
À Poitiers, dix collégiens ont été victimes de malaises liés à la chaleur jeudi 28 mai 2026, dont deux adolescentes évacuées au CHU. Alors qu’une vague de chaleur particulièrement précoce touche la France, de plus en plus de parents s’interrogent sur la capacité des écoles à protéger les élèves pendant les épisodes caniculaires.
Depuis plusieurs jours, une vague de chaleur précoce touche une large partie de la France, avec des températures dépassant localement les 35 °C dans le sud-ouest et régulièrement plus de 30 °C dans de nombreuses villes du pays, selon Météo-France. Une situation inhabituelle pour une fin mai, qui commence à avoir des conséquences concrètes dans certains établissements scolaires.
Jeudi 28 mai 2026, au collège du Jardin des Plantes, à Poitiers, dix élèves ont présenté des malaises liés aux fortes chaleurs au cours de la journée. Deux adolescentes ont dû être prises en charge par les secours puis transportées au CHU par ambulance.
Sur place, plusieurs élèves et parents ont décrit des salles devenues difficilement supportables en raison des températures élevées accumulées dans les bâtiments. À mesure que la chaleur s’installe, les inquiétudes montent aussi chez certains parents. Des familles ont ainsi choisi de garder leurs enfants à domicile, estimant que certaines écoles ne disposaient pas de conditions suffisantes pour accueillir les élèves pendant cet épisode caniculaire précoce.
Bâtiments anciens, manque d’ombre dans les cours, bouteilles d’eau distribuées à la chaîne et ventilateurs installés à la hâte dans des salles surchauffées… Les fortes températures mettent en lumière les limites de nombreux établissements scolaires face aux épisodes climatiques extrêmes. Selon Météo-France, les vagues de chaleur ont doublé en France depuis la fin des années 1980 sous l’effet du réchauffement climatique. Une évolution qui transforme progressivement les canicules en enjeu de santé publique… y compris à l’école.
Canicule : les enfants sont plus fragiles face à la chaleur
Les enfants ne réagissent pas à la chaleur comme les adultes. Leur organisme régule moins efficacement la température corporelle, notamment chez les plus jeunes. Ils transpirent moins, se déshydratent plus vite et ne pensent pas toujours à boire spontanément.
Selon Santé publique France, les fortes chaleurs peuvent provoquer plusieurs symptômes parfois rapides :
- fatigue inhabituelle,
- maux de tête,
- nausées,
- vertiges,
- somnolence,
- difficultés de concentration,
- malaises.
Dans les cas les plus graves, un coup de chaleur peut survenir. Il s’agit d’une urgence médicale pouvant entraîner une hyperthermie sévère.
Le problème, c’est que l’école cumule souvent plusieurs facteurs aggravants : salles mal isolées, bâtiments anciens, fenêtres peu adaptées, cours de récréation très minérales, absence d’ombre… sans oublier des classes parfois bondées.
Selon le ministère de la Transition écologique, près de la moitié des écoles françaises ont été construites avant les premières réglementations thermiques modernes. Beaucoup d’établissements ont ainsi été pensés pour conserver la chaleur en hiver, pas pour résister aux épisodes caniculaires.
Canicule de mai : que se passent-ils dans les établissements scolaires ?
Fortes chaleurs à l’école : certains parents gardent leurs enfants à la maison
Face à cette situation, certains parents commencent à prendre leurs propres décisions. Dans plusieurs régions touchées par les fortes chaleurs de cette fin mai, des familles ont choisi de ne pas envoyer leurs enfants à l’école.
Beaucoup estiment qu’il est difficile de demander à un enfant de rester concentré pendant six heures dans une salle à plus de 30 °C. D’autant que les parents gardent encore en tête les images des dernières canicules. En 2023 déjà, plusieurs syndicats enseignants avaient alerté sur des températures dépassant parfois les 35 °C dans certaines classes françaises.
Cette fois, le phénomène survient dès le mois de mai. Et cela inquiète.
Selon Météo-France, la France connaît des vagues de chaleur plus fréquentes, plus longues et plus précoces sous l’effet du changement climatique. L’établissement public rappelle que les canicules sont aujourd’hui environ deux fois plus nombreuses qu’avant 1989.
L’Éducation nationale privilégie le cas par cas
Pour l’heure, il n’existe pas en France de température maximale officielle au-delà de laquelle les écoles devraient fermer automatiquement.
