Un homme souffrant de douleurs au genou liées à l’arthrose.
Les premiers signes de l’arthrose apparaissent généralement après 45 ans, mais certains facteurs génétiques, traumatismes ou contraintes physiques peuvent favoriser une apparition plus précoce. © Magnific

Des chercheurs de l’Université de Yale, aux États-Unis, ont développé un hydrogel injectable expérimental capable de libérer progressivement un médicament antidouleur directement dans l’articulation du genou. Leurs travaux suggèrent qu’une seule injection pourrait soulager les douleurs liées à l’arthrose pendant environ un mois tout en contribuant à protéger le cartilage. 

Longtemps considérée comme une conséquence inévitable du vieillissement, l’arthrose ne se résume pourtant pas à une simple « usure » des articulations. Cette maladie chronique résulte d’un ensemble de mécanismes complexes qui associent la dégradation progressive du cartilage, des phénomènes inflammatoires et des modifications de l’os situé sous l’articulation.

Au fil des années, les douleurs s’installent, les articulations se raidissent et certains gestes du quotidien deviennent plus difficiles. Monter des escaliers, marcher longtemps ou se relever d’une chaise peut alors devenir un véritable défi. En France, près de 10 millions de personnes vivent avec l’arthrose, selon l’Assurance maladie. Le genou fait partie des articulations les plus fréquemment touchées, aux côtés de la hanche et des mains.

Malgré son impact majeur sur la qualité de vie, les solutions thérapeutiques restent limitées. Activité physique adaptée, perte de poids, antalgiques, infiltrations… les traitements actuels permettent surtout de soulager les symptômes, sans ralentir réellement l’évolution de la maladie. Face à ce constat, la recherche s’accélère pour tenter de changer de paradigme et développer des approches capables non seulement d’atténuer la douleur, mais aussi de préserver durablement l’articulation.

Un gel injectable qui agit comme un réservoir de médicament

Une équipe de l’École de médecine de Yale, dirigée par les professeurs Chuan-Ju Liu et Wenyu Fu, a développé un hydrogel thermosensible capable de libérer progressivement un médicament au cœur même de l’articulation. Concrètement, le produit se présente sous la forme d’un gel injectable directement dans le genou. Une fois administré, il forme une sorte de réservoir local qui retient le médicament et le diffuse lentement pendant plusieurs semaines.

L’objectif est double. D’une part, soulager durablement la douleur liée à l’arthrose. D’autre part, protéger le cartilage et freiner sa dégradation. Cette stratégie permettrait d’éviter les prises quotidiennes de médicaments par voie orale et de concentrer le traitement là où il est réellement nécessaire.

Un médicament déjà connu des neurologues

Le principe actif utilisé par les chercheurs est le lacosamide, un médicament actuellement prescrit dans certaines formes d’épilepsie. Ces dernières années, plusieurs travaux ont mis en évidence que cette molécule agit sur un canal sodique appelé Nav1.7, impliqué dans la transmission de la douleur. Mais les chercheurs de Yale ont découvert que cette cible joue également un rôle dans le métabolisme des chondrocytes, les cellules qui fabriquent et entretiennent le cartilage.

Autrement dit, le lacosamide pourrait agir à la fois sur la douleur et sur les mécanismes responsables de la dégradation articulaire. Selon les auteurs de l’étude, cette double action constitue une piste particulièrement intéressante pour développer ce que les spécialistes appellent un traitement « modificateur de la maladie ». Aujourd’hui, aucun médicament ne permet réellement de stopper ou d’inverser l’évolution de l’arthrose.

Des résultats encourageants sur des modèles précliniques

Les travaux menés à Yale n’ont pas encore été réalisés chez des patients. Les chercheurs ont évalué leur hydrogel sur des cellules humaines, des explants de cartilage et des modèles murins d’arthrose. Leurs observations montrent que le lacosamide réduit l’activité des molécules impliquées dans la destruction du cartilage tout en stimulant certains mécanismes de réparation.

Administré directement dans l’articulation grâce à l’hydrogel, le médicament semble également rester actif plus longtemps. Selon les résultats publiés dans Bioactive Materials, une injection toutes les quatre semaines s’est révélée plus efficace qu’une prise quotidienne par voie orale pour limiter la perte de cartilage et réduire les comportements associés à la douleur chez les animaux étudiés. L’administration locale a également permis d’utiliser des doses plus faibles que celles nécessaires par voie systémique. Un élément important, car il pourrait contribuer à réduire le risque d’effets indésirables.

À ce jour, aucun traitement ne permet de guérir l’arthrose ou d’en stopper l’évolution. La prise en charge vise avant tout à réduire la douleur, préserver la mobilité et maintenir la qualité de vie.

Elle repose sur plusieurs approches complémentaires :

  • l’activité physique adaptée, considérée comme le traitement de référence par la Haute Autorité de santé ;
  • la perte de poids en cas de surpoids ou d’obésité ;
  • des antalgiques comme le Paracétamol et, ponctuellement, des anti-inflammatoires ;
  • des infiltrations de corticoïdes ou d’acide hyaluronique directement dans l’articulation ;
  • des aides techniques, comme les genouillères ou les semelles orthopédiques.

Lorsque les douleurs deviennent trop invalidantes malgré ces mesures, la pose d’une prothèse de genou peut être envisagée.

Cependant, les solutions actuelles solutions présentent plusieurs limites. Leur efficacité peut varier d’une personne à l’autre et tend parfois à diminuer avec le temps. Les antalgiques et les anti-inflammatoires soulagent les symptômes, mais n’agissent pas sur les mécanismes responsables de la dégradation du cartilage. Quant aux infiltrations, leurs effets sont souvent temporaires et doivent parfois être renouvelés. Par ailleurs, certains traitements médicamenteux ne sont pas dénués d’effets indésirables, notamment chez les personnes âgées, qui représentent une large part des patients atteints d’arthrose. Les anti-inflammatoires, par exemple, peuvent augmenter le risque de complications digestives, cardiovasculaires ou rénales lorsqu’ils sont utilisés sur de longues périodes.

Lorsque la douleur devient trop importante, que la mobilité est fortement réduite et que les activités du quotidien sont durablement perturbées malgré une prise en charge adaptée, la pose d’une prothèse de genou peut être envisagée. Selon l’Assurance Maladie, plus de 100 000 prothèses totales du genou sont implantées chaque année en France. Si cette intervention améliore souvent la qualité de vie, elle reste une chirurgie lourde, qui nécessite une hospitalisation, une rééducation parfois longue et comporte, comme toute opération, des risques de complications.

À SAVOIR 

Le cartilage ne possède ni nerfs ni vaisseaux sanguins. La douleur liée à l’arthrose ne provient donc pas directement du cartilage qui se dégrade, mais des autres structures de l’articulation, comme l’os sous-jacent ou la membrane synoviale. Selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, l’arthrose est aujourd’hui considérée comme une maladie de l’ensemble de l’articulation, et non comme une simple « usure » du cartilage.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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