Repérer plus tôt, mieux accompagner et surtout éviter les ruptures de prise en charge au fil des années. C’est le cap que veut donner Emmanuel Macron à la future politique française consacrée à l’autisme et, plus largement, aux troubles du neurodéveloppement. La nouvelle feuille de route doit prendre le relais de la stratégie nationale 2023-2027 actuellement en cours. Et le chantier est colossal. Autisme, troubles Dys, TDAH ou trouble du développement intellectuel concerneraient, au total, une personne sur six en France, selon la Délégation interministérielle chargée de la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement. Bref, un chantier gigantesque !
Lors de la Conférence nationale du handicap, le chef de l’État a donc fixé trois priorités pour la suite. Agir davantage dès l’enfance, renforcer les réponses pour les adolescents et les adultes et améliorer l’accompagnement des situations les plus complexes. Des orientations qui devront désormais être transformées en mesures concrètes, les travaux devant débuter avant la fin de l’année.
Autisme, Dys, TDAH… de quoi parle-t-on exactement ?
Le terme de « troubles du neurodéveloppement », ou TND, désigne des troubles qui apparaissent au cours du développement de l’enfant et peuvent avoir des conséquences très différentes sur les apprentissages, la communication, les interactions sociales, l’attention, les capacités intellectuelles ou encore la vie quotidienne. Cette grande famille comprend notamment le trouble du spectre de l’autisme (TSA), mais aussi les troubles Dys comme la dyslexie, la dysphasie, la dyspraxie ou la dyscalculie, le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, plus connu sous le sigle TDAH, et le trouble du développement intellectuel. Selon les chiffres officiels de la stratégie nationale 2023-2027 :
- l’autisme concernerait 1 à 2 % de la population,
- les troubles Dys environ 8 %,
- le TDAH environ 6 % des enfants et 3 % des adultes,
- le trouble du développement intellectuel environ 1 %.
Au total, les TND concerneraient donc une personne sur six. Autre particularité importante, les frontières entre ces troubles ne sont pas toujours bien nettes. Selon la même source, plus de la moitié des personnes présentant un TND en présentent également un second. Des problèmes de sommeil, de l’épilepsie, des troubles anxieux, une dépression ou encore certains troubles gastro-intestinaux peuvent également être associés.
Troubles du neurodéveloppement : ce que prévoit la nouvelle stratégie de Macron
Repérer les troubles plus tôt, l’une des grandes priorités
Le premier chantier annoncé par Emmanuel Macron concerne les plus jeunes. L’idée est simple sur le papier, repérer plus rapidement les difficultés pour pouvoir proposer plus tôt les évaluations, soins et accompagnements nécessaires. Ce n’est pas tout à fait nouveau. Le repérage précoce constitue déjà l’une des priorités de la stratégie nationale 2023-2027. Des outils sont notamment proposés aux professionnels et aux familles pour identifier des écarts inhabituels de développement chez les enfants de 0 à 12 ans.
En juin 2026, le gouvernement a également annoncé le déploiement progressif d’un service de repérage, de diagnostic et d’intervention précoce destiné aux jeunes jusqu’à 20 ans confrontés à un trouble de santé durable et invalidant. L’objectif affiché est notamment de limiter les pertes de chance liées aux retards de diagnostic et aux difficultés d’accès aux soins. La future stratégie devrait donc chercher à prolonger et renforcer cette dynamique. Car repérer tôt ne signifie pas simplement coller une étiquette médicale plus rapidement. L’enjeu est surtout de pouvoir identifier les besoins de l’enfant et intervenir sans attendre lorsque cela est nécessaire.
Le défi ne s’arrête pas à l’enfance
La future stratégie devra renforcer les réponses proposées aux adolescents et aux adultes. Un point loin d’être anecdotique. Les troubles du neurodéveloppement ne disparaissent pas avec le passage à la majorité. Selon les chiffres officiels de la stratégie nationale, 70 % des personnes concernées présentent des difficultés cognitives qui persistent à l’âge adulte.
Orientation scolaire, études, emploi, logement, accès aux soins, autonomie… Les besoins évoluent donc avec l’âge. Le passage de l’enfance à l’âge adulte peut notamment entraîner un changement des professionnels et des structures d’accompagnement. La stratégie actuellement en vigueur avait déjà inscrit parmi ses six grands engagements l’accompagnement des adolescents et des adultes lors des grandes étapes de leur vie, en particulier pour les personnes rencontrant les difficultés les plus importantes. Le défi de la prochaine feuille de route sera donc moins de découvrir ce problème que d’apporter davantage de solutions concrètes.
