La rentrée vient à peine de commencer et, pour beaucoup, le réveil sonne déjà un peu trop fort. Alors que septembre est traditionnellement synonyme de reprise du travail, de retour à l’école et de bonnes résolutions, une nouvelle étude dresse le portrait d’une France qui manque sérieusement d’énergie. L’enquête, réalisée par l’Ifop pour Fam’tastique auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 Français âgés de 18 ans et plus, dont 760 personnes parties en vacances cet été, a été menée en ligne les 25 et 26 août 2026.
59 % des Français déclarent avoir ressenti une fatigue persistante pendant une à plusieurs semaines au cours de l’année écoulée. Ils étaient 47 % à répondre la même chose lors d’une enquête réalisée en janvier 2000. Soit une progression de 12 points en un peu plus d’un quart de siècle.
Les épisodes de fatigue se répètent davantage
Plus encore que le nombre de personnes concernées, c’est la répétition des épisodes de fatigue qui interpelle. En 2000, 27 % des Français déclaraient avoir traversé plusieurs périodes de fatigue persistante au cours des douze derniers mois. Ils sont désormais 45 %, soit 18 points supplémentaires. À l’inverse, la proportion de Français déclarant n’avoir connu aucun épisode de ce type est passée de 53 % à 41 %. La fatigue ne semble donc pas seulement toucher davantage de monde. Pour une part importante de la population, elle revient plusieurs fois dans l’année. En 2026, près de trois Français sur quatre ayant déclaré avoir été durablement fatigués indiquent d’ailleurs avoir connu plusieurs épisodes, et non un seul.
Ces résultats ne permettent toutefois pas de savoir pourquoi ces épisodes se répètent davantage. Manque de sommeil, travail, santé, rythme de vie… difficile de trancher. Et la comparaison avec 2000 reste à prendre avec un peu de recul puisqu’à l’époque, Ipsos avait interrogé 1 019 personnes par téléphone, tandis qu’en 2026, l’Ifop a sondé 1 000 Français en ligne.
Fatigue persistante : qui sont les plus touchés ?
Les femmes nettement plus concernées que les hommes
La fatigue persistante ne touche pas tout le monde de la même manière. Et sur ce point, les femmes ressortent très nettement de l’étude. Selon l’Ifop, 67 % d’entre elles déclarent avoir connu au moins un épisode de fatigue persistante au cours des douze derniers mois, contre 51 % des hommes. L’écart se retrouve aussi lorsqu’on regarde les épisodes à répétition : 52 % des femmes disent en avoir connu plusieurs dans l’année, contre 38 % des hommes. La différence se creuse encore au milieu de la vie. Chez les femmes âgées de 35 à 64 ans, 71 % disent avoir traversé au moins une période de fatigue persistante, contre 57 % des hommes du même âge. Et 54 % de ces femmes rapportent plusieurs épisodes au cours de l’année.
Difficile, en revanche, de mettre une seule explication derrière cet écart. Le sondage constate que les femmes se déclarent davantage fatiguées, mais ne permet pas d’en identifier précisément les causes. Travail, sommeil, santé, organisation familiale, tâches domestiques ou encore charge mentale, c’est-à-dire le fait de devoir penser, anticiper et organiser en permanence les besoins du foyer : plusieurs facteurs peuvent se cumuler. Et les résultats sur les familles donnent justement une piste intéressante, puisque la fatigue atteint des niveaux particulièrement élevés chez les femmes ayant encore des enfants à charge.
Parents de jeunes enfants : les batteries sont à plat
Sans grande surprise pour celles et ceux qui jonglent entre réveils matinaux, travail, repas, activités et couchers, les parents apparaissent particulièrement concernés. Parmi les personnes ayant des enfants âgés de 0 à 10 ans, 75 % déclarent une fatigue persistante, contre 53 % chez celles qui n’ont pas d’enfant.
