Moins de morts en 2023, c’est une première depuis le Covid. Mais faut-il vraiment s’en réjouir ? Car derrière la baisse des chiffres, les grandes causes de décès, elles, campent sur leurs positions. Cancers, infarctus, chutes, suicides : les “tueurs” français n’ont pas pris leur retraite.
En 2023, la France a enregistré 637 082 décès, soit 36 108 de moins qu’en 2022, selon les derniers chiffres officiels publiés par Santé publique France. Ceci représente une baisse de 5,4 %, tous âges confondus. Et ce, sans canicule dévastatrice, ni vague virale hivernale majeure.
Le taux de mortalité standardisé, qui permet de comparer les années en tenant compte du vieillissement de la population, s’est lui aussi effondré : 828,3 décès pour 100 000 habitants, contre 887,6 en 2022. Un retour au niveau d’avant-pandémie. Enfin.
Et pour une fois, cette baisse n’est pas réservée aux statistiques, elle se voit partout. Chez les moins de 65 ans. Chez les 85 ans et plus. Et même dans les services hospitaliers. Oui, l’année 2023 a marqué une respiration démographique.
Un reflux inattendu dans les courbes de mortalité
Cancer : toujours roi, même fatigué
Derrière cette baisse globale, les grandes causes de décès n’ont pas changé d’un iota. On meurt encore majoritairement de cancers, de maladies cardiovasculaires, de troubles respiratoires, comme les chutes ou les suicides.
- 171 870 morts en 2023, contre 176 126 en 2022
- Cela reste 27 % de la mortalité totale
- Mais la baisse est timide : à peine –2,4 %
Les grands classiques restent en tête :
- Cancer du poumon : 31 167 décès
- Cancer colorectal : 16 930 décès
- Cancer du sein : 12 994 décès
- Cancer du pancréas : 13 375 décès. Et là, ça grimpe encore.
Le cancer du pancréas est la seule grande tumeur en constante progression. Souvent diagnostiqué trop tard, il échappe aux campagnes de dépistage classiques.
Pathologies cardiovasculaire : ça va mieux, mais pas au point de souffler
- 136 239 décès en 2023 , contre 145 333 en 2022
- Une baisse de 6,3 %, enfin significative
Mais là aussi, il y a un “mais”. Si les courbes de 2015-2019 s’étaient poursuivies normalement, on serait descendus encore plus bas. Et l’écart entre hommes et femmes reste massif. L’infarctus continue de tuer près de 3 fois plus d’hommes que de femmes. Les campagnes de prévention cardiovasculaire, ça fonctionne. Mais encore faudrait-il qu’elles touchent les bonnes cibles.
Maladies respiratoires : une stabilité trompeuse
Les maladies respiratoires hors Covid tuent encore 47 048 personnes par an. En apparence, rien de neuf. Mais en réalité, c’est plus subtil.
- La grippe fait son retour : 1 992 décès
- Les BPCO (bronchopneumopathies chroniques obstructives) restent mortelles avec 11 727 décès
- Et les pneumonies explosent dès que l’hiver s’installe avec 15 575 décès en 2023.
Mais le vrai changement, c’est la chute vertigineuse du Covid :
- 14 222 décès en 2023 contre 33 147 en 2022
- Une baisse de 57 %
Il sort du top 5 et se glisse à la 9e place. Le variant JN.1 est passé par là, plus transmissible, mais moins létal. Et surtout, la couverture vaccinale, même imparfaite, a joué son rôle.
L’autre visage de la mortalité en France
Causes externes : l’angle mort de la santé publique
On les appelle pudiquement “causes externes”, mais ce sont des drames humains bien concrets.
- Chutes accidentelles : 11 459 morts (en hausse, notamment chez les 85 ans et plus)
- Suicides : 8 868 morts (toujours 75 % d’hommes, et majoritairement des moins de 65 ans)
- Accidents de la route (2 450 décès)
- Noyades (698 décès)
- Intoxications (1 414 décès)
- Autres accidents (15 711), selon le classement non détaillé établi par Santé publique France
Aucun plan national de prévention des chutes. Peu d’efforts visibles sur la santé mentale des hommes adultes. Et toujours ce flou sur les statistiques précises des tentatives de suicide.
Diabète, foie, reins : les mal-aimés de la prévention
Ils ne font pas la une, et pourtant, ils tuent :
- Diabète sucré : 12 197 décès
- Maladies digestives (souvent liées à l’alcool) : 26 672 décès
- Maladies génito-urinaires : 13 424 décès
Et ces chiffres restent supérieurs aux tendances attendues selon les projections d’avant 2020. Traduction : la crise Covid a laissé des séquelles durables dans le suivi des maladies chroniques.
Et les enfants, dans tout ça ?
Chez les moins de 15 ans, la mortalité est faible. Mais elle existe et aurait même plutôt tendance à augmenter, comme le souligne une étude de l’INSEE publiée au printemps dernier.
- Moins de 1 an : 2 682 décès
- Surtout des complications périnatales ou malformations congénitales
- De 1 à 14 ans : 1 181 décès
- Majoritairement des accidents (30 %) et des cancers (17 %)
Chaque décès est un drame. Et ces chiffres, eux, n’évoluent quasiment pas d’année en année.
À SAVOIR
En France, les troubles mentaux et du comportement causent 24 865 décès par an, dont près de 17 465 liés à la démence. Les maladies du système nerveux, comme Parkinson et Alzheimer, sont aussi responsables de nombreux décès : 7 039 pour Parkinson et plus de 16 047 pour Alzheimer.









Je trouve l’article très pessimiste et négatif alors que le nombre de décès à diminué y compris si l’on ne tient pas compte des décès liés au Covid.
La population française étant en plus chaque année en légère augmentation, le nombre de décès devrait donc théoriquement plutôt augmenter, c’est donc au contraire une excellente nouvelle.
“Accidents de la route (15 711 décès)”
Chaque année on nous annonce que la route provoque environ 3 000 décès ? Qui croire ?
Bonjour,
merci pour votre alerte : il s’agit effectivement d’une confusion de notre part, dont nous nous excusons sincèrement.
Le nombre de décès liés aux accidents de la route en 2023 est bien estimé à 2450 par Santé Publique France. 15711 est le nombre de décès attribués aux “autres accidents”, dont les origines ne sont malheureusement pas détaillées dans le rapport publié par l’organisme le 8 juillet dernier.
La rédaction de Ma Santé est particulièrement attachée à produire un travail rigoureux, mais il arrive malheureusement que certaines erreurs échappent à notre vigilance. Vous avez donc bien fait de nous faire remonter votre légitime incompréhension, qui nous a permis de corriger notre article.
Cordialement,
la rédaction de Ma Santé