Trottinettes électriques : les accidents graves explosent chez les adolescents

le 23 juillet 2026 à 15h29
Une jeune femme filant à toute allure sur une trottinette électrique.
Les soignants de l’Hôpital Femme Mère Enfant alertent sur des traumatismes parfois aussi graves qu’après un accident de moto. © Magnific
À Lyon, les médecins tirent la sonnette d’alarme. Depuis avril 2026, l’Hôpital Femme Mère Enfant accueille chaque mois une vingtaine de jeunes victimes d’accidents de trottinette électrique en salle de déchocage. Environ un sur quatre doit être directement admis en réanimation pédiatrique. Traumatismes crâniens, fractures, lésions du foie ou de la rate… Les blessures peuvent être particulièrement sévères.
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Elle tient dans un coffre, se glisse facilement dans les transports et permet de filer à 25 km/h sans donner un seul coup de pédale. Pour les adolescents, la trottinette électrique a tout de l’alliée idéale pour gagner un peu d’autonomie. Mais aux urgences pédiatriques, le tableau est nettement moins séduisant. Les équipes de l’Hôpital Femme Mère Enfant (HFME), à Bron, près de Lyon, alertent en juillet 2026 sur une forte progression des accidents graves liés à ces engins. « Tous les jours les urgences reçoivent des blessés à la suite d’accidents de trottinette électrique », explique la Dre Pauline Lethellier, pédiatre au service d’urgences et de réanimation pédiatriques, dans une publication des Hospices Civils de Lyon (HCL).

Depuis avril 2026, environ vingt jeunes victimes par mois passent par la salle de déchocage de l’établissement, l’espace réservé aux urgences potentiellement vitales. Et parmi eux, environ un quart présente un état suffisamment grave pour nécessiter une admission immédiate en réanimation pédiatrique, selon le Pr Étienne Javouhey, chef du service d’urgences et de réanimation pédiatriques de l’HFME.

Les principales victimes ont 14 ou 15 ans

Le profil qui revient le plus souvent dans les couloirs des urgences lyonnaises est celui d’un adolescent de 14 ou 15 ans. Mais les médecins indiquent également recevoir ponctuellement des enfants d’une dizaine d’années ayant emprunté la trottinette d’un ami, d’un frère ou d’une sœur.  En France pourtant, il faut avoir au moins 14 ans pour conduire une trottinette électrique sur la voie publique depuis le 1er septembre 2023, rappelle le ministère chargé des Transports. L’engin doit également être limité par construction à 25 km/h. Or, même à cette vitesse, une chute en trottinette électrique peut être violente. Contrairement à une voiture, rien ne sépare le conducteur du bitume. Pas de carrosserie, pas de ceinture, pas d’airbag. Et, bien souvent, pas de casque. Aux HCL, les blessures rencontrées sont très variées : 

  • traumatismes crâniens, 
  • fractures des membres, 
  • traumatismes abdominaux, avec notamment des ou de la rate. 

Selon la gravité, la prise en charge peut mobiliser pédiatres urgentistes, radiologues, neurochirurgiens, chirurgiens viscéraux et orthopédistes. Lorsqu’un traumatisme important est suspecté, les examens sont réalisés rapidement, avec prise de sang et scanner cérébral, voire scanner du corps entier.

Accident de trottinette : quelles sont les blessures les plus fréquentes ?  

Les traumatismes crâniens graves se multiplient

L’alerte des médecins lyonnais repose aussi sur des données scientifiques toutes récentes. Une étude intitulée « Electric-Scooters: An Emerging Source of High-Severity Pediatric Head Trauma », publiée le 2 juillet 2026 dans la revue scientifique Neurosurgery par Pierre Petitet et ses collègues des Hospices Civils de Lyon, s’est intéressée aux traumatismes crâniens liés aux trottinettes électriques chez les enfants et adolescents.

Il s’agit d’une étude observationnelle rétrospective monocentrique. Les chercheurs ont analysé les dossiers de patients âgés de 2 à 18 ans pris en charge entre le 1er janvier 2021 et le 31 décembre 2025 pour des traumatismes nécessitant notamment une expertise neurochirurgicale. Les accidents impliquant des trottinettes électriques ont été comparés à ceux liés aux vélos, trottinettes non motorisées et motos. Les cas liés aux trottinettes électriques nécessitant un avis neurochirurgical sont passés d’un seul en 2021 à 25 en 2025, selon les HCL. La trottinette n’est donc plus seulement synonyme de quelques égratignures sur les genoux.

Le cerveau particulièrement exposé

Parmi les lésions observées dans les cas nécessitant une intervention neurochirurgicale, les équipes lyonnaises rapportent notamment des hématomes extraduraux, une urgence redoutable : du sang s’accumule entre l’os du crâne et la dure-mère, l’une des membranes qui enveloppent le cerveau. Cette hémorragie est fréquemment associée à une fracture du crâne et peut comprimer rapidement le cerveau. Sans traitement, les formes sévères peuvent entraîner un coma, voire être mortelles.