Et lorsqu’on regarde plus précisément la composition du foyer, un chiffre ressort : 81 % des femmes vivant en couple avec des enfants à charge déclarent avoir connu au moins un épisode de fatigue persistante au cours de l’année. Elles sont même 65 % à en avoir traversé plusieurs. Chez les hommes vivant en couple avec des enfants à charge, la proportion de personnes concernées atteint 62 %. Le nombre d’enfants semble également peser dans la balance. Parmi les répondants ayant au moins un enfant mineur au foyer, 71 % déclarent une fatigue persistante. Cette proportion grimpe à 80 % chez ceux ayant trois enfants ou plus, même si cette dernière catégorie repose sur un faible effectif et doit donc être interprétée avec prudence.
Les actifs aussi particulièrement touchés
Métro, boulot… et grosse envie de dodo ? Les données de l’Ifop montrent un écart important selon la situation professionnelle. 68 % des actifs déclarent avoir connu une fatigue persistante au cours des douze derniers mois, contre 48 % des inactifs. Chez les salariés, cette proportion atteint 69 %. Elle monte même à 78 % parmi les salariés du secteur public, contre 64 % dans le privé.
Là encore, pas question d’en tirer trop vite une relation de cause à effet. L’enquête montre que certains groupes déclarent davantage de fatigue, mais elle ne permet pas d’affirmer que leur travail en est directement responsable. Côté générations, c’est la génération X, née entre 1965 et 1980 selon le découpage retenu dans l’étude, qui arrive en tête : 69 % de ses membres déclarent avoir connu une fatigue persistante. Les Millennials suivent à 65 %, devant la génération Z à 55 % et les Boomers à 49 %.
Mais pourquoi sommes nous de plus en plus fatigués même après les vacances ?
Les vacances ne reposent pas tout le monde
Alors, après quelques jours les pieds dans l’eau, à la montagne ou simplement loin du bureau, tout devrait rentrer dans l’ordre ? Pas vraiment. Parmi les personnes interrogées parties en vacances cet été, seules 46 % disent se sentir plus reposées qu’avant leur départ. Dans le détail, 15 % se sentent « beaucoup plus reposées » et 31 % « un peu plus reposées ». Pour les autres, le bénéfice est nettement moins évident : 43 % ne se sentent ni plus reposées ni plus fatiguées et 11 % reviennent plus fatiguées. Au total, 54 % des vacanciers ne se sentent donc pas davantage reposés après leurs congés.
La durée des vacances semble aussi faire une différence dans les réponses. Parmi ceux partis seulement quelques jours, 37 % disent revenir plus reposés. Cette proportion atteint 55 % après une semaine et 57 % après deux semaines, avant de redescendre légèrement à 52 % chez ceux partis trois semaines ou davantage. Cela ne signifie pas que deux semaines constituent une durée « idéale » scientifiquement établie. Il s’agit simplement de la durée associée à la plus forte proportion de personnes déclarant se sentir davantage reposées dans cet échantillon.
Partir de chez soi semble aussi faire une différence
Tous les congés ne se ressemblent pas. Et changer d’air semble notamment être associé à une meilleure récupération. Parmi les personnes qui ont eu des vacances et sont parties de leur domicile, 51 % déclarent se sentir davantage reposées à leur retour. Chez celles qui ont eu des vacances mais sont restées chez elles, elles ne sont que 28 %, soit un écart assez net de 23 points. Rester à la maison ne signifie évidemment pas passer ses journées les doigts de pied en éventail. Les habitudes et les contraintes du quotidien peuvent rester bien présentes : courses, ménage, enfants, sollicitations de l’entourage… À l’inverse, partir peut permettre de rompre davantage avec sa routine habituelle.
Faut-il pour autant partir loin pour revenir vraiment reposé ? Rien ne permet de l’affirmer. Entre le budget, les enfants, la durée du séjour ou simplement le programme des vacances, les conditions ne sont pas les mêmes pour tout le monde. On peut donc partir sans vraiment décrocher… comme rester chez soi et réussir à lever le pied.
