Téléphone interdit au lycée : “On a revu des élèves qui se parlaient”

le 2 septembre 2026 à 17h28
Une membre de l’équipe pédagogique montre le fonctionnement de la pochette sécurisée qui permet de garder les téléphones inaccessibles toute la journée.
Au lycée Pierre-Termier, c’est la pochette en néoprène à fermeture magnétique qui a été choisie pour mettre en œuvre l’interdiction. © MB
Comme dans tous les lycées français depuis le 1er septembre, les élèves de Pierre-Termier, à Lyon, doivent désormais se passer de leur téléphone pendant la journée de cours. Rangés dans des pochettes sécurisées et scellées dès leur entrée dans l’établissement, les lycéens découvrent les joies de la déconnexion pendant 7 heures. Alors que la Région Auvergne-Rhône-Alpes investit 1,5 millions pour permettre aux établissements de s'équiper, les premiers retours sont plutôt positifs du côté de l’équipe éducative… mais aussi des élèves.
Sommaire

Le téléphone était déjà persona non grata à l’école et au collège depuis 2018. Le lycée restait jusqu’ici maître de ses choix et chaque établissement pouvait décider de l’interdire dans son règlement intérieur. Mais depuis le 1er septembre 2026, fini l’exception. L’interdiction s’applique désormais aussi aux lycéens.

Fabrice Pannekoucke, président de la Région, décrit des adolescents happés par leurs écrans, avec “entre 6 et 8 heures par jour pendant les semaines de cours, entre 10 et 12 heures le week-end et jusqu’à 17 heures pendant les vacances”. Des chiffres qu’il brandit pour alerter sur un problème plus profond. ”Ce qu’on dit trop peu, c’est en réalité la perte de la capacité d’abstraction”, insiste-t-il, jugeant cette faculté “fondamentale”. Le député Laurent Wauquiez, lui, ne prend pas de pincettes. Il dénonce “des problèmes de concentration très lourds” et pointe aussi le cyberharcèlement. Face à ce qu’il qualifie “d’addiction aux écrans”, sa réponse tient en une formule. “Dans l’enceinte d’un lycée, c’est non !”

Fabrice Pannekoucke, président de la Région et Laurent Wauquiez, député, au Lycée Pierre-Termier ce mercredi 2 septembre 2026. © MB

Ce mercredi 2 septembre, le député et Fabrice Pannekoucke, sont donc venus découvrir comment ce grand coup de frein se traduisait concrètement à Pierre-Termier, dans le 8e arrondissement de Lyon, l’un des établissements qui bénéficie du soutien financier engagé par la Région pour permettre de concrétiser la mesure. Et ici, les quelque 450 lycéens conservent leur appareil dans une pochette sécurisée et scellée dès leur arrivée et ce jusqu’à la fin de la journée.

“On a revu des élèves qui se parlaient”

Pierre-Termier n’a pas attendu cette rentrée pour s’attaquer au téléphone. “Ça fait trois ans qu’on accompagne cette interdiction”, rappelle Blandine Vignon, cheffe d’établissement. Après avoir progressivement réduit les moments où les élèves pouvaient utiliser leur téléphone, l’établissement avait décidé dès le printemps de passer à l’interdiction totale.

Et les premières restrictions avaient déjà changé l’ambiance pendant les pauses. “On a revu des élèves qui se parlaient”, raconte une membre de l’équipe pédagogique. Moins les yeux rivés sur les écrans, certains ont même ressorti les cartes et les jeux. “C’était vraiment agréable de les voir heureux comme ça, tout simplement”, se souvient Blandine Vignon.

Cette année, le lycée veut justement profiter de cette déconnexion pour remettre un peu de vie dans la pause déjeuner. Jeux de société, musique, danse ou encore “échanges de talents” doivent être proposés aux élèves. L’idée n’est donc pas seulement de ranger les écrans, mais aussi de développer le collectif. 

Interdiction des téléphones : comment le lycée Pierre-Termier a-t-il mis en place la mesure ?

La pochette sécurisée distribuée à tous les élèves à la rentrée. © MB

À Pierre-Termier, “on a choisi les pochettes”, explique Blandine Vignon. Le principe est assez simple. En début d’année, chaque lycéen reçoit sa propre pochette en néoprène, qu’il peut identifier avec son nom. Chaque matin, avant de passer les portes du lycée, il y glisse son téléphone. Un membre de l’équipe scolaire vient ensuite verrouiller la pochette à l’aide d’un système magnétique qui fonctionne “un peu comme les antivols fixés sur les vêtements dans les magasins”, simplifie la directrice. Une fois clipsée, impossible de l’ouvrir à la main.