Mieux accompagner les situations les plus complexes
C’est le troisième grand chantier annoncé par Emmanuel Macron, mais aussi le moins détaillé à ce stade. La future stratégie devra « apporter de meilleures réponses aux situations complexes ». Derrière cette expression se trouvent notamment des personnes dont les troubles et les besoins nécessitent un accompagnement particulièrement important ou plusieurs prises en charge coordonnées.
Ces situations peuvent être d’autant plus difficiles à accompagner que les troubles du neurodéveloppement ne se présentent pas toujours seuls. Selon la Délégation interministérielle chargée de la stratégie nationale pour les TND, plus de la moitié des personnes concernées présentent également un deuxième trouble du neurodéveloppement. D’autres problèmes de santé peuvent aussi être associés, comme l’épilepsie, les troubles du sommeil, l’anxiété ou la dépression.
La stratégie nationale 2023-2027 prévoit déjà de renforcer l’accompagnement des personnes ayant les besoins les plus importants et de prévenir les ruptures de parcours. La prochaine feuille de route devra donc aller plus loin sur ce terrain. Pour l’heure, Emmanuel Macron n’a toutefois pas détaillé les nouvelles mesures qui permettront d’y parvenir. Les travaux annoncés d’ici à la fin de l’année devront justement permettre de préciser les dispositifs et les moyens consacrés à ce troisième axe.
Troubles du neurodéveloppement : une stratégie nationale existe déjà
81 mesures déjà engagées depuis 2023
La France ne part pas d’une page blanche. Une stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement 2023-2027 est actuellement en cours. Présentée en novembre 2023, elle comprend 81 mesures réparties autour de six grands engagements. Recherche, formation des professionnels, diagnostic, scolarisation, accompagnement à tous les âges et soutien aux familles font notamment partie des chantiers engagés. Elle dispose d’une enveloppe globale de 680 millions d’euros. Sa préparation avait d’ailleurs donné lieu à une importante consultation. Entre le 26 avril et le 24 mai 2023, quelque 96 000 votes et 10 000 contributions avaient été enregistrés sur les propositions soumises au public, selon la Délégation interministérielle.
Le bilan 2025-2026 publié en mai dernier fait notamment état du développement de la recherche. La France compte désormais six centres d’excellence consacrés à l’autisme et aux TND, situés à Bordeaux, Lyon, Montpellier, Paris, Strasbourg et Tours. Le groupement d’intérêt scientifique Autisme et TND rassemble de son côté 150 équipes françaises et plus de 800 chercheurs. La future stratégie annoncée par Emmanuel Macron devra donc s’appuyer sur ce qui existe déjà, tout en tentant de combler les difficultés qui persistent.
De nouvelles solutions arrivent aussi à l’école
La scolarisation constitue justement l’un des terrains sur lesquels les mesures sont déjà très concrètes. Pour l’année scolaire 2026-2027, la Délégation interministérielle a annoncé l’ouverture de 70 nouveaux dispositifs destinés aux élèves présentant un trouble du neurodéveloppement sur le territoire français. Dans le détail, 16 unités d’enseignement maternel autisme doivent ouvrir, ainsi que 30 unités d’enseignement élémentaire autisme ou équipes d’autorégulation à l’école élémentaire. Vingt-quatre nouvelles équipes d’autorégulation sont également prévues dans le secondaire, dont 22 dans les collèges et deux dans les lycées.
En parallèle, 25 nouveaux professeurs ressources TND sont déployés à la rentrée 2026 et 26 supplémentaires sont prévus en 2027. À terme, le gouvernement prévoit d’en compter 202 sur l’ensemble du territoire. Leur rôle est notamment d’aider les enseignants à adapter leurs pratiques aux besoins des élèves concernés.
À SAVOIR
Les adultes concernés par un trouble du neurodéveloppement interrogés déclaraient avoir reçu leur diagnostic à 28 ans en moyenne, contre environ 7 ans pour les enfants dont les parents avaient répondu à l’enquête, selon la troisième étude d’impact de la stratégie nationale autisme et TND.





