On connaissait surtout la vitamine D pour son rôle dans la santé de nos os. La voilà désormais étudiée de près pour ses possibles liens avec notre cerveau, et notamment avec la maladie d’Alzheimer. En effet, des chercheurs de l’Université Emory, à Atlanta, aux États-Unis, se sont penchés sur la supplémentation en vitamine D chez des personnes présentant déjà certaines fragilités cognitives. Leurs travaux, publiés dans la revue scientifique Sleep Medicine, ont porté sur 54 adultes présentant un trouble cognitif léger diagnostiqué ou suspecté, ainsi que des troubles du sommeil. Leur âge moyen était de 67,2 ans.
Les participants déclarant consommer quotidiennement au moins 5 000 unités internationales (UI) de vitamine D obtenaient de meilleurs résultats à un test évaluant différentes fonctions cognitives que ceux qui n’en prenaient pas quotidiennement. Selon les chercheurs, l’écart dépassait 13 %.
Alzheimer : la vitamine D freinerait le déclin cognitif, vraiment ?
Plus de 13 % d’écart aux tests cognitifs
Pour mesurer les capacités des participants, les scientifiques ont utilisé le MoCA, pour Montreal Cognitive Assessment. Ce test sur 30 points permet notamment d’évaluer la mémoire, l’attention, le langage, les capacités visuospatiales et l’orientation. Il est couramment utilisé pour repérer l’existence éventuelle d’un trouble cognitif. Mais attention, ce test ne suffit pas, à lui seul, à établir un diagnostic de maladie d’Alzheimer.
Les participants ont également répondu à des questionnaires validés permettant aux chercheurs d’identifier des troubles du sommeil, notamment une mauvaise qualité de sommeil ou une somnolence excessive pendant la journée. Enfin, chacun a déclaré sa consommation quotidienne de compléments de vitamine D. Les chercheurs ont alors comparé les résultats cognitifs en tenant compte de différents paramètres susceptibles de les influencer, comme l’âge, le sexe, le niveau d’études ou encore l’indice de masse corporelle.
Les personnes déclarant consommer au moins 5 000 UI de vitamine D quotidiennement obtenaient donc, après ajustement statistique, un score MoCA supérieur de 13% à celui des participants qui n’en prenaient pas quotidiennement. En revanche, les doses inférieures n’étaient pas associées de manière statistiquement significative à de meilleurs résultats cognitifs. Les chercheurs n’ont pas non plus observé de différence significative entre la vitamine D2 et la vitamine D3, les deux principales formes de cette vitamine.
La vitamine D améliore-t-elle vraiment les capacités cognitives ?
Cette étude est dite « transversale ». Les chercheurs ont observé les participants à un moment précis, sans leur attribuer différentes doses de vitamine D ni suivre l’évolution de leurs capacités cognitives dans le temps. La quantité de vitamine D consommée était simplement déclarée par les participants. Impossible, donc, d’affirmer que la vitamine D est directement responsable des meilleurs résultats observés. D’autres facteurs, comme le mode de vie ou l’état de santé général, peuvent aussi entrer en jeu.
Autre limite, l’étude ne porte que sur 54 personnes, dont seulement 12 déclaraient prendre au moins 5 000 UI de vitamine D par jour. Un échantillon bien trop restreint pour tirer des conclusions définitives. Les chercheurs mettent donc en évidence une association entre une supplémentation élevée en vitamine D et de meilleures performances cognitives. Mais elle ne démontre pas le ralentissement déclin cognitif. Ni un effet spectaculaire sur la maladie d’Alzheimer. Bref, davantage de participants seront nécessaires pour savoir si la vitamine D exerce réellement un effet bénéfique sur le cerveau.
Pourquoi s’intéresser aux personnes souffrant de troubles cognitifs légers ?
Le profil des participants n’a pas été choisi au hasard. Tous présentaient un trouble cognitif léger, ou MCI pour mild cognitive impairment. Concrètement, cela signifie qu’une personne commence à présenter certaines difficultés de mémoire ou d’autres fonctions cognitives plus importantes que celles normalement attendues avec l’âge, sans pour autant être nécessairement atteinte d’une démence. Toutes les personnes concernées ne développeront donc pas une maladie d’Alzheimer. Mais cette population présente un risque accru d’évolution vers une démence. Ce qui en fait une cible importante pour la recherche sur la prévention.