Pas besoin, donc, de déposer son appareil dans un casier ou de le confier à un adulte. Les élèves le gardent avec eux, généralement dans leur sac, mais ne peuvent plus y accéder. Cours, récréations, pause déjeuner… La pochette reste fermée toute la journée. Ce n’est qu’au moment de quitter l’établissement qu’elle est déverrouillée et que les lycéens peuvent récupérer l’usage de leur téléphone. Le lendemain matin, même rituel.

Mais qu’en disent les premiers concernés ? 

Du côté des élèves, pas de rébellion générale en vue. Pour l’un des élèves de seconde interrogés, la pochette aurait même un avantage auquel on ne pense pas forcément. Avant, ce jeune homme avait tendance à vérifier régulièrement que son téléphone était toujours dans sa poche. Désormais, “je sais qu’il est là, dans la pochette », explique-t-il. Et finalement, « c’est une bonne chose”.

L’un des objectifs affichés de l’interdiction est aussi de remettre un peu de vie dans les cours de récréation, en incitant les jeunes à délaisser leurs écrans pour échanger davantage entre eux. Mais sur ce point, tous les élèves ne sont pas convaincus que le téléphone ait réellement coupé le dialogue. “Je pense que ça n’affecte pas les relations entre élèves”, tempère une lycéenne. Selon elle, même lorsqu’ils pouvaient l’utiliser pendant les pauses, les élèves prenaient déjà le temps de discuter.

Et puis, le téléphone ne sert pas uniquement à scroller sur les réseaux sociaux. “C’est quand même un outil pédagogique”, rappelle un troisième élève, notamment dans certaines matières comme la musique. Mais il en reconnaît aussi les limites. Difficile parfois de résister à la tentation de regarder son écran et de décrocher du cours. Pour les usages numériques nécessaires, les ordinateurs et les salles informatiques devront désormais prendre le relais.

Pour les profs, fini le “flicage” !

Du côté des adultes, l’interdiction pourrait aussi supprimer une petite guerre quotidienne. “Ton téléphone, tu le ranges”, “tu n’as pas le droit de l’avoir là”… L’équipe éducative devait régulièrement rappeler la règle. Une membre de la vie scolaire parle même d’un rapport de “surveillance” et de “flicage”. Depuis que le téléphone est davantage mis à distance, elle juge la relation avec les élèves “plus agréable”. Il y a aussi la concentration et la triche. “Le téléphone, c’est une tentation de plus”, résume-t-elle, évoquant notamment des problèmes de fraude déjà rencontrés dans l’établissement.

Mais pour certains enseignants, l’enjeu va encore plus loin. Une professeure de philosophie y voit une façon de ramener les élèves vers “un exercice critique de la pensée” et de les détacher d’un rapport qu’il juge parfois “un peu trop dépendant à l’intelligence artificielle et à Internet”. Une préoccupation également soulevée par Fabrice Pannekoucke, le président de la région Rhône-Alpes, qui alerte sur “la perte de la capacité d’abstraction” chez les jeunes, une faculté qu’il juge “fondamentale”

Tous les lycées de la région devraient suivre d’ici la fin de l’année scolaire

Pour aider les établissements à franchir le pas, la Région Auvergne-Rhône-Alpes a débloqué 1,5 million d’euros. Pas de solution unique en vue, les directions peuvent choisir des pochettes, des boîtiers fermés ou encore aménager un espace où déposer les appareils. Reste une inconnue, combien de lycées appliquent déjà effectivement la mesure ? “C’est un peu trop tôt pour le savoir”, reconnaît Laurent Wauquiez. Certains établissements doivent encore adapter leur règlement intérieur et leur organisation.

La Région entend toutefois généraliser le dispositif au cours de l’année scolaire. “On est assez optimistes […] pour se dire que sur l’ensemble de l’année scolaire, on va l’atteindre”, assure Laurent Wauquiez. À Pierre-Termier, l’expérience a déjà commencé. Reste maintenant à voir si les jeux de cartes et les discussions résisteront à l’effet nouveauté une fois les premières semaines de rentrée passées.

À SAVOIR 

L’interdiction du téléphone à l’école gagne du terrain dans le monde. En mars 2026, 114 systèmes éducatifs avaient instauré une interdiction nationale, soit 58 % des pays, contre seulement 24 % en 2023, selon l’UNESCO.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Partagez sur