Canicule et mauvais sommeil ont gâché le repos
Mais qu’est-ce qui a bien pu empêcher les Français de souffler cet été ? À cette question, les vacanciers ne manquent visiblement pas de réponses. 96 % citent au moins un élément ayant nui à leur récupération pendant leurs vacances. Et un facteur écrase largement tous les autres : les fortes chaleurs et la canicule, citées par 85 % des vacanciers. Plus de la moitié, 52 %, considèrent même qu’elles les ont « beaucoup » empêchés de récupérer.
Juste derrière arrive le sommeil. 67 % évoquent des difficultés à dormir ou un sommeil de mauvaise qualité. Viennent ensuite les inquiétudes liées à l’actualité (49 %), les préoccupations financières ou le coût des vacances (48 %), le manque de moments réellement calmes ou de temps pour soi (47 %), puis un rythme de vie décalé ou plus intense pendant les congés (45 %). Les vacances peuvent donc changer le décor sans forcément faire disparaître ce qui fatigue.
Avec de jeunes enfants, les contraintes s’accumulent
Pour les parents de jeunes enfants, les vacances ne sont pas toujours de tout repos. Parmi ceux ayant un enfant de 0 à 10 ans, 87 % citent les fortes chaleurs comme un frein à leur récupération et 74 % les difficultés à dormir ou un sommeil de mauvaise qualité. Mais ce sont loin d’être les seuls obstacles. Car même en congés, le quotidien ne disparaît pas comme par magie. Les préoccupations financières ou le coût des vacances ont empêché 69 % de ces parents de récupérer autant qu’ils l’auraient souhaité. Même proportion pour le manque de moments calmes ou de temps pour soi. Et 62 % citent directement le fait de devoir s’occuper de leurs enfants. Les tâches ménagères et domestiques sont, elles, pointées par 53 % des répondants concernés.
À cela peuvent encore s’ajouter les sollicitations de la famille ou des amis, citées par 53 %, le travail ou la difficulté à déconnecter (47 %), ou encore toute l’organisation des vacances : trajets, repas, réservations et activités. Les sources de fatigue peuvent donc s’empiler alors même que les congés sont censés permettre de lever le pied. Bref, changer les enfants de décor ne fait pas disparaître les lessives, les repas, la logistique ou les fameux « on arrive quand ? ». Pour certains parents, les vacances ressemblent finalement davantage à un changement de rythme qu’à une véritable pause.
Le budget des vacances pèse aussi sur le repos
Les vacances sont censées permettre de souffler, mais encore faut-il ne pas passer son séjour à surveiller son compte en banque. L’étude montre en effet que la capacité à récupérer varie fortement selon le niveau de revenus. Parmi les vacanciers des catégories modestes, 69 % déclarent que les préoccupations financières ou le coût des vacances ont nui à leur récupération, contre seulement 29 % des catégories aisées. Un écart impressionnant de 40 points.
Entre le prix du logement, les transports, les repas ou les activités, les congés peuvent aussi devenir une source de préoccupations. Et ce poids du budget ne semble pas s’arrêter au moment de rentrer à la maison. 57 % des vacanciers des catégories aisées se sentent davantage reposés après leurs congés, contre 40 % parmi les catégories les plus pauvres. Ces derniers sont également 21 % à revenir plus fatigués, contre seulement 6 % des plus aisés. Le constat fait d’ailleurs écho à une autre enquête Ifop réalisée au printemps 2026 où les contraintes budgétaires poussaient déjà de nombreux Français à réduire la durée, les dépenses ou les ambitions de leurs vacances.
À SAVOIR
Les bienfaits des vacances peuvent être de courte durée. Une étude publiée dans le Journal of Happiness Studies a observé chez 54 salariés que leur santé et leur bien-être atteignaient un pic autour du 8ᵉ jour de vacances. Mais dès la première semaine de reprise, ces bénéfices étaient déjà revenus à un niveau comparable à celui d’avant les congés.





