachevés. Ce phénomène s’appelle l’effet Zeigarnik. Mis en évidence en 1927 par la psychologue Bluma Zeigarnik, il montre que notre cerveau retient plus facilement les tâches inachevées que celles déjà terminées. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles un dossier laissé en suspens peut continuer à occuper nos pensées… même en plein milieu des vacances.