Chez les enfants et les adolescents, les médecins insistent également sur une particularité essentielle : le cerveau est encore en plein développement. Après un traumatisme grave, les conséquences ne se limitent donc pas nécessairement aux jours suivant l’accident. Les HCL signalent chez certains patients des troubles de l’attention, une fatigabilité importante, des difficultés d’apprentissage ou de concentration susceptibles de compliquer le retour à l’école. Selon les données de suivi rapportées par l’équipe lyonnaise, environ un tiers des patients de la cohorte présentent un handicap modéré à sévère lors du suivi. Dans les situations les plus lourdes, certains enfants peuvent conserver des troubles majeurs de la conscience.

Plus de deux accidents sur trois surviennent sans autre véhicule

68,2 % des accidents de trottinette électrique analysés sont survenus sans implication d’un autre véhicule. Autrement dit, dans la majorité des cas étudiés, pas de voiture qui coupe la route ni de collision avec un scooter : la chute se produit seule. Une perte d’équilibre, un obstacle, une mauvaise appréciation de la vitesse ou un freinage peuvent suffire.

Cette donnée est importante parce qu’elle permet aussi de comprendre pourquoi une partie de l’accidentalité peut passer sous les radars des statistiques classiques. Les HCL rappellent que le Registre du Rhône, piloté notamment par l’Université Gustave Eiffel et l’Université Claude-Bernard Lyon 1, recueille depuis 1996 des informations hospitalières sur les victimes d’accidents de circulation. Ce suivi permet notamment de documenter des accidents qui ne sont pas nécessairement enregistrés par les forces de l’ordre.

À l’échelle nationale, les EDPM pèsent de plus en plus lourd

L’alerte lyonnaise s’inscrit dans une tendance plus large. Dans son bilan 2025 publié le 29 mai 2026, l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) indique que 79 utilisateurs d’engins de déplacement personnel motorisés, ou EDPM, sont décédés en France métropolitaine en 2025, contre 45 l’année précédente. Cette catégorie comprend notamment les trottinettes électriques.

Plus largement, les cyclistes et utilisateurs d’EDPM représentent désormais 24 % des blessés graves et 36 % des blessés susceptibles de conserver des séquelles un an après leur accident, selon l’ONISR. Ces statistiques concernent tous les âges et ne doivent donc pas être confondues avec les données pédiatriques de l’étude lyonnaise. Elles confirment néanmoins que les nouveaux modes de déplacement occupent une place croissante dans l’accidentalité routière française.

Le casque, grand absent de nombreux trajets

L’étude des HCL souligne que les conducteurs de motos portaient davantage de casques que les utilisateurs de trottinettes électriques. Malgré une énergie parfois moindre lors du choc en trottinette, l’absence de protection peut conduire à des lésions neurologiques d’une gravité comparable. Pierre Petitet, premier auteur de l’étude, estime ainsi auprès des HCL qu’une grande partie des lésions crâniennes observées pourrait être évitée grâce au port du casque.

Un constat particulièrement frustrant pour les équipes médicales : environ deux tiers des enfants suivis ne modifieraient toujours pas leur comportement vis-à-vis du casque après leur traumatisme, selon l’étude observationnelle rapportée par les HCL. Or, contrairement à ce que certains parents pourraient imaginer, le casque n’est pas obligatoire au niveau national pour un adolescent circulant en trottinette électrique dans les conditions habituelles en agglomération. Il reste cependant fortement recommandé.

Trottinette électrique : il y a un code de conduite !

Au-delà du casque, quelques règles restent parfois mal connues. Le ministère chargé des Transports rappelle qu’une trottinette électrique est juridiquement un engin de déplacement personnel motorisé. Son utilisateur doit être âgé d’au moins 14 ans, circuler seul et disposer d’une assurance. Il est interdit de transporter un passager, de conduire avec des écouteurs ou un téléphone tenu à la main et de rouler sur les trottoirs, sauf dispositions locales particulières ou lorsque l’engin est tenu à la main.

En ville, les utilisateurs doivent emprunter les pistes ou bandes cyclables lorsqu’elles existent. À défaut, ils peuvent circuler sur les routes limitées à 50 km/h au maximum. Les trottinettes doivent également être équipées d’un système de freinage, d’un avertisseur sonore, de feux et de dispositifs réfléchissants. Le débridage est lui aussi interdit. Sur la voie publique, la vitesse maximale par construction doit rester limitée à 25 km/h. 

Pour les équipes de l’Hôpital Femme Mère Enfant, le message n’est donc pas d’interdire la trottinette aux jeunes, mais de cesser de la considérer comme un moyen de déplacement sans danger. Casque, respect de la vitesse, conduite en solo et connaissance des règles de circulation restent des réflexes simples face à des traumatismes qui, eux, peuvent laisser des traces pour longtemps.

À SAVOIR

Une première chute ne suffit pas toujours à calmer les ardeurs. À l’Hôpital Femme Mère Enfant de Lyon, la Dre Pauline Lethellier rapporte le cas d’un adolescent pris en charge après sa troisième chute grave en trottinette électrique. Lors de ce nouvel accident, le jeune s’est fracturé une vertèbre cervicale, une blessure qui l’exposait à un risque de paralysie.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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