Une anesthésiste qui utilise un produit pour endormir son patient.
En trente ans, alors que le nombre d’anesthésies a doublé en France, le nombre de décès liés à l’anesthésie a été divisé par dix selon la Société Française d’Anesthésie-Réanimation. © Adobe Stock

Le procès de l’ex-anesthésiste Frédéric Péchier, jugé à Besançon pour des empoisonnements présumés, ravive une angoisse partagée par de nombreux Français : celle de ne jamais rouvrir les yeux après une anesthésie générale. Une peur tenace, mais que disent vraiment les faits et les données scientifiques ?

Depuis le 9 septembre 2025, s’ouvre à Besançon le procès de l’ex-anesthésiste Frédéric Péchier, soupçonné d’avoir empoisonné 30 patients, dont 12 mortellement, en polluant leurs poches de perfusion. S’il nie les faits, cette affaire exceptionnelle a un impact médiatique fort . Elle bouscule la confiance envers toute une profession et ravive une peur universelle.

« Docteur, est-ce que je vais me réveiller ? » : c’est l’une des questions les plus posées en consultation pré-anesthésique. Cette crainte ancienne, profondément humaine, se nourrit forcément de l’actualité. Pourtant, lorsqu’on regarde les données françaises, la réalité est bien différente de l’imaginaire collectif.

Chaque année, environ 12 millions d’anesthésies générales et locorégionales sont pratiquées en France. La grande majorité se déroule sans incident. Selon une enquête Inserm et Société Française d’Anesthésie-Réanimation (SFAR, 2004), le risque de décès directement imputable à l’anesthésie est de 1 pour 145 000 actes. La cause principale : des réactions allergiques sévères, souvent liées aux curares.

Pour un patient en bonne santé, opéré dans un cadre programmé, les chiffres sont encore plus rassurants : “entre 1 décès pour 500 000 à 1 pour 1 million d’anesthésies”, assure Marie-Laure Cittanova-Pansard, anesthésiste-réanimatrice à la clinique Saint-Jean de Dieu et trésorière de la Société française d’anesthésie et de réanimation, dans un podcast santé de BFMTV.

À titre de comparaison :

Si l’anesthésie inspire encore des craintes, c’est oublier les immenses progrès accomplis depuis quarante ans. Les médicaments actuels sont plus précis, mieux dosés et adaptés au profil de chaque patient. La consultation pré-anesthésique, devenue obligatoire, permet de détecter allergies, antécédents cardiaques ou respiratoires, diabète et autres facteurs de risque.

Au bloc, le patient bénéficie d’une surveillance continue : cœur, tension, respiration, oxygénation… tout est monitoré en temps réel. Enfin, les anesthésistes-réanimateurs sont parmi les spécialistes les mieux formés, rompus à la gestion des urgences vitales.

Ces évolutions ont porté leurs fruits : alors que le nombre d’anesthésies a doublé en trente ans, les décès liés à l’acte ont été divisés par dix.

Certaines complications sont possibles, mais elles restent rares et bien prises en charge :

  • Réactions allergiques sévères (anaphylaxie) : environ 1 sur 10 000 procédures ; mortalité estimée entre 3 et 9 %.
  • Réveil peropératoire : conscience partielle pendant l’opération, dans 0,1 à 0,2 % des cas (jusqu’à 2 % en chirurgie cardiaque ou obstétricale urgente).
  • Hyperthermie maligne : réaction génétique rarissime (1 cas sur 5 000 à 50 000), aujourd’hui maîtrisée par un traitement spécifique.
  • Effets secondaires fréquents mais bénins : nausées et vomissements post-opératoires, chez 25 à 30 % des patients.

Alors, en France, l’anesthésie générale est l’un des actes les plus sûrs de la médecine moderne. Pour un patient en bonne santé, la probabilité de ne pas se réveiller est infinitésimale.

À SAVOIR

Depuis 1994, la France a instauré la consultation pré-anesthésique obligatoire pour toute intervention nécessitant une anesthésie générale ou locorégionale. Ce rendez-vous, prévu au minimum 48 heures avant l’opération, permet de dresser un bilan complet de l’état de santé du patient, de dépister les risques (allergies, maladies chroniques, traitements en cours) et d’adapter la technique anesthésique.

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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