Les participants présentaient également des troubles du sommeil. Selon les auteurs de l’étude, près de la moitié des personnes souffrant d’un trouble cognitif léger connaissent également des perturbations du sommeil. C’est cette combinaison, troubles cognitifs légers et sommeil perturbé, que les chercheurs ont voulu étudier. Les résultats ne peuvent donc pas être automatiquement appliqués à l’ensemble des personnes de plus de 65 ans en bonne santé.
5 000 UI par jour : une dose particulièrement élevée
5 000 UI de vitamine D correspondent à 125 microgrammes par jour. À titre de comparaison, l’Anses fixe la référence nutritionnelle pour un adulte à 15 microgrammes par jour, soit 600 UI, lorsque la production de vitamine D grâce à l’exposition au soleil est minimale. Plus important encore, la limite supérieure de sécurité retenue chez l’adulte est de 100 microgrammes par jour, soit 4 000 UI. Les 5 000 UI associées aux meilleurs scores cognitifs dans l’étude dépassent donc ce seuil.
Cela ne signifie pas qu’une prise ponctuelle de 5 000 UI entraîne automatiquement une intoxication. Cette limite concerne surtout les apports élevés répétés sur la durée, susceptibles d’augmenter le risque d’effets indésirables. Les résultats de l’étude ne constituent donc en aucun cas une recommandation de prendre 5 000 UI de vitamine D chaque jour pour préserver sa mémoire. Une supplémentation à forte dose ne doit pas être entreprise sans avis médical.
Vitamine D et Alzheimer : une piste étudiée depuis plusieurs années
Ce n’est pas la première fois que la vitamine D attire l’attention des chercheurs en neurologie. En France, des travaux menés par des chercheurs de l’Inserm et de l’Université de Bordeaux avaient déjà exploré le sujet dans le cadre de la cohorte des Trois Cités (3C). Cette vaste étude française avait inclus près de 10 000 personnes âgées de 65 ans et plus. Dans une analyse portant sur 916 personnes qui n’étaient pas atteintes de démence au début du suivi, 177 avaient développé une maladie neurodégénérative au cours des douze années suivantes, dont 124 une maladie d’Alzheimer.
Selon l’Inserm en 2017, les participants présentant une carence ou une insuffisance en vitamine D avaient un risque plus élevé de développer une démence au cours du suivi que ceux présentant un statut satisfaisant. Mais là encore, il faut relativiser. Observer qu’une carence est associée à davantage de démences ne prouve pas que prendre des compléments de vitamine D permet d’éviter la maladie.
Trop de vitamine D n’est pas sans risque
La vitamine D est indispensable à notre organisme. Mais en prendre davantage n’apporte pas forcément de vrais bénéfices. À fortes doses et sur une période prolongée, elle peut même devenir nocive. Contrairement à certaines vitamines éliminées plus facilement par l’organisme, la vitamine D est liposoluble. Elle peut donc être stockée dans les graisses. Un excès peut alors entraîner une accumulation de calcium dans le sang, appelée hypercalcémie. Selon l’Anses, une intoxication à la vitamine D peut notamment provoquer des troubles digestifs, une déshydratation et des atteintes rénales. Voire des troubles du rythme cardiaque dans les cas les plus sévères. D’où l’importance de ne pas augmenter soi-même les doses de compléments à la lecture de cette étude.
Aux doses adaptées, la vitamine D reste évidemment essentielle. Elle permet notamment à l’organisme de mieux absorber le calcium et le phosphore, indispensables à la solidité des os. Et nul besoin de compter uniquement sur les compléments : notre peau en produit sous l’action des UVB du soleil et certains aliments, notamment les poissons gras, en apportent naturellement.
À SAVOIR
Après 65 ans, la peau produit moins efficacement de vitamine D sous l’effet du soleil. Une particularité intéressante puisque cette tranche d’âge est aussi davantage concernée par le déclin cognitif étudié par les chercheurs.