L’Éducation nationale privilégie une gestion locale selon les situations :
- adaptation des horaires,
- limitation des activités physiques,
- hydratation renforcée,
- fermeture ponctuelle de certaines classes particulièrement exposées,
- annulation d’activités extérieures.
Mais cette approche montre parfois ses limites sur le terrain. Dans certaines écoles, les enseignants racontent devoir improviser avec les moyens du bord : rideaux fermés toute la journée, bouteilles d’eau pulvérisées sur les bras des élèves, cours déplacés dans les rares pièces plus fraîches du bâtiment.
À Montpellier, des associations de parents d’élèves et plusieurs syndicats réclament désormais des mesures plus structurelles : végétalisation des cours, rénovation thermique des bâtiments, installation de protections solaires ou même climatisation dans certains établissements. « On n’a pas envie d’attendre qu’un enfant fasse un malaise », ont-ils alertés.
Canicule : des écoles françaises encore mal adaptées
Pendant des décennies, la priorité des bâtiments scolaires a surtout été de conserver la chaleur l’hiver. Aujourd’hui, le défi devient inverse.
Selon Agence de la transition écologique, les cours d’école très bétonnées peuvent amplifier les phénomènes d’îlots de chaleur urbains. Le bitume et le béton accumulent la chaleur pendant la journée puis la restituent lentement, même après le coucher du soleil.
Résultat, certaines salles restent étouffantes jusque tard dans l’après-midi. Or les scientifiques s’attendent à une aggravation du phénomène dans les prochaines décennies. Selon le GIEC, les épisodes de chaleur extrême devraient devenir plus fréquents et plus intenses en Europe, y compris en France.
Malaises, déshydratation, coups de chaleur : à partir de quand faut-il s’inquiéter ?
Tous les enfants ne réagissent pas de la même façon à la chaleur. Certains profils sont plus vulnérables : jeunes enfants, adolescents pratiquant une activité physique intense, enfants asthmatiques, en surpoids ou souffrant de certaines maladies chroniques.
Les signaux d’alerte doivent être pris au sérieux :
- une fatigue inhabituelle ou brutale ;
- des maux de tête ;
- des nausées ou vomissements ;
- des vertiges ;
- une sensation de malaise ;
- une peau très chaude, rouge ou sèche ;
- une somnolence anormale ;
- des difficultés à parler ou à se concentrer ;
- un comportement inhabituel, agité ou au contraire très apathique.
Le coup de chaleur constitue le stade le plus grave. Il correspond à une montée excessive de la température corporelle pouvant dépasser 40 °C. Il s’agit d’une urgence médicale qui peut entraîner des troubles neurologiques, une perte de connaissance ou des complications graves si l’enfant n’est pas rapidement pris en charge.
Pour limiter les risques, Santé publique France recommande de faire boire les enfants très régulièrement, même en l’absence de sensation de soif, de maintenir les pièces au frais autant que possible, d’éviter les activités physiques pendant les heures les plus chaudes et de privilégier des vêtements légers et amples.
Mais dans une salle de classe étouffante, ces conseils ne suffisent pas toujours.
Fortes chaleurs : les parents ont-ils le droit de ne pas envoyer leur enfant en classe ?
En théorie, les parents ne peuvent pas décider librement de retirer leur enfant de l’école en raison de la chaleur. L’instruction reste obligatoire à partir de 3 ans et l’absence doit normalement être justifiée.
Mais dans les faits, lors d’épisodes de fortes chaleurs, certaines familles choisissent malgré tout de garder leurs enfants à domicile, notamment lorsque les conditions d’accueil leur paraissent trop difficiles ou que l’enfant présente une fragilité particulière.
L’Éducation nationale recommande surtout aux établissements d’adapter leur fonctionnement. En cas de vigilance canicule particulièrement élevée ou de situation jugée dangereuse localement, certaines écoles peuvent aussi décider ponctuellement de fermer des classes ou d’autoriser des absences.
Pour éviter tout conflit, plusieurs spécialistes conseillent aux parents de prévenir directement l’établissement et d’échanger avec la direction ou le médecin traitant si l’enfant présente un risque particulier face à la chaleur.
À SAVOIR
Selon l’enquête menée par le SNES-FSU auprès de 623 collèges et lycées durant cet épisode de chaleur exceptionnel de mai, 77,6 % des établissements ayant répondu ont relevé des températures supérieures à 30 °C dans au moins une salle de classe. Dans un établissement sur cinq, les températures dépassaient même les 33 °C.







