Surmortalité inédite : pour la première fois, la canicule n’a épargné aucune tranche d’âge

le 22 juillet 2026 à 17h52
Un médecin tente de sauver une personne victime des chaleurs extrêmes lors de l’épisode caniculaire.
À elles seules, les journées du 25 au 27 juin concentrent plus de la moitié des décès excédentaires, souligne Santé publique France. © Magnific
Le bilan de la canicule historique qui a frappé la France du 17 juin au 2 juillet 2026 continue de s'alourdir. Dans son bulletin Canicule et Santé publié le 22 juillet, Santé publique France estime que 5 764 décès supplémentaires ont été enregistrés pendant cet épisode et, pour la première fois, une surmortalité a été observée dans toutes les classes d'âge à partir de 15 ans.
Sommaire

L’épisode de canicule qui a touché la France entre le 17 juin et le 2 juillet 2026 se distingue par l’ampleur de son impact sanitaire. Dans son bilan publié le 22 juillet, Santé publique France estime en effet que 5 764 décès supplémentaires sont survenus dans les 92 départements concernés, dont 72 placés en vigilance rouge canicule par Météo-France entre le 21 et le 28 juin.

Pour la première fois, cet excès de mortalité est observé dans toutes les classes d’âge à partir de 15 ans. Les 75 ans et plus restent les plus touchés, avec 3 719 décès en excès, mais les 45-64 ans enregistrent la plus forte hausse relative, à +55,4 %. La combinaison d’une chaleur intense, durable et précoce a élargi l’impact de cette canicule à des classes d’âge habituellement moins concernées par la surmortalité.

Une canicule parmi les plus meurtrières depuis 2003

Selon Santé publique France, 92 départements, représentant 98,5 % de la population française, ont connu des conditions de canicule entre le 17 juin et le 2 juillet. Durant cette période, les autorités sanitaires estiment 5 764 décès toutes causes en excès, soit une hausse de 36,2 % par rapport au nombre de décès attendu. Au total, 21 674 décès ont été enregistrés, contre 15 910 habituellement attendus sur une période comparable.

Ce bilan fait de cet épisode la canicule la plus meurtrière observée en France depuis celle d’août 2003. Cette année-là, la vague de chaleur avait provoqué environ 14 800 décès en excès entre le 1er et le 20 août, soit près de 2,6 fois plus que le bilan provisoire de 2026. La surmortalité avait alors atteint environ 60 % par rapport à la mortalité attendue, contre 36,2 % pour l’épisode de juin 2026.

Si le niveau atteint en 2003 demeure sans équivalent, Santé publique France souligne que la canicule de 2026 constitue l’événement le plus meurtrier depuis cette catastrophe sanitaire, malgré l’existence, depuis 2004, d’un Plan national canicule et de systèmes d’alerte renforcés. Santé publique France souligne par ailleurs que 56 % des décès supplémentaires se concentrent sur seulement trois journées, du 25 au 27 juin.

Canicule exceptionnelle : une surmortalité qui touche désormais toutes les générations

Pour la première fois depuis que ces analyses sont réalisées, un excès de mortalité est observé dans toutes les classes d’âge à partir de 15 ans. Jusqu’à présent, les conséquences sanitaires des canicules se concentraient très majoritairement sur les personnes les plus âgées. Dans le détail, Santé publique France estime :

  • 118 décès supplémentaires chez les 15-44 ans (+29,6 %) ;
  • 979 décès supplémentaires chez les 45-64 ans (+55,4 %), soit la plus forte augmentation relative ;
  • 936 décès supplémentaires chez les 65-74 ans (+37,5 %) ;
  • 3 719 décès supplémentaires chez les 75 ans et plus (+33,3 %), qui représentent près des deux tiers de l’ensemble des décès en excès.

Les enfants de moins de 15 ans ne présentent, en revanche, pas d’excès de mortalité sur cette période, avec 99 décès observés contre 102 attendus. Pour les autorités sanitaires, cette extension de la surmortalité à des populations habituellement moins exposées témoigne de l’intensité remarquable de cette canicule, mais aussi de la durée de l’exposition à des températures exceptionnellement élevées.

Pourquoi cette canicule a-t-elle été si exceptionnelle ?

Santé publique France rappelle que plusieurs facteurs se sont cumulés. D’abord, la chaleur est arrivée très tôt dans la saison, dès la mi-juin, alors que les écoles étaient encore ouvertes et que l’activité professionnelle se poursuivait normalement. La population n’avait pas encore adopté les réflexes de protection généralement observés au cœur de l’été.

Ensuite, l’épisode a concerné une part inédite du territoire. La durée moyenne de la canicule a atteint 7,8 jours par département, tandis que la vigilance rouge de Météo-France a été activée dans 72 départements, un niveau jamais observé auparavant.

Selon Météo-France, cité par Santé publique France, les journées des 24 et 25 juin sont devenues les plus chaudes jamais enregistrées en France, avec une température moyenne nationale dépassant pour la première fois les 30 °C sur 24 heures. Le bulletin rappelle également que le changement climatique augmente la probabilité de connaître des épisodes de chaleur aussi intenses, mais aussi de plus en plus précoces dans l’année.

L’Île-de-France particulièrement touchée

Toutes les régions françaises n’ont pas été affectées avec la même intensité. L’Île-de-France est de loin la région la plus durement touchée, avec 1 999 décès toutes causes en excès, soit une surmortalité de 81,2 % par rapport au nombre de décès attendu. Viennent ensuite le Grand Est (635 décès en excès, +38,9 %), les Pays de la Loire (553, +55,2 %) et le Centre-Val de Loire (511, +62,6 %), qui figurent également parmi les régions les plus impactées.

À l’inverse, la Corse, l’Occitanie et la Provence-Alpes-Côte d’Azur sont les seules régions où Santé publique France n’observe pas d’excès de mortalité sur la période du 17 juin au 2 juillet. L’agence sanitaire l’explique par une exposition moins intense de leurs populations aux fortes chaleurs durant cet épisode caniculaire.

À domicile, à l’hôpital, en Ehpad : la canicule a fait des victimes partout

La hausse de la mortalité s’observe dans tous les lieux de vie. Parmi les 21 674 décès recensés pendant la canicule, 

  • 46 % sont survenus à l’hôpital, 
  • 34 % à domicile,
  • 16 % en Ehpad ou en maison de retraite. 

Santé publique France précise toutefois que ces données doivent être interprétées avec prudence, certains décès pouvant survenir plusieurs jours après une exposition à la chaleur, notamment chez des personnes hospitalisées après avoir été exposées à leur domicile ou en établissement médico-social. Face à ce constat inédit, l’agence sanitaire insiste sur la nécessité d’anticiper les mesures de prévention avant même l’apparition des premiers effets sanitaires. D’autant que l’été n’est pas terminé et qu’un nouvel épisode caniculaire au mois d’août n’est pas exclu.

À SAVOIR 

On ne meurt généralement pas “de la chaleur”. Dans la plupart des cas, les températures extrêmes aggravent une maladie déjà présente, comme une insuffisance cardiaque, un problème respiratoire ou une maladie rénale. La chaleur peut aussi favoriser la déshydratation, faire chuter la tension ou augmenter le risque d’infarctus et d’AVC.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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